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Un chat, tôt le matin, sur le départ.

Pelage parfumé, moustaches gominées, griffes affûtées : il est prêt à affronter la journée.

Un saut, réception. Des coussinets, amorti. Une extension, repos. Il avance à pas de velours sur l’asphalte brun.

Brume, perles humides. Gouttes de rosée, précieux collier. Poils collés en paquets, il arbore une fière allure efflanquée.

Au carrefour, arrêt. Au loin, son but. Au secours, grande frayeur... Il tremble. Le froid et la crainte d'échouer le paralysent.

Un soupir, aïe ! Un trou d’égout, hop ! Au jour né sans panache, poussive lumière. Il se tapit, invisible, sous les foulées des passants qui piétinent au-dessus de lui.

De lumière, moins. De bruit, aucun. De courage, peu. Il hésite, se lève, s’arrête, se tâte, attend encore et sort enfin la tête de l'antre devenu trop sombre pour lui.

Quelques pas, prudence. Quelques enfants, méfiance. Quelques mètres, cadence. Il reprend confiance, la nuit habille son élan et l’envoie traquer ses peurs à petits pas mesurés.

Un château, tard le soir, presque arrivé.

Un pont-levis, baissé. La herse, dangereuse. Le passage, ouvert. Il se glisse en souplesse dans la basse-cour et scrute avec attention le moindre recoin.

Oreilles dressées. Pupilles amandines. Museau frémissant. L’attente, interminable, a usé sa patience et il surgit d'un bond maladroit.

Un miaulement, danger. Des griffes, alarme. Des crocs, urgence. L’heure de la souris a sonné, mais débusquée, elle se carapate en vitesse sous le regard blafard de la lune déconfite.

Et le chat, gris nez, d’eau remplit ses yeux.