Med'Celine

15 juillet 2019

Faire l'autruche sans culpabiliser : un mythe ?

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Ce matin, tu t'es levé avec la nausée. Un air de gueule de bois. Sauf que hier soir, tu n'as bu que de l'eau. Tu essaies de rajuster tes yeux dans leurs trous. Sans succès. Alors tu tentes de comprendre ce qui a pu te mettre dans cet état. Tu actives ton secteur mémoriel pour rembobiner le film.

Il y a eu le radio réveil, en premier. Il t'a arraché à un semi-rêve comme on extrait un bigorneau de sa coquille. Tu t'es retrouvé dans tes draps sans l'avoir demandé. Et dans le poste, le commentateur t'a susurré les dernières nouvelles. Encore trente migrants retrouvés gonflés à bloc en Méditerranée. Tu t'es assis au bord du lit. Tu as frotté tes yeux en baillant. Puis tu t'es levé, et tu as rejoint la salle de bain d'un pas incertain. Par la fenêtre ouverte, tu as entendu les beuglements de ton voisin cérébro-minimaliste. Il a déjà activé le mode "vociférations gutturales" pour engueuler sa femme. Son chien s'est mis à hurler quelques secondes, juste le temps qu'il lui colle un pain pour le faire taire. 

Tu t'es débarbouillé avec un gant d'eau froide, il n' y a que ça pour te réveiller. Tu es descendu dans la cuisine. Un café. Deux tranches de pain. Et la radio, encore. On te parle de décroissance. De fin du monde. De la mort programmée d'internet vers 2035. Du moment où tu te diras, le cul collé dans ton fauteuil : "que sont mes amis virtuels devenus ?" Tu éteins le poste. Tu files t'habiller. Bientôt 8h, faudrait pas arriver en retard au boulot.

Dans ton diesel, tu ne résistes pas. Tu allumes la radio. Le silence te fait peur, on dirait. Tu as tort. Mais tu ne le sais pas. Tu subis encore un peu de ce long laminage médiatique adopté depuis ta plus tendre enfance. La faute à tes parents, addicts à Radio France. De quoi t'entretient-on, maintenant ? Ah oui ! La pollution aux microparticules. La faute au diesel. La cause des crises d'asthme de tes gosses. Alors, tu la démarres, ta caisse, ou quoi ? Tu vas vraiment être en retard !

Sur le trajet, ton smartphone émet un glapissement de notification. Comme un bon petit soldat, tu attends le prochain feu rouge pour regarder de quoi il s'agit. Ta meilleure pote t'envoie un MMS. Pas urgent, tu le regarderas au bureau. Il n'y a pas beaucoup de travail en ce moment. Tu auras bien dix minutes pour checker ça. Sauf que le lien, il dure une heure environ. Pas grave, les dossiers attendront un peu. C'est un documentaire sur une université américaine, "Evergreen". Tu regardes et tu as vraiment envie de vomir. Ton malaise, tu ne sais pas d'où il vient. Est-il la conséquence du sujet du doc ? Ou de la façon dont il est traité par le youtoubeur ? Tu retiens juste que les extrémismes sont mauvais, de droite comme de gauche, et que tous les hommes sont égaux en connerie. Tu te demandes quand même à quel niveau tu te fais manipuler en regardant ça.

L'après-midi, tu passes un coup de fil à ton amie. Tu parles juste trente secondes du film, tu n'as pas les mots. Et dix minutes à blablater sur des trucs insipides. A 18h, tu rentres à la maison. La radio encore. La canicule. Le réchauffement climatique. Tu ouvres les fenêtres pour respirer, même s'il ne fait pas si chaud que ça, ce soir. Douche, dîner léger et télé. Tu deviens enfin actif et tu zappes. Tu évites soigneusement BFM, Arte et France Info. Tu te cales sur un truc débile et tu laisses tes neurones jouer dans le bac à sable.

Et quand tu te couches enfin, tard, tu as encore envie de vomir. Fais de beaux rêves, mon canard. Parce que demain, tu perdras sans doute encore quelques plumes de bonheur.

 

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08 juillet 2019

Réveil

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Cela fait un moment que tes lèvres regardent vers le bas. Que la gravité les attire de plus en plus, arquant d'une ombre négative le bas de ton visage. J'ai vu ta bouche autrefois rieuse se laisser blanchir à force de serrer les dents, et tes mâchoires contractées ne plus permettre le passage qu'aux sons monolithiques issus de ta gorge. Des bruits de pierres qu'on frotte. Des frictions de métaux mal lubrifiés. Des crissements de craie sur un tableau trop noir.

Il y a eu ce coup de téléphone, ce matin. Tu as décroché. Et j'ai vu soudain s'allumer une lueur dans ton regard. Juste un fond d'étincelle, l'éclair d'une lointaine galaxie. J'ai senti que tes lèvres voulaient s'ouvrir. Mais la rouille du silence les avait cadenassées pour de bon. Tu as raccroché. Tu t'es mise devant la glace. Et tu as regardé. D'un doigt, tu as relevé le coin de tes lèvres comme tu aurais fait un chignon de tes cheveux. Tes yeux ne disaient encore rien, cachés derrière leurs paupières.

Puis doucement, j'ai vu apparaître des microsillons au coin de tes yeux. Des petits restes de bonheurs enfuis. Ta bouche a desserré son étau peu à peu, découvrant tes dents depuis si longtemps calfeutrées. Ton visage est entré en lente éruption, tes joues se sont relevées elles aussi, et j'ai entendu un bruit. Enroué, grippé d'abord. Puis plus clair, plus pur. J'ai enfin vu l'éclat de ton rire se répercuter sur tout ton être. Tout ton corps a expulsé les émotions si longtemps contenues, innondant la pièce d'un séisme de joie. Je t'ai demandé qui t'avait ainsi réveillée.

- C'était l'horloge parlante. Le Temps s'est remis en marche. Enfin ! On va pouvoir avancer !

Alleluia ! La vie continue...

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01 juillet 2019

La danse

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Connaissez-vous la danse des paupières ? Vous savez, cette gigue qui les fait tressauter autour de vos yeux comme autant de petits indiens facétieux. Les miennes sont passées expertes en la matière. Elles tanguent haut, elles valsent musette et s'emballent à un rythme quasi brésilien. Et elles entraînent avec elles les copains d'à côté, les habitants de mes épaules, de mes bras, de mes jambes, sans leur demander leur avis.

Je me dis que ça doit être cool, d'être une fibre musculaire, des fois. Pas d'imprévus, aucune intendance à gérer, juste se laisser aller où le vent des nerfs les emporte. Je les imagine filer le contrepoint et flirter avec le contretemps. Doser les pauses et effacer les points d'orgue. S'imaginer en jazzmen improvisant une folle partition. J'observe leurs saccades débridées de manière détachée. Elles ne me concernent pas. J'essaie de leur trouver un sens, mais elles refusent de se laisser écrire, décortiquer, apprivoiser. 

Je les terrasse à coup de magnésium. Je les abrutis de sieste. Je les couche à des horaires gallinacés. Elles font semblant de s'assoupir. Elles me narguent en me laissant croire que j'ai gagné. Et elles repartent de plus belle une fois l'alerte passée. Elles me fatiguent avec leur joie de vivre, leur insouciance adolescente... Je n'ai pas osé sortir les grands moyens. Peut-être devrais-je les plâtrer ? Les enrubanner, façon momie ? Me transformer en arbre immobile ? Ou accepter de cohabiter pacifiquement ? Et surtout arrêter de les nourrir de mes insomnies.

Besoin de vacance, moi, je crois...

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24 juin 2019

Impact

campagne JNA

 

J'ai à la maison une ado dotée du kit complet livré clé en main. Une dose de rebelle attitude, une meute de copines, un portable greffé dans la main, un bracelet arc-en-ciel vissé à demeure au poignet, des posters de ses idoles accrochés à la patafix sur les murs de sa chambre (oui, on a négocié ferme, les punaises n'ont eu qu'à aller se rhabiller). Et surtout l'absence totale de reconnaissance de l'individu parental, ce colocataire obligatoire de la maison, ayant pour principales fonctions la préparation des repas et le ménage. Le parent est également pourvu d'un organe vocal produisant des sons vaguement intelligibles ne nécessitant la plupart du temps aucune réponse.

Ladite ado a un instinct de chasseuse. Connectée en permanence avec sa meute via les réseaux sociaux type Instagram, elle déniche en un quart de seconde la date du prochain concert de son groupe de rapeurs favoris. La métamorphose qui en résulte ne laisse aucune chance à sa proie. Sourire enjoleur à l'appui, elle met la table, débarrasse le lave-vaisselle et s'approche du sujet parental pour lui faire un câlin qui le surprend et le laisse pantois. Avec un soupir d'aise, elle se love dans ses bras en souriant. Le géniteur n'ose bouger de peur de briser l'instant. Il y croit, le pauvre ! C'en est fait de lui !

" Mon petit papa, tu sais quoi ? BigFlo et Oli, ils ont 9 dates de concert..."

C'est important, les points de suspension, à l'oral. On peut y mettre tout un monde. Sauf le père, déjà perdu.

" Ah oui ? Et alors ?"

Mon dieu... Le cerveau en motte de beurre un jour de canicule. Je le plains, en riant sous cape, trop contente de n'avoir pas été choisie pour cible cette fois.

" Ben ils seront à Nantes le 26 janvier... Les places seront en vente demain."

Il percute enfin. J'ai beau intervenir et souligner qu'elle les a déjà vus à l'oeuvre, elle est en train de se la jouer Kaa en hypnotisant son père. Je ne suis qu'une nuisance sonore, un inconvénient mineur dont on peut oublier la présence. Je contre-attaque.

" Pense à tes oreilles ! Tu vas devenir sourde avec le bruit ! Si jamais papa accepte, tu devras mettre des bouchons d'oreille..."

Oui, je sais, c'est assez minable comme argument. Louable, préventif, mais totalement hors-sujet pour la miss qui lève évidemment les yeux au ciel.

" Maman !!"

J'ai décidé de croire au Père Noël, et le lendemain, je lui amène une brochure de prévention sur les nuisances sonores. Certaine qu'elle va me la jeter à la tête, je suis très étonnée quand je la vois lire la première, puis la seconde page. Je m'approche, et je constate que la plaquette propose une interview des chanteuses du groupe LEJ (Lucie, Elisa et Juliette), que je connais vaguement. Je mesure alors l'impact que peuvent avoir ces idoles aimées par les gamins, ici très positif.

Cela nous a permis de négocier le dispositif adéquat, en l'occurence les bouchons de mousse. Le fait que les stars en utilisent rend l'acceptation possible. Du moins en théorie. Je suis lucide. Une fois les places achetées, la protection de l'audition ne vaudra plus un pet de chèvre face au look déplorable que cela donnera...

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17 juin 2019

Chimérisme médical

 

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Je me sens patraque, docteur.

Et si c'était un cancer de l'estomac http://www.doctissimo.fr/html/sante/encyclopedie/sa_939_cancers_gd2.htm

J'ai couché avec un inconnu, et s'il m'avait refilé la syphilis https://www.sida-info-service.org/la-syphilis-cest-quoi/

Et puis il y a cette fichue trachéite https://fr.wikipedia.org/wiki/Trach%C3%A9ite qui m'a achevé, je dois pourtant être en forme lundi, je présente un nouveau produit au staff national de ma boîte. 

Et ça me gratte, ça me gratte tellement que ma peau est restée collée sous mes ongles ! Ce serait pas la gale https://www.cnrtl.fr/definition/gale, quand même ? 

Je n'en peux plus, je dors plus, je mange plus, j'ai envie de tuer mes enfants. Et mon patron. Surtout lui. Je crois que je suis en burn-out https://www.lareponsedupsy.info/Burnout, non ? 

Je sais que j'ai une tendinite https://www.passeportsante.net/fr/Maux/Problemes/Fiche.aspx?doc=tendinite_pm, ça fait plus d'un an qu'elle me bousille la vie. Mais je veux continuer le jardinage, moi ! 

Elle a très mal au dos à la gym, elle aurait pas un début de scoliose https://www.revmed.ch/RMS/2017/RMS-N-550/Scoliose-idiopathique-de-l-adolescent-criteres-diagnostiques-et-prise-en-charge, ma fille ? 

C'est juste pour le renouvellement, la tension https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/hypertension-arterielle-hta/definition-facteurs-favorisants, la thyroïde https://www.chuv.ch/fr/chuv-home/patients-et-familles/specialites-medicales/atlas-medical-thematique/tete-et-cou/maladie-thyroidienne/, le cholestérol https://www.fedecardio.org/Je-m-informe/Reduire-le-risque-cardio-vasculaire/le-cholesterol. Et un certificat médical http://www.certifmed.fr/index.php?search=contre+indication+sport&submit=Rechercher pour la marche  nordique. 

Les antidiabétiques https://www.federationdesdiabetiques.org/information/diabete que vous me prescrivez depuis trois ans ? J'ai tout arrêté depuis que je me suis mise au sport et au régime ! 

Le dernier frottis https://www.sante-sur-le-net.com/maladies/examens-medicaux/frottis-vaginal/ ? Ouh la, ça fait un bail ! Il doit y avoir des araignées dans le coin... 

Je souffre tellement que je regarde les ponts avec de plus en plus de compréhension. Aidez-moi, s'il vous plaît... Je voudrais un truc costaud contre la douleur https://www.sfetd-douleur.org/definition... 

J'ai encore une crise de colopathie https://www.ameli.fr/assure/sante/themes/syndrome-intestin-irritable/reconnaitre-syndrome-intestin-irritable depuis hier, ça me fait des noeuds coulants dans le bide.

Ceci est un tableau fictif, parfaitement illisible et non exhaustif des consultations, de nos jours (avec citation de sites pris au hasard). Avec en guest star les angoisses médiées par les recherches faites sur internet, apportées sur un plateau par des patients inquiets et qui viennent conta-laminer les certitudes du praticien. Elles se font à trois, maintenant. En forum, même. J'avoue ne pas être la dernière à consulter ces sites si nombreux que l'on s'y perd. C'est si facile d'externaliser toute une partie de sa mémoire professionnelle ! On trouve toutes les informations dont on n'aurait même pas rêvé pendant les études ! Parfois trop, sans doute. Que pense le patient du médecin rivé sur son écran ? Lui pardonne-t-il de ne pas avoir la science infuse ? Et lui qui amène ses interrogations sur une pathologie entrevue sur le net, aura-t-il confiance en son généraliste qui va chercher des infos à la même source que lui ? Devons-nous opposer ces compilations respectives ? L'entrevue au cabinet ne devient-elle pas un match entre deux acteurs campés de chaque côté d'un échiquier, avec cette injonction : "que le meilleur gagne" ? J'espère que non ! La santé est avant tout un sport d'équipe où la coopération de chacun doit avant tout profiter au patient... sans abîmer le médecin !

 

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10 juin 2019

Attention, ça bouge encore !

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Il fut un temps où je nourrissais ce blog de façon quasi quotidienne. C'était il y a environ 10 ans. C'était un bébé fragile, je devais lui donner de moi-même pour le faire grandir et progresser. J'avais l'immense plaisir d'avoir des lecteurs assidus, nous avions de beaux échanges à travers les commentaires. Cela m'a aidé à avancer dans certains domaines professionnels et privés.

Puis est venue la lassitude, la quasi obligation ressentie de devoir poser des mots pour continuer à être dans la course, cette folle vanité qui fait croire que nous valons quelque chose uniquement parce qu'un autre nous le dit. Ecrire pour écrire m'est vite apparu comme insupportable. J'ai tourné mes mots vers d'autres rivages, j'ai publié quelques livres pour enfants avec le succès qu'on peut espérer quand on est un illustre inconnu. La grande distribution ne m'a pas attirée, je lui ai préféré ces petits salons de province où peu de lecteurs se déplacent, mais avec une telle qualité d'échanges que j'ai bien rempli ma boîte à émotions. J'ai rencontré des gens formidables de tous horizons, des amis fidèles que je garde en mon coeur et avec qui je collabore encore à mon rythme, lent, très lent.

Et puis là, maintenant, tout de suite, j'ai envie de reprendre le trajet du clavier, juste pour marquer l'instant, et le balancer comme ça sans autre but que de me faire tout simplement plaisir. Sans retrouver la dictature des statistiques, cette espionnite aiguë qui vous force à produire pour rester à la page. Alors je vais continuer à habiller tranquillement les murs de cet espace de mes petits textes à 3 paragraphes. Parce que j'aime bien le chiffre 3. Thèse antithèse photosynthèse. Et pour m'affranchir de toute temporalité exigeante, je vais programmer à l'avance la parution des billets. Un par semaine me semble un bon début...

A bientôt !

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03 juin 2019

Se lover

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Je me love. Anglo-narcissisme poussé à l'extrême, ou abord moelleux de la soirée qui s'amorce ? Je crois que je vais opter pour la seconde définition. Elle me convient mieux. Elle me colle à la peau comme un pyjama élimé, une paires de charentaises en lambeaux ou un plaid en polaire décoloré. Une totale absence de style. Mais le Graal du confort. Le boss final du bien-être domestique. Le rejet définitif du qu'en dira-t-on.


Je cale mon dos sur le fauteuil, un oreiller entre les omoplates. Je soupire d'aise, avec des petites secousses de plaisir dans mes jambes qui se détendent. Mon doigt sur la télécommande me transforme en héroïne le temps d'un claquement de doigt. J'ai le pouvoir ultime de choisir les insanités que je vais ingurgiter. Je vais me gorger de publicités. M'abreuver de sitcoms débilitants. Zapper les débats politiques. Ingurgiter des tonnes d'émissions flippantes. Me vider le cerveau façon cataracte. Me transformer en zombie. A côté de moi, un sachet de bonbons à la réglisse. Je ressemble à une saucisse semi allongée en fourrure grise. Mon corps a abdiqué.


Je me fonds. Morfonds. Mort-fond. Je touche le fond. Je ne pense plus. Je suis bien. Illusion ! Le vampire télévisuel me suce l'intelligence sans aucun plaisir. Si encore... Je laisse goutter les heures. Plic ploc. Je ne cesse la déchéance qu'au signal de mes paupières qui clignotent. Je baille. Et je rezappe. Chaîne après chaîne, je m'enchaîne encore et encore, suspendue à un débris d'émission qui pourrait capter mon attention. Minuit. Je culpabilise enfin. Demain sera difficile. Je me plaindrai encore d'avoir passé une mauvaise nuit. J'accuserai les ronflements du colocataire du lit. Je médirai sur la crise d'asthme d'un enfant. Tout sauf la cruelle vérité. Je ne peux pas m'affronter. Je suis veule. Et prête à recommencer le soir suivant. Tout sauf réfléchir...

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28 mai 2019

Le vide

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Pire qu’une page blanche ou l’épaisseur d’un silence, il y a le vide. Le rien. Le néant. Pourtant, là, simplement évoquer son existence, c’est déjà lui donner de la substance. Et de ce comble aux combles, il n’y a qu’un escalier, celui qui grimpe au grenier. Là se sont entassés tous les meubles dont on ne veut plus, sans avoir osé franchir le cap du recyclage, et qui parsèment de passé les grains de poussière qui virevoltent dans les coins.

Ce vide, on a une folle envie de le combler tant bien que mal. A cela servent les commodes aux tiroirs mourants, les armoires déportées, les tables estropiées claudicant sur trois pieds et les buffets ployant sous leur plateau de marbre brisé. Mais pas n’importe comment. Le vide ne se meuble pas à la sauvette. Il faut faire de savants calculs, se pencher sur des règles mathématiques pointues, jouer au tangram et fignoler tout ça en Tetris majeur. Tout interstice doit disparaître, sous peine de devoir tout recommencer.

Pourquoi ce déménagement, d’ailleurs ? Ne pourrait-on pas simplement lui foutre la paix, à cet espace de pas grand chose ? Lui donner une chance d’oublier la raison de sa vacuité ? Non, on ne peut pas. On est devenu pote avec la nature entre temps, et elle, elle déteste le vide. Alors, pour lui complaire, on va enquiquiner l’autre qui se terrait peinard dans son antre désolé. Sorry, guy, tu dormiras un autre jour.

Voilà. Le travail est fait. Devant moi s’étale un tas de mots avec des lettres dedans. J’ai l’impression d’avoir violé ma tranquillité d’esprit. Ma caboche s’ouvre au scalpel comme un furoncle sous pression. L’image fuse tellement d’elle-même que c’en est écœurant de réalisme. Me reste à cicatriser tout ça en douceur. Digérer l’impression et apprendre à cohabiter avec Pandore…

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29 mars 2019

Le contrat



 

 

J'ai une demi-heure à tuer. Me voilà promue au rang d'assasin professionnel.Tueuse à gages, plutôt. Autant que cela me rapporte quelque chose. Je suis vénale.

Comment vais-je procéder ? Rapidement, histoire d'archiver vite fait ce mauvais souvenir ? Ou lentement, pour en vivre avec intensité chaque instant ? Déguster la précision d'un geste, fantasmer le glissement des secondes qui s'égrennent en silence, mesurer chaque pas à l'aune du suivant...

J'hésite. Est-ce que ça crie, une tranche de temps ? Est-ce que ça saigne quand on l'entame ? J'ai la peur au ventre, soudain. Je ne suis pas un monstre, que diable ! Et si je l'endormais avec un tampon imbibé d'éther ? Elle passerait dans l'au-delà sur un souffle d'oubli. Et sans me faire souffrir.

A force de tergiverser, je la vois détaler devant moi. Elle a même une bonne longueur d'avance, maintenant. Elle tortille son arrière-temps comme pour me narguer. Dégonflée ! me goguenarde-t-elle. Comme si c'était aussi simple !

Mais pourquoi ai-je eu cette subite envie de meurtre ? Je suis une personne si sensible, si délicate qu'un simple frisson me déchire. Peut-être devrais-je faire l'autruche et me rouler en boule dans un trou en attendant que ça passe.

De toute façon, il est déjà trop tard. Mon regard n'accroche plus rien vers l'horizon. Ma demi-heure s'est fait la malle avec mes états d'âme. Et j'ai bien l'intention d'en faire autant.

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12 septembre 2018

Hasardite aiguë

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S'agit-il d'un aveu pénible ? D'une constatation navrante ? D'une évolution fatale ? Toujours est-il que je me suis aperçue un matin que j'avais perdu mon hasard.

On peut perdre beaucoup de choses. On pourrait dire que c'est un verbe un peu écervelé. On l'imagine sans peine, cheveux au vent, tournoyer sur lui-même, s'éparpillant au loin sous l'effet de l'accélération centrifuge. Il sème des morceaux de temps et de patience; il atomise son sang froid et ses nerfs; il projette des fragments de vue, de latin, de vie. Perdre est un simple d'esprit qui s'allège en grandissant. Et quand on a tout perdu, il ne reste rien.

Mais perdre le hasard, ça, jamais je n'aurais cru que cela puisse m'arriver. Moi, qui aime être surprise, étonnée, troublée ! Moi pour qui les sens revêtent une importance incroyable ! Moi qui me targue de n'écouter que d'une oreille distraite les conseils de bon sens de l'ordre établi ! Je me suis auto-prise la main dans le sac, un jour où mon premier geste matinal a été de sauter sur mon portable pour checker la météo du jour avant d'ouvrir mes volets. Puis, dans la foulée, l'objet étant déjà confortablement lové dans ma main, j'ai cherché les avis des utilisateurs du docteur Truc que je devais consulter bientôt, enrageant qu'il y en ait si peu. Et tant qu'à faire, je me suis projetée dans ma soirée en amoureux, et ai exploré le site de Tripes-à-Viseur pour trouver le meilleur restaurant dans le secteur de 1 km² souhaité dans le centre ville. Voilà. C'était fait. Mon hasard s'était fait la malle avec mon insouciance.

J'ai pris soudain conscience que ma vie prenait une sale tournure algorithmée, et que mes choix n'en étaient plus vraiment. Internet fait semblant de me donner le pouvoir (porte ouverte n° 1) pour mieux ferrer le poisson que je suis. Tiens ! Un costume de sirène ! Un peu cintré aux hanches, mais un poil trop bruyant à mon goût. Je rentre donc mes écailles pour me transformer en anguille sinueuse et fuyante, tentant de m'extraire de ce piège infernal qui absorbe ma liberté de penser comme un buvard (porte ouverte n° 2).

Je suis donc partie en quête de mon hasard. Je l'imaginais terrifié, réfugié dans un coin sombre, n'attendant que mon retour. Las ! Il était au contraire complètement ivre, le bougre ! Il titubait et dansait, s'éparpillant sous l'effet de... Non, je l'ai déjà dit, ça. Je peux vous certifier que je te l'ai attrapé sans ménagement par l'oreille, et que je lui ai injoncté de rejoindre ma vie illico. Je dois lui reconnaître qu'il n'a pas trop moufté, pour une fois. Et pour ceux qui trouveraient ma réaction un peu extrême, il faut savoir que je l'aime, mon hasard. Je l'aime au point que je m'en remets à lui pour beaucoup de choses. Et que je suis un peu perdue sans lui...

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