Med'Celine

17 février 2020

L'origine d'un monde

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Face à cet empilement de boîtes à lettres, une question me taraude. Que cache la large fente d'un noir profond et angoissant à droite ? Alors que les autres se calfeutrent derrière leurs sages rabats pivotants et leurs serrures closes, celle-ci est béante, comme affamée, un monstre jamais rassasié. On y glisserait un bras sans y faire attention, qu'on en ressortirait manchot le temps d'un claquement sec et définitif.

Qui habite derrière ce pan de mur instable ? Quels cauchemars s'y terrent de peur de se sublimer au grand jour ? Quel être aux pouvoirs étranges a-t-il choisi de se morfondre dans l'ombre moisie des fissures du temps ? Quel que soit l'occupant des lieux, il erre sans nom, sans étiquette pour le raccrocher aux vivants de la rue.

Peut-être n'est-ce qu'un leurre... Peut-être que toutes les boîtes lui appartiennent, une pour chacune de ses personnalités dispersées, et qu'il les surveille jalousement par cette meurtrière inversée. Un rai de lumière bien dirigé permettrait sans doute de capter la fugitive lueur de son regard avide espionnant les passants inconscients de son existence.

Ou alors... Une urne secrète pour amoureux transis. Une poste restante pour les oubliés de passage. Une bouteille à la mer en plein centre ville. Un endroit frais pour se rafraîchir les mains en période de canicule. Une niche avec un livre en braille. Un distributeur de gâteaux surprises. Une tirelire pour pièces de monnaie géantes. Un trait de peinture noire en trompe-l'oeil. Un coffre-fort désencastré. Une caverne à murmures.

Mais sans doute n'est-ce qu'une ouverture de hasard, un oubli d'architecte ou l'espoir secret qu'un beau jour, un grand chat plat aux fines pattes d'araignée franchira d'un bond agile cette chatière géante ?

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14 février 2020

La couveuse

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Debout dans l'Olympe, Zeux fulmine. Une noire colère lui déforme les traits alors qu'à ses pieds agonise Sémélé la douce, foudroyée par sa majesté révélée. En une fraction de seconde lui reviennent à travers ses larmes les doux moments qu'ils ont partagés; ces interminables pauses méridiennes où ils faisaient un brin de causette; les passionnantes heures où il fignolait sa divine approche, selon les techniques apprises page 12 du manuel "Comment séduire les Mortels quand on est le Dieu des dieux"; et puis ces exquis moments conclusifs où il l'avait emmenée tutoyer des plaisirs aussi vertigineux qu'une labyrinthite aiguë; et enfin la joie de savoir que leurs efforts conjugués seraient récompensés par la naissance du fruit de leurs entrailles.

" Héra, vieille morue mal dessalée !" tonitrue-t-il pour expulser la douleur qui menace de l'anéantir.

D'un geste précis, il brandit l'Egide et s'en sert comme d'une pelle pour ramasser les restes calcinés de sa bien-aimée. Il remarque que curieusement, la Foudre a épargné ses spartiates, sagement alignées devant lui. Puis il secoue doucement le bouclier de gauche à droite, envoyant valser par dessus bord des nuées de cendres jusqu'à ce qu'il ne reste plus dans sa concavité qu'un frêle embryon plutôt mal en point. Zeus hésite. Tout super dieu qu'il est, il a séché les cours de maïeutique à l'école olympique, plus occupé à trousser les nymphettes qu'à se préparer à dominer le monde en toute équité et connaissance de cause.

Qu'à cela ne tienne ! Il saisit le couteau à tartiner l'ambroisie, se découpe salement la cuisse et y dépose l'homoncule. Puis il cautérise vite fait la plaie d'un jet de Foudre, avec serrant les dents avec virilité. Ceci effectué, il se plonge avec angoisse dans son manuel, à la rubrique "Effets secondaires durables de la gaudriole", pour apprendre qu'il va en prendre pour 9 mois fermes.

Neuf mois durant lesquels les colocataires de l'Olympe l'entendraient vitupérer sur les désagréments de la grossesse. Il irait même polluer les forums de sa présence geignarde, à croire que lui seul aurait jamais souffert des mille morts de l'enfantement. N'y tenant plus, la cuisse boursoufflée et traînante, il finirait d'ailleurs par s'auto-perforer le quadriceps au cure-dent, crevant cet abcès dénaturé et donnant naissance par césarienne du membre inférieur à Dionysos. Un enfant né avec de telles casseroles psychogénéalogiques transgénérationnelles serait certainement un psychopathe d'envergure, ou un dépravé exceptionnel... L'avenir le dirait !

 

***

Ce texte est écrit selon la consigne d'Olivia.

Les mots à placer : plaisir - spartiate - causette - fignoler - douleur - césarienne - méridienne.

olivia

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10 février 2020

Cervicalgie

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Le château, ce n'était pas mon idée. Moi, ce que je préfère, c'est jouer au ballon avec mes copains, courir dans la boue, y sauter à pieds joints pour que ça gicle partout, crier très fort en écartant les bras pour faire l'avion, embêter les filles aux cheveux longs et me sauver très vite pour éviter qu'elles me tapent. Et puis aujourd'hui, il fait très froid. Le ciel a enfilé sa robe de grisaille qui donne l'air si triste aux nuages. Un peu comme moi, même si je suis en pantalon. Ce n'était pas un temps à sortir dehors. Je serais bien resté dans le canapé pour jouer à mon jeu vidéo.

Mais non. Ils ont décidé de sortir en centre ville et de visiter le Musée d'Histoire. Rien que le nom, je dors déjà. Pas mon genre d'histoire, ça. Les interminables vitrines pleines d'objets anciens, des maquettes de la ville de Nantes, des tas de panneaux d'informations écrites en toutes petites lettres... Non, vraiment, pour un dimanche après-midi, j'ai connu mieux.

Mais quand nous sommes revenus dans la cour, c'était bien ! Il y avait le vieux puits dans un coin, avec sa couronne en fer forgé. J'aurais bien voulu y jeter un caillou, pour voir s'il était profond. Ou encore grimper en vitesse le grand escalier pour courir sur le chemin de ronde. Sortir explorer les douves et dévaler le drôle de toboggan en métal installé contre la muraille du château.

Mais non ! Là, ils se sont mis en mode "OFF", les yeux rivés sur leurs portables, comme gelés par une Méduse de passage. J'ai sauté devant eux, je leur ai tiré sur la manche, j'ai parlé très fort pour attirer leur attention. Rien à faire. On aurait dit qu'un cordon invisible tirait leurs têtes vers le bas et les empêchait de regarder autre chose. Ouh ouh, je suis là ! Vous me voyez ? On va voir les canards dehors ? Ou alors manger une crêpe au Bouffay ?

J'ai fini par les prendre tous les deux par la main. Je leur ai fait traverser le pont levis, marcher doucement sur les pavés disjoints et je les ai rangés au pied de la statue d'Anne de Bretagne, avec un groupe d'autres parents, figés eux aussi. C'est fou ce qu'ils étaient nombreux, aujourd'hui ! La dernière fois, au Musée d'Art, ils n'étaient qu'une dizaine. Avec les copains et les copines, on les avait déposés au Jardin des Plantes, juste à côté, et on était allé faire de la balançoire en attendant le dégel. Là, on s'est regardé en souriant, on les a laissés s'abîmer le regard sur leurs écrans, et on a filé jusqu'au toboggan géant. On en a bien profité !

Quand je les ai récupérés un peu plus tard, ils ont eu l'air de se réveiller d'un long rêve amnésique. Nous sommes repartis en tramway tous les trois. Je sais comment ça va se terminer. Ce soir, maman va encore dire qu'elle a mal au cou et qu'elle ne sait pas pourquoi. Moi, je sais...

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07 février 2020

Angle de vue

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11h50. Nous sommes trois à déambuler dans le Passage Pommeraye, le cou lesté de nos appareils photos, tels des zombies en quête d'un délicieux repas. Notre mentor nous noie sous un déluge de conseils très professionnels pour que chaque déclenchement soit le fruit d'une mûre réflexion, et pas celui du simple hasard de débutant. D'abord régler les ISO. Je propose 400, il est d'accord. La luminosité, filtrée par la verrière, est ternie par de lourds nuages de pré-pluie. Il y a de l'électricité dans l'air, et elle ne doit rien à l'orage. Je suis terriblement excitée par ce stage photo, où je manipule pour la première fois le reflex de location, un Nikon D3200.

Nous avons une demi-heure pour faire une série de trois clichés représentatifs des lieux. Cette petite série doit donner envie de découvrir le passage aux touristes qui ne le connaîtraient pas. Mission difficile pour moi qui suis une addict du clic et des prises de vue en quasi rafale... D'autant plus qu'il faudra utiliser plusieurs techniques, la règle des tiers, de remplissage de l'image, les lignes de fuite, la profondeur de champ, saisir un instant parmi d'autres pour le rendre attractif sans lasser l'oeil... Je sens se fissurer l'écorce de mes certitudes à mesure qu'il déroule sa liste de contraintes. 

Il nous lâche enfin comme des fauves dans l'arène. Je suis un peu déstabilisée, car je dois réfléchir à mes réglages, choisir un angle de vue et attendre que quelque chose se produise dans le viseur avant d'appuyer sur le bouton. Je panique. Le mode automatique que j'utilise si souvent ne m'a pas préparée à toutes ces étapes. J'étais bien innocente... Mes doigts paniquent sur la molette, j'oublie que la mise au point se fait en tournant la bague de l'objectif. Vite, appelez une ambulance, je pète un câble ! Heureusement, Matthieu veille au grain et surgit derrière moi pour me donner quelques conseils fort avisés. Comment me placer, quelle ouverture choisir, quel sujet envisager. Sa douceur et son professionnalisme ont vite raison de mes craintes. Je peux enfin laisser libre court à mon imagination.

Dans l'escalier, un jeune couple en train de convoler pour l'éternité prend la pose. Elle, confite dans sa meringue blanc cassé, et lui, cintré dans un costume impeccable, attendent que leur photographe les place. J'en profite pour leur voler leur image sans remords, me transformant en gibier de potence le temps d'un éclair. Las ! Le cliché est grillé, j'ai oublié de régler la vitesse d'obturation. Une seconde de trop dans ma vie de pilleuse d'images ! Je n'ose pas récidiver...

Je me réfugie entre les fesses d'une statue pour en shooter une autre. Premier plan flou. OK. J'attends qu'un passant entre dans mon champ de vision et clic ! Voici immortalisé le pseudo-priapisme triomphant de l'oeuvre de Jean Debay !

Sur le chemin du retour, après avoir montré mes photos à Matthieu et à l'autre stagiaire, mon esprit s'emballe et pétille avec la légèreté d'âme  d'une enfant facétieuse. C'est que l'art, moi, z'aime ça ! Je me sens toute moxybustionnée du ciboulot, et c'est bon. Ce qui l'est moins, c'est la patience dont je vais devoir faire montre, avant d'acquérir un appareil photo reflex ou hybride. Mais je l'aurai, un jour. Je l'aurai ! En attendant, nous nous dirigeons vers la seconde étape du stage : le portrait de rue. Un passionnant challenge. Je sens que cette journée va me plaire !

 

***

Ce texte est écrit selon la consigne d'Olivia.

Les mots à placer : fruit - ambulance - électricité - meringue - potence - écorce - armoise - innocent - priapisme - douceur - retour

olivia

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03 février 2020

Méditation urbaine

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Il est l'heure. Je regarde une dernière fois la température extérieure sur la sonde murale : 2 °C. Il est 7h50 et ça va piquer. Je descends l'escalier. Premier sas dans l'entrée, un peu fraîche par manque de radiateur. J'enfile rapidement les sous-couches isolantes sous mon pull et mon jean. C'est de la récup, je ne skie plus depuis belle lurette. J'ouvre la porte du garage. Second sas, il fait 12°C. J'enfile mon manteau, une écharpe et mon gilet jaune, calfeutre mes oreilles avec un bandeau en polaire douce avant de coiffer le casque gris, moche mais confortable de chez Décathlon. Le style, on s'en ballec. Surtout qu'avec la froidure que je vais me prendre en pleine face, je vais y rajouter une utime touche de style : un masque de protection acheté chez Casto, avec les petits élastiques là; ça me donne un air d'aquarium de supermarché, mais au moins, je n'aurai pas froid aux yeux. Quant à mes mains, je les engouffre dans des gants de ski bien molletonnés. Mes doigts sont enraidis en format XXL, ça rendra le freinage plus acrobatique.

La porte du garage soupire en s'ouvrant sur la rue déserte. Il fait nuit, ma respiration fabrique des nuages de brume glacée. J'ai le nez qui pique à la mode de Dijon. J'enfourche mon vélo illuminé comme une guirlande de Noël et c'est parti pour la promenade d'avant-travail. Je rejoins le boulevard, prête à risquer ma vie et la virginité de mes poumons. Les voitures pleurent leurs gaz d'échappement devant moi, je me mets en apnée le temps du feu rouge. J'ai 1 km à faire sur une pseudo piste cyclable juste matérialisée par une ligne verte sur la chaussée. Entre moi et les véhicules, l'espace se fait parfois virtuel, je me fais frôler par un rétroviseur. Je vitupère vertement, expression bien plus polie que les termes fleuris dont j'abreuve l'inconscient.

J'arrive au rond-point libérateur. Je prends la prochaine à droite, ça va me rallonger mais tant pis. Je préfère me coltiner les 3 autres faces du rectangle que de refaire du corps à corps avec une voiture. Je tourne, et au bout de quelques tours de pédalier, miracle ! Les sons envahissants de la ville se tarissent peu à peu. Je n'ai fait que 20 mètres et je n'entends déjà plus le bourdonnement citadin. Le vent me siffle aux oreilles et c'est bon. Je longe un parc aux arbres complètement déshabillés, et le sifflement joyeux des oiseaux me fait sourire aux anges. Je ferme les yeux sous mon masque. Pas longtemps, juste un peu. Tout au bout de la rue, je sais que je devrai me replonger dans le flot de la circulation aux multiples dangers. Comme celui des voitures à l'arrêt qui reculent sans regarder, ou dont les conducteurs ouvrent leur portière sans se soucier de l'inconscient cycliste qui lui fonce dessus.

Mais quelques centaines de mètres me séparent du dernier tronçon de mon parcours, après le pont. Je rejoins les bords de la rivière, ma petite respiration du jour naissant. Le brouillard flotte au-dessus de l'eau. Il me fait penser à de l'azote liquide jeté sur une scène vivante. Je croise un jeune homme qui promène son chien, j'ai le temps de le prendre en photo. C'est calme et irréel. Je soupire, je suis presque arrivée. Je vais m'enterrer dans mon bureau dont la fenêtre donne sur les toits de zinc. Neuf heures à tirer avant de chevaucher à nouveau ma bécane et de sillonner les rues...

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24 janvier 2020

Un appétit féroce.

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Je ne sais pas pour vous, mais moi, j'ai parfois l'impression de m'enliser. Oh, pas beaucoup, juste un peu. La quête des profondeurs, très peu pour moi ! La première fois, c'était un jour ordinaire, un de ceux qu'on aligne avec soin en tirant la langue sur le côté. Je cheminais tranquillement à travers les différentes pièces de la maison. Je trouvais dans chacune d'elles une bricole à faire : corriger l'alignement des coussins pour les caler sur l'orbite de Neptune, refermer mon dictionnaire des citations avant qu'elles ne s'envolent, sans oublier d'en corner la page active, ou encore secouer les rideaux pour en libérer la poussière. Des petits riens bien ordinaires, de ces gestes qu'on effectue machinalement jour après jour, année après année, dans ce domicile qu'on a théoriquement élu pour la vie.

J'allais continuer mon errance quand soudain, ma charentaise gauche a refusé de me suivre. Mon pied a décollé sans elle... Emportée par l'élan, je me suis emmêlée les pinceaux et me suis retrouvée à plat ventre sur le carrelage. Sauf que mes carreaux, ils avaient une texture de montre à la Dali. J'ai commencé à m'enfoncer dans le sol. Mes doigts avaient presque disparu quand j'ai commencé à crier. Ma fille a descendu l'escalier en trombe pour constater que sa mère était à demi ensevelie dans la dalle de béton.

"Ne descends pas sur le carrelage, il est devenu fou ! lui ai-je hurlé. Tu vas me promettre de ne pas prendre de risque, ok ?

- Que puis-je faire pour t'aider ? s'est-elle enquis.

- Je ne sais pas, sois créative, pour une fois ! "

J'étais un poil énervée. Mes genoux sombraient peu à peu à leur tour. J'avais le choix entre le désespoir et la combativité.

- Lance-moi une corde ! lui ai-je crié avec difficulté, car le sol commençait à enserrer ma poitrine.

- Une corde ? a-t-elle protesté. Et je la trouve où, si je ne peux pas descendre au garage en chercher une ?

- Fabriques-en une avec des draps !

Elle est remontée en un éclair vers les chambres, et deux minutes plus tard, est revenue me lancer un long tas de tissu... Il était temps ! Mon visage affleurait à peine à la surface du sol... J'en ai saisi l'extrémité, et ai réussi à m'extirper du gosier de ma maison. Enfin en sécurité sur les marches d'escalier, j'ai observé d'un oeil critique l'assemblage hétéroclite de taies d'oreillers et de draps qu'elle avait eu la gentillesse de nouer en un temps record. J'ai grogné un peu dans mon fort intérieur. Ma préférence aurait quand même été qu'elle n'utilise pas mes draps en satin bleu... Mais il y avait plus urgent à gérer.

" Maroufle ! ai-je braillé à la maison redevenue de marbre. C'est comme ça que tu me remercies pour toutes les années passées à te nettoyer, te décorer, te réchauffer ? Tu es comme les autres, tu ne nous mérites pas. On va te quitter, tu sais ? On va te laisser te décrépir seule. Tu l'auras bien cherché !"

Et voilà comment une fois de plus, nous avons dû déménager. Aucune de nos maisons ne nous a jamais permis de rester au-delà de cinq ans. Elles ont toutes tenté de nous dévorer quand le point de routine commençait à s'installer et à ronronner. Au début, cela me traumatisait. Mais un jour, j'ai compris que repartir à zéro régulièrement m'aidait à survivre. Et aujourd'hui, je me dis que la prochaine fois, je n'attendrais pas cinq ans avant de redémarrer ma vie ailleurs. Pas question de laisser les habitudes m'enliser une fois de plus !

***

Ce texte est écrit selon la consigne d'Olivia.

Les mots à placer : créative - tour - promettre - geste - cheminer - citation - gentillesse - choix - pinceau - page - maroufle - préférence.

olivia

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20 janvier 2020

Troisième dimension

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A Cabourg, pas très loin de la Divette, il y a un foyer un peu spécial. Un endroit si secret que les normands du coin n'en franchissent jamais le seuil. Et pour cause ! L'entrée est tellement étroite que seule une feuille de papier peut s'y glisser. Il s'agit du Foyer qui Distend.

Ce lieu très particulier offre un gîte plein de tendresse aux délaissés de la géométrie en relief. Cercles, carrés ou triangles, droites, segments et rectangles en tous genres s'y voient proposer un repos bien mérité après une éternité à souffrir entre les lignes d'un cahier à barreaux. Leur infime épaisseur leur permet d'accéder au vestibule du Foyer et de s'empiler les uns sur les autres sans accroître pour autant leur volume.

Et cela, c'est tout à fait insupportable pour Loïc le disque. Pour lui, c'est certain, son destin n'est pas de moisir entre Dédé le carré et Solange le losange ! Il sait qu'une erreur quelque part en géométrie l'a empêché de devenir la belle sphère qu'il ressent en lui. Bérangère, Ô ma Bérangère, te voilà tout aplatie...

Alors il se tortille, remue, exerce une irrésistible poussée sur toute la pile au point de déstabiliser le fragile équilibre moléculaire de l'ensemble. Et Gaston, le flocon de Koch, un poil énervé par ce remue ménage, lui souffle son givre dans les bronches. Et voilà Loïc qui gonfle, qui gonfle ! Il repousse les murs, se volumise, s'arrondit. Loïc disparaît d'un seul coup, le Foyer explose et laisse apparaître Bérangère la sphère dans toute sa splendeur.

"Merci pour le rembourrage, Gaston !", rugit-elle avant de s'envoler dans les hauteurs normandes en chantant sa suave musique.

Encore une belle mission accomplie pour le Foyer qui Distend ! Un spasme et une aigreur plus tard, il se referme comme une huître, dans l'attente du prochain hôte impalpable en quête de la 3e dimension...

***

Ce texte est un essai pour moi, selon la consigne d'Olivia, dont je découvre le blog grâce à Célestine. Merci !

Les mots à placer : proposer - rembourrage - givre - Cabourg (facultatif car il s'agit d'un nom propre) - irrésistible - déstabiliser - foyer - tendresse - éternité

olivia

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13 janvier 2020

La partition du monde

vase

 

Cette photo, je l'ai prise au bord d'un étier en Vendée, à marée si basse qu'elle ne remontait plus jusque-là. La vase avait fini par sécher et se craqueler, un peu comme quand tu oublies que tu t'es posé un masque à l'argile et qu'il se rappelle à ton bon souvenir, quand tu ne peux plus sourire. L'image est assez réaliste, puisque quand l'eau revient irriguer les multiples fentes, la peau du canal redevient lisse, elle aussi. L'analogie cosmétique va s'arrêter là, car si on te dit que ta peau est délicieusement molle et grise, c'est plutôt mauvais signe. Change d'amis.

Il y avait aussi quelques casiers attachés par des cordes, et qui formaient un genre de damier. Normal. Des casiers, ça dessine des cases, c'est mathématique. Et dans l'une d'entre elles, on distinguait les petits pas menus des oiseaux venus se la jouer Hollywood boulevard, façon Walk of Fame. Fuyaient-ils la case d'à côté pour rejoindre le petit bosquet de verdure et ses promesses de petits vers goûteux ? Nul ne le saura jamais.

En vue d'avion, mon damier, il ressemble à 1/4 d'espoir, 3/4 de désolation,  du 100% Smaug. Les cordes se font frontières infranchissables, les oiseaux, des exilés climatiques, et la vase, des territoires hostiles et désertiques. Les touffes de plantes deviennent des forêts en sursis, vestiges d'un temps où l'on pouvait s'y promener ou y perdre des enfants en partance pour le domicile d'un ogre ou d'une sorcière cannibale.

Du coup, je crois que je vais le poser, mon avion. Je vais l'atterrir dans un coin, et lui demander poliment de rester bien tranquille, avant de chausser un microscope pour observer le foisonnement de la faune vasière. C'est plus rassurant pour l'avenir...

 

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06 janvier 2020

Un dimanche après-midi à Nantes

 

 

Juste pour le plaisir, je partage avec vous ce hublot et ses invités... J'ai failli courir après ces passants inconnus autant qu'impromptus pour leur montrer la photo, mais je n'ai pas osé. Il faut dire qu'étant à vélo, j'aurais eu un peu de mal... Quoique, avec un peu d'entraînement, quelques pompes, deux ou trois squats, je te l'aurais soulevé, l'engin. Et haut la main !

Qu'aurais-je pu leur dire, d'ailleurs ? "Je vous ai volé votre reflet, vous ne m'en voulez pas trop ?" Ils auraient eu peur de moi, c'est certain. Vêtue d'une grande cape de pluie intégrale, casquée de gris et mains gantées façon ski, j'étais lookée façon quasi Psychose. La météo se la jouait version douche également, avec moi dans le rôle du rideau.

Ah... Incarner un rideau... Le rêve de tout acteur. Un rôle sur mesure. Rideau de fer; rideau de pluie; ride au coin des yeux. Du drapé à la grecque à l'enroulage de corps trépassés. De la transparence à l'opacité, version jour/nuit hôtellière. De l'envolée de fumée qui pique les yeux à l'ouverture d'un velours de théâtre. L'incarnation de la tristesse voilant le regard derrière un voile de larmes.

Oui, mais... a-t-on déjà vu un rideau faire du vélo un dimanche de pluie ? A Nantes, tout est possible...

Bonne année à vous tous !

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30 décembre 2019

Avirod

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Vous ai-je déjà parlé d'Avirod, la cité claire aux rivages dentelés ?

Vous ai-je déjà conté les aubes miraculeuses venant baigner ses tuiles d'ocres subtils ? Vous auriez perdu vos mots face aux premiers rayons du soleil, léchant les toits aux pentes douces tournées vers l'Orient avec une timidité de vierge effarouchée avant de leur asséner leur morsure brûlante !

Non, je ne crois pas vous en avoir parlé. J'en aurais conservé la trace, comme à chaque fois qu'elle se rappelle à mon souvenir, à l'insistante manière de l'enfant impatient qui tapote inlassablement la main de sa mère pour attirer son attention.

J'ai vécu des passions si ardentes à l'ombre de ses murs ! J'ai goûté la sueur mêlée de sable quand, ma main dans celle d'un amant, je m'amusais à courir nue dans la nuit câline et ambrée, enfilant les ruelles les unes après les autres sans peur du lendemain. J'ai glissé dans le sang de la révolte lors de sordides manifestations aux revendications ausssi louches que les regards de leurs protagonistes. Je me suis enivrée sans retenue au cul des tonneaux distillant l'armoise. J'ai éparpillé mes sens sur des sols terreux me tatouant le corps de toutes les poussières du monde. Et sans cesse revenait l'amour, le petit, avec ses va-et-vient ordinaires et la valse des partenaires qui mettait mon corps en vrac et me faisait tourner la tête...

Rien de cela ne peut s'oublier. Le coeur ne se dérobe pas aux offrandes d'un corps, même avili. Et l'âge venant, je regarde mon passé dissolu avec la condescendance d'une vieille femme qui pardonne à ses enfants toutes les avanies qu'ils lui ont fait subir. Je me surprends parfois à m'émouvoir encore sur les tortures mentales dont j'étais la proie. Dégoût, nausée, migraines épouvantables succédaient immanquablement aux orgies dont j'étais l'apôtre. Il m'en reste comme un goût amer, une douce mélancolie qui me rappelle que j'étais vivante, à l'époque.

Avirod... Vous ai-je dit que j'y avais été heureuse ?

 

NB : j'ai écrit ce texte il y a quelques années, je l'ai relooké un peu, après être tombée dessus en furetant de page en page... Ces pages que j'ai occultées un jour, et que je redécouvre avec joie parfois. Et puis ça permet de terminer l'année avec un peu de soleil ! Bonnes fêtes à vous !

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