Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

13 novembre 2009

Retour vers le passé

bougie_br9Suite à la lecture du dernier billet de Pakita, je me suis aperçue que j'ai laissé passer le premier anniversaire de ce lieu de perdition sans un mot, sans un regard. Il paraît que ça se fait sur la toile, de s'auto-commémorer, ça chatouille agréablement l'égo, et c'est l'occasion de relire un peu ce fatras de textes lancés tous azimuths. Je me suis aperçue que certains billets ne correspondent plus à ce que je suis aujourd'hui, preuve qu'écrire nous change, quelque soit le support utilisé. D'ailleurs, est-ce l'écriture qui nous change, ou est-ce simplement le reflet de notre évolution personnelle dans la vie? Un peu des deux, sans doute.

Je me suis amusée avec certains textes, qui furent si délicieux à écrire. J'ai choisi de vous replonger dans ceux-ci:

- Le point du jour, mon préféré.

- L'oiseau

- Martha, bien sûr! Le père Laborie hante encore mes pensées...

- Dégaine! ou l'obscur objet du désir.

- Un pot, pas d'échappement, histoire de sourire en grinçant des dents.

- En vers et en Lune, sujet de tant de requêtes sur Google aboutissant ici...

La liste est si peu exhaustive... Il y en a d'autres, bien sûr, sur les quelques 230 sévissant déjà. D'ailleurs, vous aurez peut-être un choix différent du mien, et c'est tant mieux.; il est difficile de se juger soi-même. Et pour ceux que le devoir de mémoire ne rebute pas, je serais ravie d'avoir un retour sur vos textes chouchous (oui, je sais, y'a du boulot!). Comme je suis magnanime, je ne vous en voudrai même pas si mon petit souhait reste lettre morte!

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10 novembre 2009

Histoire de tête

tete

Regardez, humains, je vous présente ma tête sur un plateau.

Admirez mes couleurs, mon bronzage vénusien du plus bel effet.

Souffrez que je vous observe, curieux animaux de la Terre.

Supportez en silence mon sourire narquois et mon regard acéré.

N'ayez crainte, je ne mords pas, mon anatomie ne se prête pas à ce genre de repas.

Reculez, ne touchez pas mon tubercule intelliphore capital antérieur, il est très sensible à la chaleur et à l'humidité.

Attendez un instant, je transmets ses données à mon apophyse postérieure.

Voyez mes câbles conducteurs s'illuminer tandis que transite l'information.

Contemplez mes bulbes nervoformes enfler sous l'afflux de mon incommensurable intelligence.

Ecoutez crépiter ma corne rubiconde aux attraits si certains.

Comprenez. Extasiez-vous. Inclinez-vous.

Ne partez pas!

Ne me laissez pas étaler inutilement ma connaissance subtile de la Vie.

Apprenez à recevoir d'autrui ce que vous êtes si incapables de recueillir vous-mêmes.

Sachez reconnaître le Génie quand il s'offre ainsi à vous, ingrates et pâles créatures.

Présentez-moi enfin un représentant de votre race imparfaite qui soit digne de ma condescendance.

Appelez-moi donc un taxi lunaire, je vois bien que je perds un temps précieux à vouloir vous éduquer.

Croupissez donc dans votre inculture crasse et vos miasmes nauséabonds.

Regrettez mon départ.

Ne pas vous revoir.

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06 novembre 2009

Regards

P1040939medNouvel approvisionnement sur Les regards de Med'celine!

Venez retrouver les nouveautés du mois, et n'hésitez pas à me laisser un petit mot, cela me fait toujours énormément plaisir, et cela met du lien entre nous, ce que je trouve si important et intéressant dans ce mode de communication qu'est le blog. Merci!

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05 novembre 2009

Portrait chinois

4elemSi j’étais le feu, j’étendrais mes bras vers toi jusqu’à lécher ton corps et le couvrir de caresses brûlantes

Si j’étais l’eau, je m’éloignerais de toi pour ne pas éteindre ta flamme et la laisser me consumer de plaisir

Si j’étais l’air, je déposerais tes songes sur un nuage léger pour les emmener en haut des cimes ardentes du désir

Si j’étais la terre, j’accueillerais les mouvements balancés de tes hanches au creux des miennes tremblantes

Mais je ne suis pas le feu, mes bras tombent sans grâce le long de mes flancs stériles

Et il y a longtemps que l’eau réside en mon regard perdu

Je n’ai de l’air que les courants qui me parcourent de part en part

M’acculant face à terre pour un duo dénué de charme.

Quand je serai le feu, je brandirai haut mes poings pour frapper et hurler que j’ai encore le droit d’aimer

Quand je serai l’eau, mes colonnes immenses déferleront pour atténuer la morsure de la honte et baigner en leur sein d’étranges blessures

Quand je serai l’air, j’enverrai mes tornades aux quatre coins du monde quérir un preux chevalier au cœur pur et à l’âme intacte

Et quand je serai la terre, je laisserai retomber les poussières du passé sur un vierge territoire que tu pourras conquérir enfin.

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03 novembre 2009

Un genre particulier

pictures_androgyneRécemment, j'ai vécu un instant un peu surréaliste en consultation, avec une jeune patiente de 19 ans qui consultait pour la première fois au cabinet où je remplace. Comme d'habitude, j'ai commencé la consultation par la fiche administrative (nom, prénom, date de naissance, adresse...), puis j'ai enchainé sur les antécédents médicaux et chirurgicaux. Un peu d'asthme, une vague allergie aux graminées, l'extraction des dents de sagesse, bref, du tout venant. Quand j'ai demandé si elle avait eu d'autres interventions, ses yeux se sont rapidement baissés, le temps d'une fraction de seconde, avec un soupir presque imperceptible et un léger mouvement d'épaules vers l'arrière. Il ne m'en faut pas plus pour flairer la confidence inavouable, celle qu'on terre en dessous de la ceinture... Je ne m'attendais pas néanmoins à la révélation qu'elle m'a faite ensuite, un peu plus tard, alors que nous abordions la notion de prise médicamenteuse au long cours et de contraception.

" Je suis sous Climène, me confie-t-elle.
- Climène? C'est pour le moins inhabituel à votre âge... (NB: il s'agit d'un traitement hormonal substitutif prescrit aux femmes ménopausées).
- C'est que en fait, je suis née avec un caryotype XY.
- Ah!...............ai-je bafouillé avec le menton se décrochant de surprise. Et donc, les autres interventions chirurgicales...?
- Oui. Je suis née fille extérieurement, mais on m'a opérée pour une hernie ovarienne à 6 mois, qui s'est avérée être en fait des testicules intra abdominaux. On m'en a ôté un, l'autre est resté pour que je puisse grandir normalement, et on m'a de nouveau opérée plus tard pour l'enlever aussi, pour éviter qu'il se cancérise. Après, j'ai pris des traitements hormonaux."

Voilà, j'avais devant moi une charmante jeune fille, avec un caryotype masculin et un phénotype parfaitement féminin. Elle a d'ailleurs un petit copain, qui l'accepte comme elle est. Parfois, on se sent silencieux en face de cas aussi particuliers. Je n'en menais pas large, c'était la première fois que j'étais confrontée à une telle ambiguité sexuelle qui n'en était finalement une qu'au plan biologique. Je me suis  tout de même demandée comment elle vivait cela dans son moi intime, mais l'objet de la consultation était ailleurs, je n'ai pas voulu m'apesantir pour satisfaire une curiosité personnelle déplacée...

Illustration: Androgyne from the Nurenburg Chronicle 1493 (Makhlyes, tribu lybienne réputée pour son hermaphrodisme, les individus ayant un côté masculin et l'autre féminin).

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27 octobre 2009

Lit et ratures

jcrM'extirpant de ma torpeur alitée, j'ai lu hier un livre tout petit par la taille, mais marquant par le sujet. Il s'agit de La salamandre, de Jean-Christophe Rufin. Ou comment par amour, une femme abandonne tout derrière elle pour plonger dans les bas-fonds sordides des favelas de Recife (Brésil) et d'elle-même. Des phrases courtes, des mots simples, aucune sophistication pour exprimer le côté obscur de chaque être.

Du même auteur, j'avais apprécié également Globalia, dans un tout autre genre, plutôt anticipation/fiction, l'histoire d'une manipulation à haute échelle de la société entière. Une oeuvre profondément anti-totalitaire, passionnante, que je recommande chaudement aux amateurs. Et dire que ce bouquin a passé presque 1 an sur ma table de nuit avant que je me décide de l'ouvrir...

Je remercie ici l'amie qui m'a fait découvrir cet auteur dont j'ai appris depuis qu'il est aussi médecin,  humanitaire, académicien et ambassadeur de France en Afrique.

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23 octobre 2009

Dissonnances

manipElodie est encore jeune et désirable. A 45 ans, elle étale volupteusement ses arrondis confortables sans honte, se moquant comme d'une guigne du qu'en dira-t-on. Son décolleté pigeonnant est toujours un ravissement pour les regards experts des passants honnêtes, de ceux qui sont jetés discrètement du coin de l'oeil sans bouger la tête. Elodie aime la vie, les gens, son métier. Mais elle est malheureuse. Sa quête du bonheur partagé a croisé un jour le chemin d'un homme respectable et intelligent, un intellectuel, esthète à ses heures, musicien convaincu et mélomane averti. Un homme doté de 3 enfants d'un premier lit avec une femme perverse et manipulatrice.

Elle a voulu y croire, à sa chance, à sa reconstruction. Elle-même séparée du père de sa fille, sa soif d'humanité et d'amour l'a aspirée dans un milieu malsain où les enfants servent d'obus pour torpiller leurs parents. Un no man's land où tous les coups sont permis, toutes les insultes valides, et où l'humain tangue pour se transformer en animal rageur et dangereux. Elle a supporté sans broncher les mots de haine crachés par les enfants de l'autre, elle n'a pas rendu les coups qui lui étaient offerts en toute impunité. Elle a ravalé son désespoir d'être assignée en justice pour maltraitance, elle a sagement pris les petites pilules bleues prescrites par son médecin compatissant. Elle n'a pas voulu voir la réalité en face, celle d'un conjoint démissionnaire autorisant tout et n'importe quoi à ses enfants-rois et se débattant dans des procédures indigestes et inefficaces.

Mais un jour, elle a enfin compris et a pris peur, lorsqu'elle a découvert que deux des trois enfants de l'autre ne se faisaient pas que des calins fraternels et purs, que les mains glissaient trop souvent dans les endroits qu'il ne faut pas. Elle a craint pour sa vie lorsque le gamin auteur de ces crimes l'a menacée d'un couteau. Et elle a pensé à sa fille, son trésor, sa vie, l'a prise dans ses bras tendres pour enfin s'envoler à tire d'aile de ce lieu de perdition, abandonnant à leur triste sort les protagonistes  de cette sordide histoire, après quelques années de vaines luttes pour lesquelles elle n'avait plus d'autre énergie parfois que celle de mourir.

Elodie a commencé le long combat de reconquête de sa vie, laissant peu à peu se desserrer les liens entaillant sa chair au quotidien. Elle a repris le goût à la vie, à l'air pur et au bien-être, cicatrisant ainsi les dernières blessures intimes. Elle a arrêté de prendre les pilules bleues et a remercié son médecin pour son soutien. Elle se demande parfois si elle osera un jour retomber amoureuse et prendre le risque de se faire détruire une fois de plus.

Je dédie ce texte à toutes les Elodie que je connais, surtout à celles qui n'osent pas franchir le cap de la rupture par peur de représailles affectives, et à toutes les femmes sous emprise que je ne connais pas encore.

Photo Flickr de Deyan Stefanov

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21 octobre 2009

Un délire pour la foule

Pour rester sur une note positive, juste ceci... Tout à fait le genre de délire qui me brancherait avec une bande de potes!

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Lecteur de nuit

616420Hier soir, j'ai fait une rencontre rare, au décours d'une soirée entre filles inconnues dont le seul point commun était de commettre quelques écrits futiles et fugaces sur un support technologique moderne. Une soirée où je me suis mise à grimacer de l'intérieur au fur et à mesure qu'elle se déroulait. Mon but premier, assez simple, était de créer du lien, genre chaleur humaine, partage de vie toute simple, empathie et tout ça, avec un zest d'humour pour saupoudrer le plat. Après un échange de civilités ordinaires, les conversations m'ont vite dépassée et atterrée. Il est certes facile pour moi de me sentir has been au niveau gadgets électroniques, moi qui ne demande à un téléphone portable que de savoir téléphoner. J'ai donc tenu pour la première fois un I Phone, j'ai fait mumuse avec l'écran tactile pendant quelques secondes, j'ai appris qu'on pouvait twitter avec. Bref, le summun de l'extase. Puis doucement, le degré zéro de la communication s'est insinué dans mes oreilles quand les autres convives ont commencé à parler entre elles de choses connues d'elles seules, avec force de persiflages autant sur le fond que la forme, concernant les écrits et la personnalité d'autres filles. Triste constat de l'ordinaire. Fin du sketch et fermeture de mes écoutilles. Je me suis donc concentrée sur la convive mystère assise en face de moi, et nous avons passé une excellente soirée dans la soirée. Et si la prochaine fois, je mixtais mes rencontres?

Et là, en sortant pour rejoindre la voiture, nous l'avons rencontré, lui, le cowboy solitaire gardien et noctambule. Nous lui sommes tombées dessus sans crier gare, confiantes en notre force. Nous savions que nous allions pouvoir le toucher, l'effleurer, le caresser, et glisser dans sa fente le petit carton prévu à cet effet. Nous nous sommes interrogées sur la nature de ses lectures nocturnes: changaient-elles de temps en temps? Etaient-elles si différentes de ses lectures diurnes? Et surtout, comment diable faisait-il pour se sentir à l'aise dans un espace si étroit? Etait-il contorsionniste? Ou bien nain et difforme? Avait-il croisé un jour le chemin d'un génial savant fou auteur de la potion rétrécissante? Nous aurions pu savoir tout ça, il aurait suffi d'appuyer sur le petit bouton, et il nous aurait alors raconté son histoire à travers ses petits trous, déversant à nos oreilles une suave et mécanique conversation. Nous avons préféré le laisser à ses mystères et avons finalement glissé la carte dans la fente, avant de nous faufiler dans le ventre chaud et humide du parking souterrain. Au revoir, lecteur de nuit! Dors bien!

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16 octobre 2009

Grippe storming

atchoumGrand moment d'interactivité médicale hier soir, à l'instigation de l'URML des Pays de la Loire (Union Régionale des Médecins Libéraux). Il s'agissait de mettre en présence les différents acteurs de santé intervenant au niveau de la pandémie grippale: la DDASS, le GROG (Groupe des médecins observateurs de la Grippe, seuls habilités avec les CHU à faire des prélèvements à visée diagnostique en cas de suspicion de grippe), le SAMU, le Centre de Vaccination et bien sûr les médecins généralistes. Nous étions quelques centaines à venir ainsi partager un peu de chaleur humaine.

Le message principal était de nous faire comprendre l'intérêt majeur de la vaccination et son absence de dangerosité, preuves à l'appui (études médicales dont le nom m'échappe mais certainement très sérieuses), notamment sur la présence des adjuvants (squalène, thiomersal et hydroxyde d'aluminium), dont l'extrêmement faible quantité en présence rend négligeable tout effet secondaire digne de ce nom. L'argument du syndrome de Guillain Barré a été balayé en quelques secondes, par l'observation d'un plus grand nombre de cas survenant au décours d'une grippe maladie plutôt qu'après la vaccination. Il s'agit donc de rumeurs, de serpent de mer selon le médecin du Centre de Vaccination. Les médias en ont pris un coup au passage, internet également...

On nous a redonné en vrac les symptomes en insistant sur leur début brutal, avec une fièvre pas forcément élevée (>38°C) et la présence de signes respiratoires (toux, dyspnée). Grand moment lorsque le sujet des enfants a été abordé... Les enfants de moins d'1 an sont à risque de faire des formes compliquées. Or, chez eux, les formes cliniques sont souvent atypiques, associant une fièvre élevée (>39°C) à des signes respiratoires, et/ou des troubles digestifs et/ou des convulsions. Nous devrons donc, si nous suivons scrupuleusement les consignes gouvernementales, appeler le centre 15, qui les orientera vers une consultation spécifique "grippe" organisée au sein du CHU ou une de ses antennes, seule habilitée à délivrer un traitement antiviral par oseltamivir (Tamiflu). Donc, si j'ai bien compris, l'âge est en lui-même un facteur de risque, et j'imagine avec horreur tous ces gamins déboulant aux urgences ou au CHU sur avis de leur médecin, embolisant des services déjà bien encombrés... Or, sur les documents, on nous précise plus loin que les 6-11 mois sans facteurs de risque ou signes de gravité pourront être traités en ambulatoire... Je commence à m'inquiéter de ces incohérences...

Comment faire la différence entre la grippe saisonnière, la grippe A et la kyrielle de rhinovirus et consorts hivernaux actuellement bien actifs, et dont les symptomes sont assez ressemblants, sans test valable pouvant être fait en ambulatoire? Démerdez-vous, nous a -t-on répondu en substance, "le bons sens prévaudra".

Et que dire de l'organisation des centres de vaccination?... Chaque citoyen va recevoir une invitation gratuite à se faire vacciner s'il le souhaite. L'envoi se fera par ordre de priorité (femmes enceintes à partir du second trimestre, personnes à risque, etc... La liste se trouve sur les sites dédiés à la grippe), et selon le code postal pour se rendre au centre de vaccination dont il dépend. Comme nous sommes tous fichés, pathologies comprises, par la sécurité sociale, cet envoi sera, on l'espère, cohérent. Le détail de cette monstrueuse organisation a suscité un beau brouhaha parmi les confrères, avec des mots comme "usine à gaz" flottant jusqu'à mes oreilles...

L'organisation des centres de vaccination mobiles a l'air également de poser souci, puisqu'il faut dans chacun d'entre eux une équipe de 15 personnes (administratifs, médicaux et para médicaux), disponibles environ 4 heures par jour selon des tranches horaires bien définies 4 jours par semaine (ou 5, je ne sais plus), et ceci, durant 4 mois. Je me suis demandée pourquoi on ne confiait pas cette campagne aux généralistes, mais certains se sont récriés ("on a déjà trop de travail") ou ont exprimé leur satisfaction ("au moins, s'il y a des problèmes, on ne sera pas responsables", vu qu'en effet, il existera une couverture assurantielle pour les vaccinateurs). J'ai cru comprendre en plus qu'il existait des contraintes techniques pour ces vaccins, notamment au niveau de leur conditionnement. Un autre aspect déplaisant soulevé a également été le constat d'une médecine à deux vitesses, au sein même de notre profession: alors que tout est soigneusement prévu et codifié pour les médecins hospitaliers et leurs secrétaires, rien ne l'est pour les généralistes de terrain et les leurs, de secrétaires, pourtant en première ligne aussi. La DDASS a été incapable de répondre à cette simple question: "où serons-nous vaccinés et quand?".

A l'issue de cette séance, je ne suis toujours pas plus avancée pour mon propre raisonnement, j'ai du mal à me projeter dans l'avenir épidémique, sans doute proche. Comment vais-je gérer le cabinet que l'on m'aura confié à ce moment, si je déborde à plus de 30 consultations par jour? On nous conseille de faire des visites, mais comment, les journées n'ayant que 24 heures et ma tolérance au manque de sommeil assez faible...? Virer les revues et les jouets de la salle d'attente, soit, c'est faisable. Du gel hydroalcoolique à disposition des patients? Oui, mais on nous a conseillé de bien le fixer, sous peine de réveiller les instincts kleptomanes de certains. Et puis les masques... Personnellement, j'aurai du mal à en tolérer un plus de 20 minutes (vous avez essayé, vous? C'est l'enfer, avec les lunettes embuées). Et puis une fois le patient sorti, les micro gouttelettes en suspension dans l'air mettant 2 h à retomber, croyez-vous qu'on aura le temps ou l'envie de se les geler en aérant pendant 5 minutes?

Bref. Le message est clair: tout bon malade se devra de rester grippé chez lui, avec consignes téléphoniques de se faire examiner en cas de signes de gravité. Je sens qu'on va s'amuser ferme, et que le blog pourra pâtir un peu en terme d'assiduité de ma part lorsque je partirai au charbon...

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