Med'Celine

20 janvier 2020

Troisième dimension

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A Cabourg, pas très loin de la Divette, il y a un foyer un peu spécial. Un endroit si secret que les normands du coin n'en franchissent jamais le seuil. Et pour cause ! L'entrée est tellement étroite que seule une feuille de papier peut s'y glisser. Il s'agit du Foyer qui Distend.

Ce lieu très particulier offre un gîte plein de tendresse aux délaissés de la géométrie en relief. Cercles, carrés ou triangles, droites, segments et rectangles en tous genres s'y voient proposer un repos bien mérité après une éternité à souffrir entre les lignes d'un cahier à barreaux. Leur infime épaisseur leur permet d'accéder au vestibule du Foyer et de s'empiler les uns sur les autres sans accroître pour autant leur volume.

Et cela, c'est tout à fait insupportable pour Loïc le disque. Pour lui, c'est certain, son destin n'est pas de moisir entre Dédé le carré et Solange le losange ! Il sait qu'une erreur quelque part en géométrie l'a empêché de devenir la belle sphère qu'il ressent en lui. Bérangère, Ô ma Bérangère, te voilà tout aplatie...

Alors il se tortille, remue, exerce une irrésistible poussée sur toute la pile au point de déstabiliser le fragile équilibre moléculaire de l'ensemble. Et Gaston, le flocon de Koch, un poil énervé par ce remue ménage, lui souffle son givre dans les bronches. Et voilà Loïc qui gonfle, qui gonfle ! Il repousse les murs, se volumise, s'arrondit. Loïc disparaît d'un seul coup, le Foyer explose et laisse apparaître Bérangère la sphère dans toute sa splendeur.

"Merci pour le rembourrage, Gaston !", rugit-elle avant de s'envoler dans les hauteurs normandes en chantant sa suave musique.

Encore une belle mission accomplie pour le Foyer qui Distend ! Un spasme et une aigreur plus tard, il se referme comme une huître, dans l'attente du prochain hôte impalpable en quête de la 3e dimension...

***

Ce texte est un essai pour moi, selon la consigne d'Olivia, dont je découvre le blog grâce à Célestine. Merci !

Les mots à placer : proposer - rembourrage - givre - Cabourg (facultatif car il s'agit d'un nom propre) - irrésistible - déstabiliser - foyer - tendresse - éternité

olivia

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13 janvier 2020

La partition du monde

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Cette photo, je l'ai prise au bord d'un étier en Vendée, à marée si basse qu'elle ne remontait plus jusque-là. La vase avait fini par sécher et se craqueler, un peu comme quand tu oublies que tu t'es posé un masque à l'argile et qu'il se rappelle à ton bon souvenir, quand tu ne peux plus sourire. L'image est assez réaliste, puisque quand l'eau revient irriguer les multiples fentes, la peau du canal redevient lisse, elle aussi. L'analogie cosmétique va s'arrêter là, car si on te dit que ta peau est délicieusement molle et grise, c'est plutôt mauvais signe. Change d'amis.

Il y avait aussi quelques casiers attachés par des cordes, et qui formaient un genre de damier. Normal. Des casiers, ça dessine des cases, c'est mathématique. Et dans l'une d'entre elles, on distinguait les petits pas menus des oiseaux venus se la jouer Hollywood boulevard, façon Walk of Fame. Fuyaient-ils la case d'à côté pour rejoindre le petit bosquet de verdure et ses promesses de petits vers goûteux ? Nul ne le saura jamais.

En vue d'avion, mon damier, il ressemble à 1/4 d'espoir, 3/4 de désolation,  du 100% Smaug. Les cordes se font frontières infranchissables, les oiseaux, des exilés climatiques, et la vase, des territoires hostiles et désertiques. Les touffes de plantes deviennent des forêts en sursis, vestiges d'un temps où l'on pouvait s'y promener ou y perdre des enfants en partance pour le domicile d'un ogre ou d'une sorcière cannibale.

Du coup, je crois que je vais le poser, mon avion. Je vais l'atterrir dans un coin, et lui demander poliment de rester bien tranquille, avant de chausser un microscope pour observer le foisonnement de la faune vasière. C'est plus rassurant pour l'avenir...

 

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06 janvier 2020

Un dimanche après-midi à Nantes

 

 

Juste pour le plaisir, je partage avec vous ce hublot et ses invités... J'ai failli courir après ces passants inconnus autant qu'impromptus pour leur montrer la photo, mais je n'ai pas osé. Il faut dire qu'étant à vélo, j'aurais eu un peu de mal... Quoique, avec un peu d'entraînement, quelques pompes, deux ou trois squats, je te l'aurais soulevé, l'engin. Et haut la main !

Qu'aurais-je pu leur dire, d'ailleurs ? "Je vous ai volé votre reflet, vous ne m'en voulez pas trop ?" Ils auraient eu peur de moi, c'est certain. Vêtue d'une grande cape de pluie intégrale, casquée de gris et mains gantées façon ski, j'étais lookée façon quasi Psychose. La météo se la jouait version douche également, avec moi dans le rôle du rideau.

Ah... Incarner un rideau... Le rêve de tout acteur. Un rôle sur mesure. Rideau de fer; rideau de pluie; ride au coin des yeux. Du drapé à la grecque à l'enroulage de corps trépassés. De la transparence à l'opacité, version jour/nuit hôtellière. De l'envolée de fumée qui pique les yeux à l'ouverture d'un velours de théâtre. L'incarnation de la tristesse voilant le regard derrière un voile de larmes.

Oui, mais... a-t-on déjà vu un rideau faire du vélo un dimanche de pluie ? A Nantes, tout est possible...

Bonne année à vous tous !

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30 décembre 2019

Avirod

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Vous ai-je déjà parlé d'Avirod, la cité claire aux rivages dentelés ?

Vous ai-je déjà conté les aubes miraculeuses venant baigner ses tuiles d'ocres subtils ? Vous auriez perdu vos mots face aux premiers rayons du soleil, léchant les toits aux pentes douces tournées vers l'Orient avec une timidité de vierge effarouchée avant de leur asséner leur morsure brûlante !

Non, je ne crois pas vous en avoir parlé. J'en aurais conservé la trace, comme à chaque fois qu'elle se rappelle à mon souvenir, à l'insistante manière de l'enfant impatient qui tapote inlassablement la main de sa mère pour attirer son attention.

J'ai vécu des passions si ardentes à l'ombre de ses murs ! J'ai goûté la sueur mêlée de sable quand, ma main dans celle d'un amant, je m'amusais à courir nue dans la nuit câline et ambrée, enfilant les ruelles les unes après les autres sans peur du lendemain. J'ai glissé dans le sang de la révolte lors de sordides manifestations aux revendications ausssi louches que les regards de leurs protagonistes. Je me suis enivrée sans retenue au cul des tonneaux distillant l'armoise. J'ai éparpillé mes sens sur des sols terreux me tatouant le corps de toutes les poussières du monde. Et sans cesse revenait l'amour, le petit, avec ses va-et-vient ordinaires et la valse des partenaires qui mettait mon corps en vrac et me faisait tourner la tête...

Rien de cela ne peut s'oublier. Le coeur ne se dérobe pas aux offrandes d'un corps, même avili. Et l'âge venant, je regarde mon passé dissolu avec la condescendance d'une vieille femme qui pardonne à ses enfants toutes les avanies qu'ils lui ont fait subir. Je me surprends parfois à m'émouvoir encore sur les tortures mentales dont j'étais la proie. Dégoût, nausée, migraines épouvantables succédaient immanquablement aux orgies dont j'étais l'apôtre. Il m'en reste comme un goût amer, une douce mélancolie qui me rappelle que j'étais vivante, à l'époque.

Avirod... Vous ai-je dit que j'y avais été heureuse ?

 

NB : j'ai écrit ce texte il y a quelques années, je l'ai relooké un peu, après être tombée dessus en furetant de page en page... Ces pages que j'ai occultées un jour, et que je redécouvre avec joie parfois. Et puis ça permet de terminer l'année avec un peu de soleil ! Bonnes fêtes à vous !

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23 décembre 2019

Le cascadeur

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Ce matin, je t'ai vu alors que je levais les yeux au ciel en trottinant dans la rue. Tu étais là, désespérément suspendu au rebord de cette fenêtre. Quelle idée ! Je me suis demandé dans quelle embrouille tu avais encore été te fourrer. Comme tu ne criais pas et que tu restais immobile, je n'ai pas osé te déranger. Sans doute étais-tu en plein processus créatif. J'ai donc continué ma route.

En tournant au coin du boulevard, près de la boulangerie, mon regard a été attiré par une tâche de couleur. Tu étais là aussi, sur ce balcon, à côté du bac de géraniums en perdition. Une main levée comme pour saluer les passants, ton sourire énigmatique arrosait la rue en contrebas. Là encore, je n'ai rien dit. On a la liberté de faire le planton devant une porte-fenêtre, que diable !

Mais quand, cent mètres plus loin, je t'ai encore croisé, alors que tu tentais d'escalader un mur le long d'une gouttière, j'ai eu un doute. Que tu veuilles m'impressionner, passe encore. J'ai l'habitude, tu penses ! Tu me fais le coup régulièrement depuis que je suis toute petite. Mais ce costume en feutrine pathétique... Tu as fait les soldes, ou quoi ? Et puis, cette exhibition devant tout le monde... Je croyais que tu devais être discret. Comment veux-tu que j'aie encore confiance en toi, après ça ?

A moins que tu ne te sois encore fait avoir. Tu es trop gentil... Tu ne sais pas dire non ! A ton âge, pourtant, il serait temps d'apprendre, tu ne penses pas ? Tiens, c'est comme l'autre jour, quand je t'ai croisé devant le grand magasin du centre ville. Oui, tu sais, c'était quand tu avais une meute de gamins autour de toi. Tu leur racontais je ne sais plus quoi. Tu ne t'es pas dit que s'ils riaient, c'était peut-être de toi ? Tu es si naïf...

Moi, ce que j'en dis... C'est ta vie, après tout. Mais ne viens pas pleurer ensuite, à te plaindre que plus personne ne croit en toi, et patati, et patata. C'est la vie, mon vieux ! La surexposition médiatique, ça te tue une réputation. J'en sais quelque chose... Fuck Walt Disney ! Depuis que Mickey a pris la grosse tête, je ne suis plus rien, moi.

Bon allez, arrête de pleurer ! Remets ton bonnet et essuie ta barbe, je te ramène au pied de ton traîneau. Il y a encore quelques innocents qui t'attendent au pied de leur sapin. Et qui sait, ils auront peut-être quelques dents pour moi aussi ?

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16 décembre 2019

La boîte

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Il y a quelques années, quand elle était encore petite, j'ai offert à ma fille un modeste cube en carton, ex emballage d'une montre neuve. Je lui ai dit qu'il s'agissait d'une boîte pour ranger tous ses trésors. Elle s'est immédiatement empressée d'y déposer fèves, cailloux et autres débris de bois ou de feuilles amoureusement ramassés au gré de ses promenades. Cela m'a ramenée en arrière, dans mes vertes années, lorsque moi aussi, je triais scrupuleusement des petits bouts de rien pour les entreposer dans mon coffre à moi.

Mon coffre... Il s'agissait d'une vieille boîte à bijoux, recouverte d'un velours élimé pourpre, aux coins renforcés par des plaques métalliques ouvragées. Je l'avais sauvée d'un grand nettoyage par le vide chez mon arrière-grand-mère. Cette remise à zéro des placards, je n'ai jamais réussi à la faire chez moi. Certains de mes amis y arrivent très bien, leur maison gagne subitement 500 mètres carrés d'apparence... Je me contente modestement de partager mon espace vital avec des tas de souvenirs. Tas au sens poussiéreux.

Dans ma boîte, j'avais deux tubes homéopathiques bleus, dont j'avais remplacé les granules originels par des yeux de merlus, des cristallins plus précisément. C'était un jeu fantastique, ça, de les décortiquer soigneusement à la pointe du couteau une fois le poisson cuit,  en ôtant toute la partie  blanche poudreuse jusqu'au trésor final parfaitement sphérique. Cette petite boule translucide durcissait après séchage. Je m'imaginais ainsi posséder de précieuses perles, que je rosissais ensuite en les enrobant d'une fine couche de rouge à lèvres.

Il y avait également quelques osselets en os véritables, évadés de l'enfance de ma mère, des images d'Epinal, quelques autocollants, une queue de raton laveur en porte clé, vestige d'un amour transitoire pour Davy Crockett, des coquillages, quelques doubles tournois datant de Louis XIII et Louis XVI récupérés chez l'arrière-grand-mère entre deux piles de torchons, une petite boîte en plastique contenant des dents de lait, un bracelet de pacotille offert par mon grand-père, seul cadeau reçu de lui qui s'était exilé loin de nous, par conséquent d'une inestimable valeur, et sans doute d'autres broutilles dont le souvenir se perd dans les limbes de la mémoire.

Il y avait aussi une petite fiole de "parfum" artisanalement réalisé par mes soins, un immonde mélange d'alcool, d'eau de toilette, de détergent et de dentifrice, dont la particularité était de donner des boutons en plus de l'effroyable odeur de décomposition qu'il émettait au bout de quelques semaines. Voilà qui sonna le glas de ma carrière en biocosmétologie...

Je l'ai toujours, cette boîte. Elle est sagement rangée dans un placard, oubliée au fond d'un tiroir. Parfois, je l'ouvre et je regarde ces petits débris de mon enfance, essayant de me rappeler l'importance qu'ils avaient à l'époque pour la gamine solitaire que j'étais. Je m'aperçois alors que le temps a passé, et que me souvenir de cette période est difficile. Ai-je voulu l'occulter ? Je me demande vraiment quelle enfant j'étais. J'avoue ne pas savoir si ce questionnement est utile. De toute façon, je n'aurai sans doute jamais la réponse.

Alors, je me contente d'avoir été "l'enfant aux yeux de merlu", à défaut d'avoir été "l'enfant prodige". On se console comme on peut !

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09 décembre 2019

Ceci n'est pas un tuto cuisine.

L'autre jour, mes papilles sont allées se promener du côté de chez Bleck. Un retour d'Espagne à la sauce François-Régis Gaudry. Subitement, l'envie de goûter ce délice de poudre d'amande mêlée d'oranges confites au vin doux s'est faite insupportable. Mais il manquait une chose à la recette de l'ami Bleck. Du visuel. Du concret. De l'image à gogo, dans le genre food porn extrême. 

Munie des ingrédients et de mon portable, j'ai donc officié, risquant à tout moment de faire tomber le produit high tech dans les récipients remplis de farine, sucre, levure, huile d'olive, Porto, etc, etc... La recette exhaustive ici.

Déjà, le procédé nécessite d'anticiper, un vilain mot que j'ai du mal à m'appliquer personnellement. En effet, il faut mixer les oranges bio-bien-lavées-et-tout-et-tout avec l'huile d'olive la veillle. Un sursaut de mémoire tardif vers 23h30 m'a permis de valider cette étape dans les temps. Ouf ! Mea culpa pour ceux qui dormaient déjà...

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Le lendemain, les choses sérieuses commencent. Déjà, je constate que le saladier choisi est trop petit (j'aurais dû écouter Célestine qui a fait 2 gâteaux avec la recette...). Pas grave, j'ai un grand bac à vaisselle. Il faut quand même dire que mes oranges étaient de belle taille, et que dans mon enthousiasme, j'ai mixé les 4 d'un coup alors que j'aurais dû en garder une pour la déco finale... Quand on aime... Je plaide coupable. Je ne lis jamais les recettes jusqu'au bout avant de les exécuter, ce qui me vaut parfois d'aller en urgence acheter l'ingrédient mystère à la supérette du coin un dimanche matin...

Et hop, on mélange tout le bazar.

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Au début, ça ressemble à ça.

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Et avec un peu de persévérance à l'huile de coude, on obtient cela.

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Me méfiant de la taille de mon moule à manqué, trop petit en apparence, j'opte pour le moule à tarte à bords hauts, largeur 27 cm, ainsi que le montre mon étalon maison.

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Je transvase après avoir protégé le fond par un papier cuisson. Je suis définitivement fâchée avec le beurrage/chemisage à la farine... Et puis la clef n'est sans doute pas un modèle de propreté, et j'ai la flemme de nettoyer le plat.

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C'est parti pour 1 h de cuisson.thumbnail (8)

 

Bon, finalement, je rallonge un peu...thumbnail (9)La précision n'est pas la vertu cardinale de la cuisine !

Pendant que le four me réchauffe l'atmosphère, je prépare les oranges confites. Là, on attaque le grand art. Enfin, théoriquement. Parce que mon couteau a beau être affûté, mes découpes sont approximatives. Comme quoi dans les bouquins de cuisine, il doit y avoir pas mal de déchets avant d'obtenir un rondelle d'orange parfaite, ronde, avec tout ce qu'il faut où il faut. Et sans se couper, parce que c'est le WE et j'ai autre chose à faire que d'aller me faire ficeler une plaie aux urgences. 

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Comme je n'assume pas mes demi-rondelles, on constatera que je les ai bien cachées en dessous de celles qui sont potables.

Pour le sirop, j'ai doublé les doses, et j'ai eu raison, vu ce qui en est resté en fin de compte...

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C'est beau, hein ? On ne s'en lasserait pas ! Je teste le mode "photo nourriture", it's so sexy !

Ding ding ding ! Après quelques ouvertures/fermetures du four pour larder le gâteau de coups de couteau, c'est enfin prêt. Et ça sent rudement bon !

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Pour mémoire... Une grosse fève, peut-être ?

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Et comme c'est bientôt Noël, et que je me suis tué le dos en achetant un sapin trois fois trop haut samedi matin, je fais une petite mise en situation de saison !

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Et une petite dernière pour la route, afin de conclure ce non-tuto sans recette...

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Bon appétit, les amis !

 

 

02 décembre 2019

Passé décomposé

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Tu sais...

Si seulement je pouvais redessiner le passé

D'un doigt trempé à l'encre du désir

Je pourrais te sculpter des sentiments

Habiller ton coeur de tendres murmures

Te raconter mes faiblesses

T'offrir mes espoirs secrets

Mais j'ai failli

J'ai juste offert mon corps déshabité

A tes mains avides de morte passion

Si tu m'avais ouvert tes yeux

Au lieu de les tourner vers l'horizon

Tu aurais guidé nos pas vers le plaisir

Son explosion aurait décalé l'univers !

Au lieu de ce silence si pesant

J'aurais pu t'offrir un hâvre d'amour

Perché au-delà de nulle part

Réchauffer nos absences 

Combler ce vide entre nous.

J'aurais pu t'aimer.

Le temps qui passe...

Si long

Trop tard.

 

 

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25 novembre 2019

Chuchosémie

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" Bonjour"...

Ce mot, prononcé du bout des lèvres, dans un soupir presque aspiré par ses points de suspension, c'est celui que nous prononçons tous en entrant dans une salle d'attente de médecin. Un mot presque invisible aux oreilles inattentives ou déjà bouchées par le rhume qui les amène dans ces parages. Un presque mot, en fait. Une manière de politesse qui a l'air de ne pas y toucher. On ne sait jamais, des fois que ce serait contagieux...

C'est un chuchotement de convenance. Un souffle de bienvenue. Un vague bruit d'excuse. Comme si le simple fait de le prononcer allait rompre la sacralité de l'instant. Salle d'attente, église : un point partout, balle au centre. Ce silence respectueux, j'ai longtemps cru qu'il était l'apanage de certains lieux, et ce, un peu partout dans le monde.

Jusqu'au jour où j'ai testé un hôpital local sur une île espagnole. Rien de bien méchant, juste la rencontre inopinée -bien qu'épineuse - entre ma jambe et une roche volcanique acérée. Suffisamment quand même pour que je me pose la question de quelques points de suture. Armée de mon anglais de base, de mon espagnol inexistant et de ma carte européenne de santé, j'ai réussi à me faire diriger vers une salle d'attente bombée aux allures de kermesse. Mon petit "hola" poliment étouffé a été instantanément broyé par une avalanche sonore fortement incompréhensible. Tous ces gens malades se parlaient, et fort, avec ça. On s'interjectionnait de part et d'autre, avec force geste. A ma gauche, une mamie toute contentionnée de bas s'est mise à papoter avec la jeune femme sise à ma droite, par dessus ma jambe qui n'a pas bien saisi l'affaire en détail. Le tout en me prenant à témoin, bien sûr. Je n'ai pu que sourire d'un air navré. Ou navrant, plutôt. Je me maudissais intérieurement de ma supposée germanophonie collégienne puis lycéenne. N'entravant que dalle, je me suis concentrée sur les noms que beuglait le médecin dans son boxe. Aucun autre mot ne pourrait mieux décrire les vociférations accentuées qui sortaient de la petite pièce où il officiait. Ma crainte de ne pas comprendre mon propre nom quand il serait prononcé, sans doute fortement déformé, était fondée. Après 1 h d'attente dans le brouhaha, j'ai avisé une infirmière dont l'âge m'a paru compatible avec une connaissance même minime de l'anglais. Bingo. Je n'attendais pas au bon endroit...

Là, je dois tirer mon chapeau aux nouvelles technologie. J'avais soigneusement écrit tout un texte en français, expliquant ma situation, jusqu'à mes derniers rappels vaccinaux (je suis pointilleuse parfois). Puis d'un clic, hop ! Traduction instantanée en espagnol. L'infirmière a tout compris, et par gestes, m'a fait comprendre que j'étais une quiche, parce que 12 h après une plaie, il était un peu tard pour envisager de la suturer... Tout ça avec un beau sourire. C'est important, de ne pas froisser un touriste. Des fois qu'il revienne s'étaler sur un bout de volcan...

Lestée d'un volumineux pansement, je suis ressortie de cet hôpital local avec une expérience positive. Depuis, mon "bonjour" sonne un poil plus fort quand je vais me perdre dans une salle d'attente. Et forcément, celui des autres l'est aussi ! Foutu instinct grégaire, quand même...

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18 novembre 2019

Origines

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Quand j'étais enfant, je m'imaginais parfois en princesse oubliée. Quelque part sur Terre, un royaume m'avait exilée pour d'obcures raisons. Etais-je un danger public ? Avais-je perpétré quelque crime impardonnable ? Ou une bonne fée m'avait-elle prise sous son aile pour me sauver d'un destin désastreux ?

Je vivais donc dans la douce illusion qu'un beau jour, je retrouverais ma famille perdue, qu'on me couvrirait d'honneurs et que je deviendrais la reine d'un magnifique pays peint couleur licorne. Je ne me distinguais donc pas vraiment de la fillette standard abreuvée aux images de Barbie et de Rémi sans famille... Sortez vos Kleenex, je vous prie !

Certes, j'ai depuis grandi un peu, surtout dans ma tête. J'ai cadenassé mes niaiseries dans un coin du placard, et j'ai avancé un peu dans la vie. Mais sans doute pas suffisamment , étant donnée ma réaction quand mon frère, passionné de généalogie, m'a annoncé vouloir entamer des recherches sur notre lignage côté paternel...

Les étoiles se sont rallumées dans mes yeux. J'allais enfin savoir de qui nous descendions ! Quels illustres personnages se tenaient donc en équilibre sur une de nos branches ? J'ai piaffé d'impatience ! Mais quelques années ont passé. Remonter ainsi le temps ne s'improvise pas.

Et puis un jour, j'ai enfin eu entre les mains un paquet de feuilles enroulées sur elles-mêmes. Je les ai soigneusement dépliées et posées à plat sur un lit. Mes yeux ont fébrilement cherché un miracle. Une particule sur un nom. Un titre de noblesse. Un métier extraordinaire, genre alchimiste ou conseiller d'un roi. Mais rien. Ou plutôt si. Juste ce dont j'aurais pu me douter statistiquement. Des fonctionnaires, des cheminots, des charpentiers, des paysans. Des brodeuses, des mères de famille, une laborantine. Une belle lignée remontée patiemment pas à pas jusqu'en 1600...

A défaut d'avoir une hérédité aérienne et futile, je me suis retrouvée face à de solides racines terriennes. Un ancrage profond, génération après génération, avec des ancêtres laborieux, pétris sans doute du sens du devoir, et dont la vie n'a pas dû être rose bonbon tous les jours. Avoir les pieds sur terre, c'est peut-être cela, le miracle, après tout !

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