Med'Celine

12 juillet 2017

La mode

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Etre ou ne pas être à la mode ? Vous savez, cette notion volatile qui fait de vous la reine du bal un soir et une sous catégorie approximative le lendemain matin. 

Cela fait longtemps que j'ai cessé de me préoccuper de mon apparence et de me déguiser pour la parade saisonnière. De toute façon, je ne me suis jamais sentie en adéquation avec les mannequins anorexiques présentés sur les pages glacées des magazines. Le processus d'assimilation grinçait un peu trop dans les coins. A la rigueur, j'aurais pu glisser un bras dans une jambe de pantalon. Qui sait ? J'aurais peut-être pu créer une tendance ! Le souci du lancer de mode, c'est sa cinétique : course ascensionnelle rapide au départ, séquence de vol stationnaire de courte durée, et chute inexorable à grande vitesse. Puis écrasement comme une bouse, avec les dégâts collatéraux qu'on imagine bien : regards narquois et dégoûtés des témoins, qui se détournent de l'objet démodé en se pinçant le nez. 

L'astuce est de gérer le temps en ayant une garde-robe organisée comme un couteau suisse. La mode fait des vagues. Il faut juste savoir si on est positionné à marée basse ou pas. Et si oui, juste attendre. L'éternel recommencement des choses a son petit côté pratique. Ici, les fringues des années 90 que je remettrai dans les années 2010, et là, celles de 75 piquées à ma mère et que je tenterai d'enfiler au chausse-pied en 2020... Disons que cela pourrait être une solution, si ce fichu temps n'avait pas la manie de vous modifier le format au fur et à mesure qu'il s'écoule. On apprend à être philosophe, et on prévilégie plutôt le confort. Enfin... c'est ce qu'on dit pour se rassurer !

J'étais jeune à une époque où les mannequins disparaissaient de profil. Et je trouve jubilatoire de voir s'étaler désormais sur internet les articles sur les femmes grande taille ou plus size (une dénomination assez horrible), juste des femmes normales, en fait. Des femmes magnifiques qui assument leurs formes. Je n'hésite pas à les montrer à ma poupette de fille qui se trouve grosse du haut de ses 39 kg. Et je me dis qu'elle est née au bon moment.

Allez, je vais enfiler mes bas de contention et un gilet mauve. So sexyyyy !

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07 juillet 2017

Petite musicologie à cheveux blancs

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Il est des caps qui se franchissent avec panache. Bonne Espérance, Horn, ou même Fréhel et Finistère, pour faire plus local.

D'autres se négocient en ralentissant un peu dans les virages : la quarantaine, le bac du fiston, les premiers verres progressifs...

Et certains qui te prennent à la gorge pour te faire vomir tes derniers espoirs de jeunisme.

Genre celui de ce matin, quand zappant de station en station sur l'autoradio, je me mets à fredonner un air connu avec un certain plaisir, juste avant de m'apercevoir que JE SUIS SUR RADIO NOSTALGIE, bordel ! Me viennent alors les images honteuses de calvities bedonnantes, de Jackyattitude et de Dickriversomania aigüe de mon enfance, quand mes parents se pâmaient sur des airs connus d'eux seuls (ou pire, de leurs propres parents, Tino Rossi et Luis Mariano inside). 

Les bras m'en tombent. Voilà, c'est officiel, je suis ce que j'appelais à l'époque une ringarde, une has been totale. Bon, je vais me rassurer en prospectant sur l'avenir de mes enfants, qui de radieux, franchira à son tour ce fichu cap en temps et en heure. Adèle et Shy'm ménopausées, ça va en jeter sévère.

Mais rassurez-moi : Desireless et Aha, c'est quand même pas aussi tarte que Le locomotion par Sylvie Vartan, Laisse-moi t'aimer de Mike Brant, ou Biche, ma biche de Franck Alamo, non ? Ne crachons tout de même pas sur les contemporains des Yéyés, j'adore les Beach Boys !

Allez, je me finis sur Zombie des Cranberries et je vous laisse, j'ai un cours de jerk. 

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16 juin 2017

Et soudain...

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Parfois, on se prend une gifle de passé dans la figure. Là, comme ça, un jour où tout allait bien. On avait juste un pied sagement posé devant l'autre, poliment, sans déborder, et on envisageait simplement de se propulser en avant d'un léger coup d'échine. Souple, l'échine. Ne doit-elle pas toujours l'être ? Ou à la rigueur, un peu courbée, pour les timorés. Ou encore de porc, mais bien grillée, et saupoudrée d'herbes de Provence.

On ouvre sa messagerie, un mail est arrivé. Du genre de ceux qu'on a attendu en vain pendant des années. Une réponse à une interrogation vieille de 10 ans. Et cette fichue mémoire... Elle s'est gentiment laissée stratifier comme un parquet poncé avant d'être reciré sans qu'on ait ôté au préalable la sciure fatiguée... Elle rame un peu, la bougresse. Elle a perdu ses étoiles et son lustre. Alors comme on est sympa, on veut la rafraîchir, et à défaut d'un seau d'eau glacée, on ouvre la boîte de Pandore : la rubrique des messages envoyés...

Les mots feu follets surgissent d'outre-tombe, de cet endroit oublié, avec leur éclat soyeux, leurs braises encore vives et leur passion  sauvage. Ils se culbutent sans gêne dans leur hâte de brûler les petits yeux curieux. Ils sont comme des enfants trop longtemps enfermés un jour de pluie. Ils se déversent à l'extérieur et coulent en rigoles facétieuses sans souci d'un quelconque chemin déjà tracé.

Alors forcément, on est hypnotisé, et on prend conscience du lent travail de sape du temps qui passe. Ce traître... On s'émerveille, on s'effraie, on s'interroge. Qui était  donc cette personne qui déclinait avec art tout l'éventail passionnel d'une rencontre impromptue ? Et surtout, quel est le risque de réveiller ce loup qui dort si paisiblement depuis toutes ces années ? Va-t-il se mettre à tirer sur sa laisse et la briser pour replonger au sein du carnage ? Ou se contenter d'un vague soupir blasé et se tasser un peu plus profondément dans sa niche au fond du jardin ?

A moins que la bouteille lâchée au large ne se brise en mille morceaux qui raconteront une histoire différente à chaque poisson croisé au loin ?

 

Illustration: Magritte - Les regards perdus, 1927-1928

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28 avril 2017

Un entre-deux.

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J'ouvre les yeux.

 

Rien.

 

A peine une blancheur nébuleuse.

Mes doigts frôlent les parois du cocon qui m'enserre.

Étrange matière qu'un mot égaré pourrait enflammer.

Des sons feutrés parviennent à mes oreilles.

Le vent vient perdre son dernier souffle dans mes cheveux.

Un souvenir de parfum transperce l'air jusqu'à mes narines.

Tout semble figé autour de moi.

 

Et j'ai peur.

 

Là, des ébauches de regards au-dessus de bouches aphones.

Au loin, le rugissement éteint des combats d'antan.

Je marche sur un tapis tissé d'indifférence,

Mes pieds nus dansant bientôt sur des braises glacées.

 

Et ça brûle.

 

Alors je souffle de toutes mes forces.

Je pousse un cri pour déchirer ce brouillard aveuglant.

Pour retrouver dans l’œil des autres un éclat de quelque chose.

 

Que sais-je ?

 

Une rumeur de vie, un zeste de mouvement.

Écouter dans les rues l'écho d'un fier grondement.

Pouvoir avancer sans aigreur aux côtés de ceux que j'aime.

 

Et regarder l'avenir sans y voir le passé.

 

 

 

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27 janvier 2017

Le tuto beau thé du jour.

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Imagine un cercle. Place-toi au centre, toi et ta carcasse.

Si je te centre, là, c'est pour te montrer une chose à laquelle tu n'as pas forcément pensé, quand tu te regardais ce matin dans ta glace en te trouvant moche, gros, laid, ridé, fatigué, cerné, déprimé, bref, pas concerné par la bobine qui te faisait face en te narguant, avec son rictus idiot de faux témoin.

A ce moment précis de ton hypogée personnel, tu es persuadé d'être la risée du monde entier, le point de mire des moqueries subtiles de tes pairs. D'où tu es, au centre de ton cercle fictif, tu ne vois donc que des gens beaux, intelligents, raffinés, bien dans leur peau, au rire clair et haut, comme leurs idées. Et forcément, comme ils occupent 360 degrés de ton champ visuel, tu te sens écrasé par leur supériorité. Tes sens abusés te confirment ton indignité. Tu te recroquevilles un peu plus, les épaules basses, et le regard en berne.

Je te trouve tout à coup extrêmement égocentré, mon ami. Comme si le monde tournait autour de toi, comme un manège un peu fou que rien ne pourrait stopper. Alors pour te rendre service, je vais te dévoiler un secret de géométrie pure, un sacré scoop, un vrai buzz de la mort qui tue: chaque particule évoluant autour de toi est prisonnière de son propre cercle. C'est pas magique, ça ? Je t'avais prévenu, on va toucher Dieu de l'orteil, toi et moi !

Alors ton cercle, il coupe celui des autres en un point A, B, C ou Z. Même qu'il faudra inventer des lettres, des codes secrets pour les nommer tous. Et à chaque fois que ça t'intersecte le périmètre, ta bulle éclate un petit peu. Plop ! Il est pas sympa, ce petit bruit tout doux ? Tu vas tracer un rayon de toi à ce point ainsi créé, tu vas y coller ton oeil comme à une longue-vue, et tu vas regarder ce qu'il y a au bout. Tu sais quoi ? Je te parie que tu vas découvrir que l'autre, là-bas, dans son cercle étroit, il pense comme toi. Et ils sont des milliers comme ça.

Alors lâche un peu ton miroir et mets-toi aux maths, qu'on rigole un peu tous les deux !

PS: toute ressemblance avec des personnes existantes ne serait peut-être pas que fortuite.

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21 juin 2016

Education à revis(it)er

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 Mise en garde avant lecture: ceci est un pavé qui ne peut vous faire que du bien.

J'ai découvert tout à fait récemment grâce à l'homme de ma vie, l'existence d'Eric Gaspar, un prof de maths en lycée à Montpellier. Ce gars-là est un type bien. Il a créé un outil éducatif pour les enseignants, les parents, les élèves, appelé Neurosup (marque déposée). Le propos est de "rassembler et présenter la synthèse des dernières avancées en neurosciences, qui permettent de mieux réussir, plus facilement et avec plus de plaisir, tout apprentissage". Redonner le goût d'apprendre aux élèves en difficultés. Parce que rien n'est immuable grâce à la plasticité cérébrale!

Certes, il n'invente rien. Il établit simplement un pont entre deux domaines différents: tout d'abord les scientifiques de la caboche, qui commencent à comprendre comment notre cerveau code le concept "pomme" en le découpant en petits morceaux (une compote, donc) dispatchés dans plusieurs zones de notre cortex, avant d'aller récupérer les dits morceaux pour reconstituer le fruit quand la mémoire nous commande de le faire. Entre autres choses fascinantes. Et puis les profs, ces bourreurs de crâne souvent incompris, qui restent parfois démunis devant le comportement et les capacités de leurs élèves.
Il a établi une méthode, des conseils très pratico-pratiques que chacun peut assimiler facilement. C'est simple, c'est didactique, coloré, et surtout, expliqué et validé scientifiquement. Comme d'habitude, le frein à la généralisation de cette méthode, bien sûr, c'est l'argent. Depuis quand l'éducation est-elle rentable? Tiens, tant qu'on y est, même question au sujet de la santé... Bref...
Il a écrit un petit fascicule, "Explose ton score au collège", qui est régulièrement en rupture de stock. Je l'ai. Je vais le lire. Je vais enfin savoir comment inoculer des connaissances dans le cerveau de ma fille sans qu'elle en souffre, et sans que les séances de devoirs se terminent dans une ambiance de torture. Mettre du plaisir là-dedans. Parce que le plaisir, mine de rien, c'est le moteur de nos vies. Partout, tout le temps. Nous interagissons avec le monde grâce à des tas de petites molécules neuromodulatrices endogènes, les neurotransmetteurs. "Une tempête sous un crâne", disait Hugo qui était tout près de la vérité, de cet orage électrique déchaîné dans nos cerveaux par la transmission de l'influx nerveux. Le plaisir de boire, manger, s'agiter, parler, dormir, être caressé, procrastiner, etc... Une vie sans plaisirs est une non-vie, une déconnection totale de soi.
Donc, si je me recentre sur ce que nous dit Eric Gaspar, la mémorisation d'informations se fait plus facilement si on les regroupe en catégories moins nombreuses. Exemple: mémoriser une liste de 16 mots. Nos cerveaux sont faits pour stocker entre 5 et 9 informations différentes dans ce qui est appelé la mémoire de travail. Donc, on ne retiendra que 5 à 9 mots. Par contre, si ces mots sont eux-même regroupés en 4 catégories (animaux, sports, boissons et pays par exemple), le cerveau considèrera qu'il n'y a plus que 4 informations à retenir. J'ai fait le test, c'était bluffant. Je n'ai mis que 30 secondes à restituer l'intégralité de la liste, sans réfléchir. Je l'ai fait hier, et je me souviens encore de tout.
Un autre élément intéressant est que cette mémoire de travail va effacer régulièrement les infos qui ne sont pas essentielles, histoire de ne pas se surcharger. Sinon, ça disjoncte. Elle va par contre mémoriser ce qui lui semble important, pour peu que nous y pensions à d'autres reprises. L'élève qui assiste à un cours d'anglais le lundi a tout intérêt à revoir ses notes dans les 24 h suivantes, ce qui lui permet de mémoriser le cours pour 1 semaine environ. S'il le relit encore une fois au bout d'une semaine, il sera mémorisé pendant 1 mois. S'il le relit au bout d'1 mois, il sera stocké pour 6 mois. Par contre, s'il ne relit son cours pour la première fois que le jeudi soir, la veille du prochain cours d'anglais, il devra ramer pour se remettre les idées à flot, cela lui demandera plus d'énergie.
Eric Gaspar évoque aussi les sketchnotes, ou topogrammes (il me semble que ce concept avait été inventé par Howard Gardner, l'homme de la théorie des intelligences multiples), cette façon créative de mettre en forme des idées, des connaissances sous forme de croquis, avec éventuellement des couleurs. Il insiste sur le fait que l'élève doit créér ses propres schémas, dessins, couleurs, etc... Il doit associer à une connaissance donnée un indice récupérateur qui a un sens fort pour lui personnellement. Exemple: pour se rappeler "neige", untel lui associera "ski", un autre "oeuf". Le fait ensuite de penser "oeuf" lui rappellera instantanément "neige".
Pour les profs, l'idée est également de faire aux élèves en début de cours 5 minutes de résumé, d'informer que dans 10 minutes, on va leur demander telle consigne, histoire qu'ils se mettent en mode "acquisition de données" et non en mode "je ronfle jusqu'à la sonnerie". Et rebelote en fin de cours, de nouveau 5 minutes pour résumer la séance.
Une autre chose qui m'aurait bien servie quand j'étais étudiante, c'est la gestion de ce fameux "trou noir" pendant les examens, le "je ne sais plus rien". En période de stress, le corps fabrique à la pelle cortisol et noradrénaline, le cerveau archaïque "reptilien" prend le dessus et coupe la route aux zones plus évoluées dont celle de la mémoire. L'organisme se prépare à la fuite (mauvaise idée) ou à l'attaque (pas mieux). D'où cette impression justifiée de ne plus rien savoir. On me disait à l'époque: "si tu n'arrives pas à faire la 1ère question, passe à la 2ème". Fatale erreur... Parce que si cette première question te t'inspire pas, tu vas au contraire secréter encore plus de substances stressogènes, et donc, avoir encore plus de mal à accéder à ta mémoire à l'étage du dessus. La solution est en fait de lire toutes les questions à la suite, de cocher au fur et à mesure celles qui nous inspirent, et de commencer ensuite à répondre par celles-ci. En effectuant une tâche qui nous semble "facile, abordable", le niveau de stress redescend progressivement, et permet d'accéder ensuite à la mémoire ainsi libérée (délivrééééeeeee!)
Je ne peux que vous encourager à regarder une de ses vidéos, pour ma part j'ai visionné celle réalisée en 2014 à l'Université de Bretagne, dont la qualité sonore n'est pas terrible Il en existe d'autres. A vous de piocher dans le site! Certes, cela prend du temps, mais honnêtement, à l'heure du zapping forcené, ça fait rudement du bien de se poser 2 h à réfléchir sainement sans pour autant se prendre la tête! Et tout ça, pour aider nos enfants à mieux se comprendre et leur donner des outils pratiques et valorisants pour évoluer dans leurs apprentissages.

Et en conclusion, je voudrais vraiment remonter le temps pour avoir un prof comme ça... Que ne serais-je devenue!

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14 juin 2016

Vital air, ou vite, à l'air ?

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L'air que l'on respire ces jours-ci est de plus en plus étrange. Il transporte de multiples particules invisibles à l'oeil nu, mais non dénuées d'effets sur nous. Nos pauvres organismes n'arrivent plus à traiter ce flot continu d'informations discordantes et disjonctent d'un coup. Les pollens arrivent en rangs serrés et se faufilent dans des narines trop grandes ouvertes après ce long et morne automne-hiver. Et ça coule, ça renifle, ça chatouille, ça picote tous ces petits nez et ces grands yeux qui admirent l'oeuvre du printemps. Lui, il a attendu longtemps et s'est fait désirer, comme pour ménager ses effets, avant d'asséner un grand coup de pinceau sur la nature pour lui redonner ses couleurs. Ce Pollock saisonnier a ressorti ses hordes d'allergènes qui entament de concert l'éternelle bataille rangée contre les mastocytes ennemis.

Les médecins n'en ont cure, ils ressortent du fourreau leurs épées antihistaminiques et font rouler entre les cils les gouttes de collyres apaisants qui permettront à leurs patients de goûter enfin sans gêne aux plaisirs d'une météo redevenue clémente.

Et de tondre, de sarcler, de planter, de désherber, de se planter une pioche dans le pied, de laisser un bout de doigts aux fourmis, de se raper le cuir contre le bitume lors d'une promenade en moto,  de jouer à la Belle au Bois dormant en se piquant ou se coupant au verre cassé d'une vaisselle urgente.

Les médecins n'en ont cure, ils ressortent du tiroir la ficelle à rôti et leurs ustensiles de couture, attentifs à réaliser de la dentelle haut de gamme dont les patients garderont à vie un petit souvenir ému.

Ah! Le printemps et ses joies!...

NB: petit billet écrit en 2013, repris ici car tout à fait de saison...

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04 mars 2016

Du coq à l'âme

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Aujourd'hui, je pense à mon sacré beau métier qui fait des lois d’incertitude le socle de son art. J’appuie sur un bouton sans savoir ce qui va se passer. J’écris des noms de molécules en pensant à une formule magique capable de changer virus en princes charmants. Je souffle des mots scientifiques dans l’oreille des assourdis de la vue en espérant leur redonner la vie. Je fais rire les enfants en sautant à cloche-pied, je leur tire la langue en rugissant pour qu’ils me montrent la leur sans bâton, je fais rire les adultes pour le même motif, mes consultations sont des cours de chants et des concours de grimaces. Je fais la promotion des légumes en y ajoutant une dose de crème fraîche et un regard gourmand. Je saute du coq à l’âme en un tournemain. Je sèche une larme intérieure en écoutant se déverser l’amère carafe d’une vie effondrée qui s’éparpille dans le mouchoir que je lui tends. Et toujours, cette impression en filigrane d’être une funambule qui glisse sans bruit sur un fil d’Ariane, un chemin de soie délicat qu’un rien pourrait briser, un pont suspendu entre deux rives que rien ne sépare vraiment. Un simple lien de soie à soi, en somme.

Je suis l’enfant qui visite l’étrange monde des adultes sans s’y installer. Pas vraiment. Juste un peu, juste le temps d’une inspiration. Et qui repart un peu plus loin, pour lutter contre l’ennui d’une immobilité glaçante. Un saut de puce plus loin, un pas de géant plus près. En équilibre sur son fil. Toujours. Le regard à l’affût de l’inhabituel qui fera loi dans une seconde. Et déjà démodé celle juste après. Encore un rebond, et hop ! ça éclabousse un peu ça tâche mais c’est pas grave ça se nettoiera et ça se resalira. A force de tâches, un motif se dessine et s’affirme, courbes contre angles droits, lignes brisées et arcs en ciel. Ton sur ton, pastel sur mordoré et noir ou blanc. Tout se contourne et se détourne. Suivre d’un doigt léger la spirale interrompue par une marche d’escalier. Descendre les gorges à pic et remonter au firmament d’un soleil éclaté. Caresser une étoile et tomber dans un trou noir.

Je suis l’enfant qui froisse l’étoffe et tire sur ce sacré fil qui dépasse un peu au bord, juste là, tu vois ? Je dénoue en jouant ce qui a été tissé si serré, si froidement, sans amour. Je prends une aiguille fine, je coupe les bords déchiquetés, et je reprise, je patchwork, je mosaïque. Les couleurs réapparaissent un peu, beaucoup parfois. Je dessine des sourires, des pétales, des horizons. J’harmonise les sons et les lumières basses. Je féérise une ambiance d’outre-tombe, je distribue des songes réparateurs et j’organise un après plein de douceur en lui ôtant ses épines. Je berce les images tendres et je caresse les mots d’amour. Je suis l’enfant qui joue à la maman en distribuant des potions farfelues. Je suis l’ange à qui échoit la dure tâche de réconcilier les corps et les esprits.

Je suis un drôle de phénomène médical, une ombre sans nom dont le souffle s’éteint après 20 heures pour réclamer sa batterie de chocolat. Un drôle de machin, oui…

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26 février 2016

Au rayon papoterie

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Il y en a qui arpentent les magasins en quête de je ne sais quel bonheur matérialiste.

Il y a ceux qui regardent où ils mettent les pieds par peur de dérailler.

Il y a aussi ceux qui râlent contre tout ce qui bouge et parle un peu trop fort.

Et puis il y a ceux qui s'arrêtent un instant au rayon papoterie.

Ils n'y cherchent rien mais y trouvent beaucoup.

C'est un beau rayon plein de lumière, avec des sièges confortables et accueillants.

Il n'y a pas de numéro ou de liste d'attente. On y vient, on s'assoit et c'est tout.

Une règle d'or: se regarder dans les yeux. S'apprivoiser. Se comprendre peut-être. Se taire parfois. Mais écouter, toujours.

Ecouter avec le coeur, avec les oreilles, avec les yeux.

Entendre le bruissement ténu d'une émotion secrète.

Recueillir avec soin une parole égarée évaporée évasive évadée.

Dénouer doucement les liens qui emprisonnent les émotions.

Les regarder s'envoler un peu et revenir enfin. Apaisées. Acceptées. Absolues.

Je l'aime bien , mon rayon papoterie.

Il ne pèse pas bien lourd.

Alors je l'emmène partout.

Quand je m'arrête, je le pose à côté de moi.

J'attends. Pas longtemps.

Il y a toujours quelque part un oiseau de passage qui vient y reposer ses plumes.

Et c'est bien.

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12 octobre 2015

Le petit bout de papier

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Cela faisait un moment que je n'avais pas vu Marie. Plus d'un an, en fait. Je savais qu'elle avait eu de graves problèmes de santé, du genre de ceux qui font tomber les cheveux. Les compte-rendus étaient arrivés au cabinet comme une triste pluie dans son dossier, lame après lame. Quand je l'ai revue après son parcours de combattante, elle était gênée, elle n'osait pas me regarder vraiment au début de la consultation. J'en ai été surprise, car nous avions toujours eu un bon contact. L'eau avait juste coulé en emportant les ponts au passage. J'ai donc ressorti mes aiguilles à tricoter pour retisser un lien entre nous.

Elle venait pour des choses toutes simples, et m'a expliqué qu'elle avait vu tant de médecins et de machines en un an qu'elle avait du mal à revenir pour si peu vers le corps médical. Elle était vraiment embêtée d'avoir à m'exposer le motif de sa visite. Elle avait juste besoin d'une ordonnance pour une prothèse adhésive afin éviter les douleurs que lui procurait la prothèse amovible glissée dans son soutien-gorge. Juste pour ça, disait-elle en s'excusant. Et pourtant, c'était juste énorme pour elle. Juste quelques mots sur un bout de papier pour ne plus avoir mal au dos, ce mal qui lui rappelait sans cesse l'absence de son sein droit.

Avec pudeur, elle m'a montré. J'ai vu. C'était difficile. J'ai écrit les quelques mots sur le bout de papier.

Et puis la consultation a pris son rythme de croisière, toute en fluidité. Je l'ai retrouvée, elle. On a raccroché le fil de l'an dernier à celui de cette année en faisant un joli noeud presque invisible, et on a parlé de tout, de rien, des difficultés relationnelles avec son ado de fils, du mari un peu absent et maladroit, de sa mère qui lui causait bien du souci, et de ce cholestérol qu'il faudrait vérifier. De la belle arrière-saison que nous avions en ce moment. Des tracasseries imposées par son chef au boulot. De tous ces petits riens qui jalonnent une journée.

Parce que mine de rien, après un cancer, la vie continue après rafistolage des ponts. Sans doute un peu moins vite à cause de la fatigue, mais elle a besoin de s'exprimer encore, de ne pas réduire le corps à sa seule maladie. Trop souvent, le fait d'apprendre qu'Untel a un cancer le place bien en vue sur le podium des idées reçues, avec une belle médaille estampillée "Cancéreux" autour du cou, avec un beau C majuscule. Pas simple d'en sortir, de la case, après. Non, parce que tant qu'à enfermer les gens dans des boîtes hermétiques, je vais t'en coller moi, des étiquettes: "Enrhumé de service", "Colo-poil-aux-pattes", "Johnny Deppressif", et autres "Hip hip hip au condriaque"...

Parce que oui, ça continue, même avec des vannes foireuses comme celles-là. Et un petit coucou à tous les étiquetés qui passeraient dans le coin!

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