Med'Celine

12 septembre 2018

Hasardite aiguë

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S'agit-il d'un aveu pénible ? D'une constatation navrante ? D'une évolution fatale ? Toujours est-il que je me suis aperçue un matin que j'avais perdu mon hasard.

On peut perdre beaucoup de choses. On pourrait dire que c'est un verbe un peu écervelé. On l'imagine sans peine, cheveux au vent, tournoyer sur lui-même, s'éparpillant au loin sous l'effet de l'accélération centrifuge. Il sème des morceaux de temps et de patience; il atomise son sang froid et ses nerfs; il projette des fragments de vue, de latin, de vie. Perdre est un simple d'esprit qui s'allège en grandissant. Et quand on a tout perdu, il ne reste rien.

Mais perdre le hasard, ça, jamais je n'aurais cru que cela puisse m'arriver. Moi, qui aime être surprise, étonnée, troublée ! Moi pour qui les sens revêtent une importance incroyable ! Moi qui me targue de n'écouter que d'une oreille distraite les conseils de bon sens de l'ordre établi ! Je me suis auto-prise la main dans le sac, un jour où mon premier geste matinal a été de sauter sur mon portable pour checker la météo du jour avant d'ouvrir mes volets. Puis, dans la foulée, l'objet étant déjà confortablement lové dans ma main, j'ai cherché les avis des utilisateurs du docteur Truc que je devais consulter bientôt, enrageant qu'il y en ait si peu. Et tant qu'à faire, je me suis projetée dans ma soirée en amoureux, et ai exploré le site de Tripes-à-Viseur pour trouver le meilleur restaurant dans le secteur de 1 km² souhaité dans le centre ville. Voilà. C'était fait. Mon hasard s'était fait la malle avec mon insouciance.

J'ai pris soudain conscience que ma vie prenait une sale tournure algorithmée, et que mes choix n'en étaient plus vraiment. Internet fait semblant de me donner le pouvoir (porte ouverte n° 1) pour mieux ferrer le poisson que je suis. Tiens ! Un costume de sirène ! Un peu cintré aux hanches, mais un poil trop bruyant à mon goût. Je rentre donc mes écailles pour me transformer en anguille sinueuse et fuyante, tentant de m'extraire de ce piège infernal qui absorbe ma liberté de penser comme un buvard (porte ouverte n° 2).

Je suis donc partie en quête de mon hasard. Je l'imaginais terrifié, réfugié dans un coin sombre, n'attendant que mon retour. Las ! Il était au contraire complètement ivre, le bougre ! Il titubait et dansait, s'éparpillant sous l'effet de... Non, je l'ai déjà dit, ça. Je peux vous certifier que je te l'ai attrapé sans ménagement par l'oreille, et que je lui ai injoncté de rejoindre ma vie illico. Je dois lui reconnaître qu'il n'a pas trop moufté, pour une fois. Et pour ceux qui trouveraient ma réaction un peu extrême, il faut savoir que je l'aime, mon hasard. Je l'aime au point que je m'en remets à lui pour beaucoup de choses. Et que je suis un peu perdue sans lui...

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12 juin 2018

Géométrie variable

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Avez-vous remarqué la propension de notre langue à valoriser l'anguleux ? A établir sur un piédestal tout ce qui possède un certain piquant ?

Tenez, par exemple : cet homme a un sens aigu de l'observation. Tout le contraire du gus d'à côté, qui a l'esprit si obtus. Et pourtant, un angle aigu est plutôt du genre fermé, alors qu'un angle obtus est résolument épanoui et ouvert sur l'extérieur. Ne cherchez pas à comprendre. C'est la langue française.

Si vous rencontrez un type carré, vous vous sentirez en confiance. Il est là pour vous dire comment faire des choses qui vous dépassent, il sait tout dans les moindres détails; ce n'est pas un fantaisiste. Il fleure bon le pragmatisme, c'est un spécialiste éclairé dans son domaine de compétence. Il peut d'ailleurs tellement maîtriser son sujet qu'il en devient pointu, c'est dire ! Il se pique tellement de tout savoir à la perfection qu'il en devient vite blessant.

Mais si par hasard votre compas vous dirige vers un type rond, votre karma fait un bond en arrière. Lui, il a séché ses cours de maths et les bouteilles de la cave du coin. Vous n'aurez aucune chance d'avancer dans votre problématique, ou alors, en zigzag, à la rigueur. Vous aurez sans doute plus de chance si vous croisez une ronde. Accueillante et confortable, elle vous remerciera sans doute de votre intérêt, la pauvre. Ou pas.

Certaines autres courbes n'ont pas le vent en poupe non plus. Ce type, à l'air vague, il n'est pas très net. Si vous louchez sur lui, faites attention à ne pas vous faire emporter par une lame de fond. Le vague à l'âme est très dangereux les jours d'ô rage.

Si tout cela vous met à plat, pas de souci. Vous voilà au ras du sol, et vous n'irez pas plus bas. A moins que vous ne tombiez par inadvertance sur ce gars profond dont les réflexions vous entrainent loin, très loin de votre petit confort douillet sans relief. Il n'est pas trop tard pour vous refugier dans vos derniers retranchements, si vous les avez creusé à l'avance, bien sûr. On n'est jamais trop prévoyant.

Quant au type droit, je me demande toujours ce qui se passe quand il en croise un autre. Ont-ils des discussions qui tombent d'équerre, ou se murmurent-ils des parallélismes sans issue ? Peut-être avancent-ils sur des roulettes dans une seule direction possible. Et que les rencontres qu'ils effectuent se passent sur le mode collision, quand ils heurtent leurs principes mutuels. Cela doit être douloureux.

Quoi qu'il en soit, il faut essayer de garder la ligne dans le cercle de ses relations, même si parfois, jongler avec tous ces types différents s'apparente un peu à tâter de la quadrature !

 

 

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09 février 2018

Passé décomposé

 

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Tu sais...

Si seulement je pouvais redessiner le passé

D'un doigt trempé à l'encre du désir

Je pourrais te sculpter des sentiments

Habiller ton coeur de tendres murmures

Te raconter mes faiblesses

Déverrouiller mes espoirs secrets

Mais non.

J'ai offert mon corps déshabité

Et mes sourires écervelés

A tes mains avides et sans passion

Si tu m'avais ouvert tes yeux

Au lieu de les tourner vers l'horizon

Tu aurais guidé nos pas vers le plaisir

Son explosion aurait décalé l'univers !

Au lieu de ce silence si pesant

J'aurais pu t'offrir un hâvre d'amour

Réchauffer nos absences 

Combler ce vide entre nous.

J'aurais pu t'aimer.

Le temps qui passe...

Si long

Trop tard.

 

 

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05 décembre 2017

Vieillir...

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L'air du temps se fait vieux. Il puise dans sa décrépitude la faible force de continuer à aligner un pas devant l'autre. Lentement. Pour ne pas se briser face à l'incertitude de sa destination. Quoique...

Est-elle si floue que ça, la voie de garage qui l'attend ? Sans issue, terminus, fin du sketch. C'est pitoyablement triste, non ? Ne pourrait-il pas au contraire tirer du fond de sa besace quelque merveille inconnue ?

Un peu comme quand je fouille au fond de mon sac, ce fouillis instable accumulé d'un geste machinal. Vous savez : on a les mains pleines, on cherche où on pourrait bien mettre ce papier/machin/truc qui nous encombre sans nécessité, et on le fourre dans le premier orifice qui se présente. Un sac à main, une poche, ou une poubelle pour les plus radicaux. Voilà. La stratification de l'accessoire commence comme cela. Et c'est vaste, un sac à main. Il contient le monde entier, des prospectus, des notes de restaurant, des tickets de parking, des mouchoirs un peu usagés, des pièces de monnaie, des clefs, un miroir, un emballage de chewing gum, un capuchon de stylo, un ticket de cinéma, un vieux bouton, des listes de courses, un crayon, quelques post it, bref, vous voyez de quoi je parle.

Il n'y a rien de plus surprenant que de vouloir sortir un mouchoir, et de se retrouver avec une vieille liste de courses toute douce à force d'être frôlée et froissée par les autres locataires du lieu. Dessus, un numéro de téléphone tout nu, sans destinataire. Et là, soudain, le flash back de cet instant fugace en soirée, quand vous aviez pris ce qui vous tombait sous la main pour noter le numéro de cette personne fabuleuse que vous rappelleriez sans faute dans le courant de la semaine, promis, juré. Pourquoi s'encombrer d'un nom, alors ?

Le temps a passé, d'autres objets sont venus recouvrir la petite liste. Strate après strate. Jusqu'au jour où il est bien lourd, ce sac, et qu'il nous prend une envie de légèreté. On se transforme alors en archéologue, on se repasse le film de la vie de ces petits riens qui, à force d'être négligés, se sont apesantis sans bruit. Et il est bien lourd, ce numéro de téléphone. Qui sait vers quelles aventures il m'aurait menée si j'avais honoré ma promesse de le composer dans les temps ? Mais il ne me reste dans la paume qu'un petit bout de papier grisâtre, délavé et pelucheux, et le sentiment curieux d'effilochement de ma mémoire quand j'essaie de me souvenir des émotions ressenties lors de cette rencontre d'un soir.

La poubelle me tend les bras et ouvre sa gueule pour engloutir ce fragment de vie. Voilà pour quoi il se fait vieux, l'air de mon temps. Il a perdu la fougue et l'inconscience de l'instant. Il piétine ses propres traces sans en créer de nouvelles. Et il me prend la furieuse envie de commander pour Noël une collection de vents hurlants pour chasser son immobilité un peu plus loin, chez le voisin d'à côté !

Tu viens, la poubelle ? On a un coup de fil à passer...

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12 juillet 2017

La mode

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Etre ou ne pas être à la mode ? Vous savez, cette notion volatile qui fait de vous la reine du bal un soir et une sous catégorie approximative le lendemain matin. 

Cela fait longtemps que j'ai cessé de me préoccuper de mon apparence et de me déguiser pour la parade saisonnière. De toute façon, je ne me suis jamais sentie en adéquation avec les mannequins anorexiques présentés sur les pages glacées des magazines. Le processus d'assimilation grinçait un peu trop dans les coins. A la rigueur, j'aurais pu glisser un bras dans une jambe de pantalon. Qui sait ? J'aurais peut-être pu créer une tendance ! Le souci du lancer de mode, c'est sa cinétique : course ascensionnelle rapide au départ, séquence de vol stationnaire de courte durée, et chute inexorable à grande vitesse. Puis écrasement comme une bouse, avec les dégâts collatéraux qu'on imagine bien : regards narquois et dégoûtés des témoins, qui se détournent de l'objet démodé en se pinçant le nez. 

L'astuce est de gérer le temps en ayant une garde-robe organisée comme un couteau suisse. La mode fait des vagues. Il faut juste savoir si on est positionné à marée basse ou pas. Et si oui, juste attendre. L'éternel recommencement des choses a son petit côté pratique. Ici, les fringues des années 90 que je remettrai dans les années 2010, et là, celles de 75 piquées à ma mère et que je tenterai d'enfiler au chausse-pied en 2020... Disons que cela pourrait être une solution, si ce fichu temps n'avait pas la manie de vous modifier le format au fur et à mesure qu'il s'écoule. On apprend à être philosophe, et on prévilégie plutôt le confort. Enfin... c'est ce qu'on dit pour se rassurer !

J'étais jeune à une époque où les mannequins disparaissaient de profil. Et je trouve jubilatoire de voir s'étaler désormais sur internet les articles sur les femmes grande taille ou plus size (une dénomination assez horrible), juste des femmes normales, en fait. Des femmes magnifiques qui assument leurs formes. Je n'hésite pas à les montrer à ma poupette de fille qui se trouve grosse du haut de ses 39 kg. Et je me dis qu'elle est née au bon moment.

Allez, je vais enfiler mes bas de contention et un gilet mauve. So sexyyyy !

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07 juillet 2017

Petite musicologie à cheveux blancs

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Il est des caps qui se franchissent avec panache. Bonne Espérance, Horn, ou même Fréhel et Finistère, pour faire plus local.

D'autres se négocient en ralentissant un peu dans les virages : la quarantaine, le bac du fiston, les premiers verres progressifs...

Et certains qui te prennent à la gorge pour te faire vomir tes derniers espoirs de jeunisme.

Genre celui de ce matin, quand zappant de station en station sur l'autoradio, je me mets à fredonner un air connu avec un certain plaisir, juste avant de m'apercevoir que JE SUIS SUR RADIO NOSTALGIE, bordel ! Me viennent alors les images honteuses de calvities bedonnantes, de Jackyattitude et de Dickriversomania aigüe de mon enfance, quand mes parents se pâmaient sur des airs connus d'eux seuls (ou pire, de leurs propres parents, Tino Rossi et Luis Mariano inside). 

Les bras m'en tombent. Voilà, c'est officiel, je suis ce que j'appelais à l'époque une ringarde, une has been totale. Bon, je vais me rassurer en prospectant sur l'avenir de mes enfants, qui de radieux, franchira à son tour ce fichu cap en temps et en heure. Adèle et Shy'm ménopausées, ça va en jeter sévère.

Mais rassurez-moi : Desireless et Aha, c'est quand même pas aussi tarte que Le locomotion par Sylvie Vartan, Laisse-moi t'aimer de Mike Brant, ou Biche, ma biche de Franck Alamo, non ? Ne crachons tout de même pas sur les contemporains des Yéyés, j'adore les Beach Boys !

Allez, je me finis sur Zombie des Cranberries et je vous laisse, j'ai un cours de jerk. 

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16 juin 2017

Et soudain...

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Parfois, on se prend une gifle de passé dans la figure. Là, comme ça, un jour où tout allait bien. On avait juste un pied sagement posé devant l'autre, poliment, sans déborder, et on envisageait simplement de se propulser en avant d'un léger coup d'échine. Souple, l'échine. Ne doit-elle pas toujours l'être ? Ou à la rigueur, un peu courbée, pour les timorés. Ou encore de porc, mais bien grillée, et saupoudrée d'herbes de Provence.

On ouvre sa messagerie, un mail est arrivé. Du genre de ceux qu'on a attendu en vain pendant des années. Une réponse à une interrogation vieille de 10 ans. Et cette fichue mémoire... Elle s'est gentiment laissée stratifier comme un parquet poncé avant d'être reciré sans qu'on ait ôté au préalable la sciure fatiguée... Elle rame un peu, la bougresse. Elle a perdu ses étoiles et son lustre. Alors comme on est sympa, on veut la rafraîchir, et à défaut d'un seau d'eau glacée, on ouvre la boîte de Pandore : la rubrique des messages envoyés...

Les mots feu follets surgissent d'outre-tombe, de cet endroit oublié, avec leur éclat soyeux, leurs braises encore vives et leur passion  sauvage. Ils se culbutent sans gêne dans leur hâte de brûler les petits yeux curieux. Ils sont comme des enfants trop longtemps enfermés un jour de pluie. Ils se déversent à l'extérieur et coulent en rigoles facétieuses sans souci d'un quelconque chemin déjà tracé.

Alors forcément, on est hypnotisé, et on prend conscience du lent travail de sape du temps qui passe. Ce traître... On s'émerveille, on s'effraie, on s'interroge. Qui était  donc cette personne qui déclinait avec art tout l'éventail passionnel d'une rencontre impromptue ? Et surtout, quel est le risque de réveiller ce loup qui dort si paisiblement depuis toutes ces années ? Va-t-il se mettre à tirer sur sa laisse et la briser pour replonger au sein du carnage ? Ou se contenter d'un vague soupir blasé et se tasser un peu plus profondément dans sa niche au fond du jardin ?

A moins que la bouteille lâchée au large ne se brise en mille morceaux qui raconteront une histoire différente à chaque poisson croisé au loin ?

 

Illustration: Magritte - Les regards perdus, 1927-1928

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28 avril 2017

Un entre-deux.

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J'ouvre les yeux.

 

Rien.

 

A peine une blancheur nébuleuse.

Mes doigts frôlent les parois du cocon qui m'enserre.

Étrange matière qu'un mot égaré pourrait enflammer.

Des sons feutrés parviennent à mes oreilles.

Le vent vient perdre son dernier souffle dans mes cheveux.

Un souvenir de parfum transperce l'air jusqu'à mes narines.

Tout semble figé autour de moi.

 

Et j'ai peur.

 

Là, des ébauches de regards au-dessus de bouches aphones.

Au loin, le rugissement éteint des combats d'antan.

Je marche sur un tapis tissé d'indifférence,

Mes pieds nus dansant bientôt sur des braises glacées.

 

Et ça brûle.

 

Alors je souffle de toutes mes forces.

Je pousse un cri pour déchirer ce brouillard aveuglant.

Pour retrouver dans l’œil des autres un éclat de quelque chose.

 

Que sais-je ?

 

Une rumeur de vie, un zeste de mouvement.

Écouter dans les rues l'écho d'un fier grondement.

Pouvoir avancer sans aigreur aux côtés de ceux que j'aime.

 

Et regarder l'avenir sans y voir le passé.

 

 

 

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27 janvier 2017

Le tuto beau thé du jour.

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Imagine un cercle. Place-toi au centre, toi et ta carcasse.

Si je te centre, là, c'est pour te montrer une chose à laquelle tu n'as pas forcément pensé, quand tu te regardais ce matin dans ta glace en te trouvant moche, gros, laid, ridé, fatigué, cerné, déprimé, bref, pas concerné par la bobine qui te faisait face en te narguant, avec son rictus idiot de faux témoin.

A ce moment précis de ton hypogée personnel, tu es persuadé d'être la risée du monde entier, le point de mire des moqueries subtiles de tes pairs. D'où tu es, au centre de ton cercle fictif, tu ne vois donc que des gens beaux, intelligents, raffinés, bien dans leur peau, au rire clair et haut, comme leurs idées. Et forcément, comme ils occupent 360 degrés de ton champ visuel, tu te sens écrasé par leur supériorité. Tes sens abusés te confirment ton indignité. Tu te recroquevilles un peu plus, les épaules basses, et le regard en berne.

Je te trouve tout à coup extrêmement égocentré, mon ami. Comme si le monde tournait autour de toi, comme un manège un peu fou que rien ne pourrait stopper. Alors pour te rendre service, je vais te dévoiler un secret de géométrie pure, un sacré scoop, un vrai buzz de la mort qui tue: chaque particule évoluant autour de toi est prisonnière de son propre cercle. C'est pas magique, ça ? Je t'avais prévenu, on va toucher Dieu de l'orteil, toi et moi !

Alors ton cercle, il coupe celui des autres en un point A, B, C ou Z. Même qu'il faudra inventer des lettres, des codes secrets pour les nommer tous. Et à chaque fois que ça t'intersecte le périmètre, ta bulle éclate un petit peu. Plop ! Il est pas sympa, ce petit bruit tout doux ? Tu vas tracer un rayon de toi à ce point ainsi créé, tu vas y coller ton oeil comme à une longue-vue, et tu vas regarder ce qu'il y a au bout. Tu sais quoi ? Je te parie que tu vas découvrir que l'autre, là-bas, dans son cercle étroit, il pense comme toi. Et ils sont des milliers comme ça.

Alors lâche un peu ton miroir et mets-toi aux maths, qu'on rigole un peu tous les deux !

PS: toute ressemblance avec des personnes existantes ne serait peut-être pas que fortuite.

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21 juin 2016

Education à revis(it)er

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 Mise en garde avant lecture: ceci est un pavé qui ne peut vous faire que du bien.

J'ai découvert tout à fait récemment grâce à l'homme de ma vie, l'existence d'Eric Gaspar, un prof de maths en lycée à Montpellier. Ce gars-là est un type bien. Il a créé un outil éducatif pour les enseignants, les parents, les élèves, appelé Neurosup (marque déposée). Le propos est de "rassembler et présenter la synthèse des dernières avancées en neurosciences, qui permettent de mieux réussir, plus facilement et avec plus de plaisir, tout apprentissage". Redonner le goût d'apprendre aux élèves en difficultés. Parce que rien n'est immuable grâce à la plasticité cérébrale!

Certes, il n'invente rien. Il établit simplement un pont entre deux domaines différents: tout d'abord les scientifiques de la caboche, qui commencent à comprendre comment notre cerveau code le concept "pomme" en le découpant en petits morceaux (une compote, donc) dispatchés dans plusieurs zones de notre cortex, avant d'aller récupérer les dits morceaux pour reconstituer le fruit quand la mémoire nous commande de le faire. Entre autres choses fascinantes. Et puis les profs, ces bourreurs de crâne souvent incompris, qui restent parfois démunis devant le comportement et les capacités de leurs élèves.
Il a établi une méthode, des conseils très pratico-pratiques que chacun peut assimiler facilement. C'est simple, c'est didactique, coloré, et surtout, expliqué et validé scientifiquement. Comme d'habitude, le frein à la généralisation de cette méthode, bien sûr, c'est l'argent. Depuis quand l'éducation est-elle rentable? Tiens, tant qu'on y est, même question au sujet de la santé... Bref...
Il a écrit un petit fascicule, "Explose ton score au collège", qui est régulièrement en rupture de stock. Je l'ai. Je vais le lire. Je vais enfin savoir comment inoculer des connaissances dans le cerveau de ma fille sans qu'elle en souffre, et sans que les séances de devoirs se terminent dans une ambiance de torture. Mettre du plaisir là-dedans. Parce que le plaisir, mine de rien, c'est le moteur de nos vies. Partout, tout le temps. Nous interagissons avec le monde grâce à des tas de petites molécules neuromodulatrices endogènes, les neurotransmetteurs. "Une tempête sous un crâne", disait Hugo qui était tout près de la vérité, de cet orage électrique déchaîné dans nos cerveaux par la transmission de l'influx nerveux. Le plaisir de boire, manger, s'agiter, parler, dormir, être caressé, procrastiner, etc... Une vie sans plaisirs est une non-vie, une déconnection totale de soi.
Donc, si je me recentre sur ce que nous dit Eric Gaspar, la mémorisation d'informations se fait plus facilement si on les regroupe en catégories moins nombreuses. Exemple: mémoriser une liste de 16 mots. Nos cerveaux sont faits pour stocker entre 5 et 9 informations différentes dans ce qui est appelé la mémoire de travail. Donc, on ne retiendra que 5 à 9 mots. Par contre, si ces mots sont eux-même regroupés en 4 catégories (animaux, sports, boissons et pays par exemple), le cerveau considèrera qu'il n'y a plus que 4 informations à retenir. J'ai fait le test, c'était bluffant. Je n'ai mis que 30 secondes à restituer l'intégralité de la liste, sans réfléchir. Je l'ai fait hier, et je me souviens encore de tout.
Un autre élément intéressant est que cette mémoire de travail va effacer régulièrement les infos qui ne sont pas essentielles, histoire de ne pas se surcharger. Sinon, ça disjoncte. Elle va par contre mémoriser ce qui lui semble important, pour peu que nous y pensions à d'autres reprises. L'élève qui assiste à un cours d'anglais le lundi a tout intérêt à revoir ses notes dans les 24 h suivantes, ce qui lui permet de mémoriser le cours pour 1 semaine environ. S'il le relit encore une fois au bout d'une semaine, il sera mémorisé pendant 1 mois. S'il le relit au bout d'1 mois, il sera stocké pour 6 mois. Par contre, s'il ne relit son cours pour la première fois que le jeudi soir, la veille du prochain cours d'anglais, il devra ramer pour se remettre les idées à flot, cela lui demandera plus d'énergie.
Eric Gaspar évoque aussi les sketchnotes, ou topogrammes (il me semble que ce concept avait été inventé par Howard Gardner, l'homme de la théorie des intelligences multiples), cette façon créative de mettre en forme des idées, des connaissances sous forme de croquis, avec éventuellement des couleurs. Il insiste sur le fait que l'élève doit créér ses propres schémas, dessins, couleurs, etc... Il doit associer à une connaissance donnée un indice récupérateur qui a un sens fort pour lui personnellement. Exemple: pour se rappeler "neige", untel lui associera "ski", un autre "oeuf". Le fait ensuite de penser "oeuf" lui rappellera instantanément "neige".
Pour les profs, l'idée est également de faire aux élèves en début de cours 5 minutes de résumé, d'informer que dans 10 minutes, on va leur demander telle consigne, histoire qu'ils se mettent en mode "acquisition de données" et non en mode "je ronfle jusqu'à la sonnerie". Et rebelote en fin de cours, de nouveau 5 minutes pour résumer la séance.
Une autre chose qui m'aurait bien servie quand j'étais étudiante, c'est la gestion de ce fameux "trou noir" pendant les examens, le "je ne sais plus rien". En période de stress, le corps fabrique à la pelle cortisol et noradrénaline, le cerveau archaïque "reptilien" prend le dessus et coupe la route aux zones plus évoluées dont celle de la mémoire. L'organisme se prépare à la fuite (mauvaise idée) ou à l'attaque (pas mieux). D'où cette impression justifiée de ne plus rien savoir. On me disait à l'époque: "si tu n'arrives pas à faire la 1ère question, passe à la 2ème". Fatale erreur... Parce que si cette première question te t'inspire pas, tu vas au contraire secréter encore plus de substances stressogènes, et donc, avoir encore plus de mal à accéder à ta mémoire à l'étage du dessus. La solution est en fait de lire toutes les questions à la suite, de cocher au fur et à mesure celles qui nous inspirent, et de commencer ensuite à répondre par celles-ci. En effectuant une tâche qui nous semble "facile, abordable", le niveau de stress redescend progressivement, et permet d'accéder ensuite à la mémoire ainsi libérée (délivrééééeeeee!)
Je ne peux que vous encourager à regarder une de ses vidéos, pour ma part j'ai visionné celle réalisée en 2014 à l'Université de Bretagne, dont la qualité sonore n'est pas terrible Il en existe d'autres. A vous de piocher dans le site! Certes, cela prend du temps, mais honnêtement, à l'heure du zapping forcené, ça fait rudement du bien de se poser 2 h à réfléchir sainement sans pour autant se prendre la tête! Et tout ça, pour aider nos enfants à mieux se comprendre et leur donner des outils pratiques et valorisants pour évoluer dans leurs apprentissages.

Et en conclusion, je voudrais vraiment remonter le temps pour avoir un prof comme ça... Que ne serais-je devenue!

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