Autroportrait
J'aime me promener avec les yeux en bandoulière, les jours où il fait doux. Je me laisse surprendre par une couleur, un son, un visage.
Ce jour-là, c'était cette autruche, parfait miroir de mes pensées à cet instant précis.
Mince, que je me suis dit. Elle a tout pour être heureuse, la bestiole. De la cuisse, des plumes si duveteuses qu'on s'en ferait un collier, un cou à faire pâlir d'envie la girafe du coin. Il lui manque apparemment juste un petit truc : un peu d'air. Heureusement, le gars du GPS a pensé à tout. Il lui a collé une jolie cible bien visible pour que les altruistes du monde entier viennent la sauver.
Alors soit le bonhomme était un indécrottable rêveur, un naïf exalté, tout à sa joie de voir enfin la bonté populaire s'exprimer au grand jour; soit c'était un pervers cynique, sachant parfaitement que le meilleur camouflage, c'est de se tenir bien pépouze au milieu d'une foule, histoire que l'indifférence au malheur d'autrui se vérifie une fois de plus.
Du coup, j'ai commencé à baliser et à envisager le pire pour le volatile, forcément. Ma vision des choses a vite été celle-ci :
Où l'on remarquera bien sûr mon rare talent pour le détourage sous GIMP, fait à l'arrache-coeur (très vite mais avec une rare conviction).
Je ne saurai jamais si elle avait vraiment une tête sous cette cible. Le graffeur a-t-il d'abord peint un bec avec des gros yeux ? Puis, dépité par leur aspect ridicule, a-t-il décidé de camoufler le tout sous un gros rond gris d'un mouvement rageur du pinceau ?
Heureusement, grâce à ma super vision tridimensionnelle extra-plate, j'ai retrouvé le vestige honteux de l'artiste...
Un petit sourire tout débonnaire, tellement planqué qu'il en est presque surréaliste, ça se déguste, non ?
Qui sait ? Il est peut-être contagieux, mais vous ne le saurez pas, parce que j'ai tout mangé !
Photos : Med'celine


