Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

08 mars 2009

Huit mars

femmeJe ne pouvais quand même pas rater ça... L'unique journée que le monde entier consacre à sa moitié la plus importante numériquement! Et ce sera ma dernière contribution à cette semaine coquine initiée par Pakita.


Les hommes, j’en ai soupé. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé, et même plusieurs fois. Je suis une rescapée du conjugo… J’ignore pourquoi, mais chacune de mes histoires d’amour s’est terminée lamentablement.


Tenez, Laurent, Monsieur numéro 1. Un look de surfeur, l’intellect assorti à la couleur de ses chaussettes et une désastreuse habitude de se tester auprès de la gent féminine. Il faut dire que je l’avais un peu cherché… Je l’ai surpris au lit avec deux admiratrices de biceps, le genre avec ongles rose bonbon, fausse poitrine offensante et cerveau en jachère.


Stéphane, Monsieur numéro 2. Echaudée par le désastre précédent, je choisis la sécurité cette fois-ci. Un prof, avec la stabilité sous jacente. Comment aurais-je pu deviner que son péché mignon était de se déguiser en bonne femme dès que j’avais le dos tourné ? Ma libido a traversé le plancher dès que je l’ai découvert en train de s’admirer dans la salle de bain, revêtu de ma propre panoplie sexaffolante ?


Michel, le numéro trois. Cette fois, j’avais laissé parler mes émotions, sûre qu’un coup de foudre ne pouvait qu’apporter un meilleur résultat. Il m’a embarquée dans de savantes discussions sur la vie intimes des Papous de Nouvelle Guinée, me citait du Baudelaire et écrivait comme un Dieu. J’ai encore certains de ses poèmes enflammés, écrits à la plume d’oie à l’encre de Chine. Le souci, c’est que quand il parlait, il semblait s’adresser à un muet auditoire présent au-delà de mon épaule droite. J’en ai un jour eu assez de servir à ses répétitions générales…


Marcel, le numéro quatre. Cinquante ans, encore fringant, très tendre, prévenant. Un rêve éveillé. Emporté à cinquante trois ans par un cancer du poumon.


Et je ne cite que les principaux, ceux à qui j’ai passé la bague au doigt. Il y a aussi eu ceux que j’appelle les décimaux, les intermédiaires du chiffre. Ceux qu’on ne peut pas vraiment compter. A la rigueur, si on additionne leurs performances, on peut approcher d’un entier.


Et puis je l’ai rencontrée, elle. Sonia. Elle était fleuriste en bas de la rue, ce qui s’était avéré très pratique lors des obsèques de Marcel : je n’avais pas eu à aller très loin pour commander la couronne.


Quand j’étais entrée dans le magasin, un peu en larmes, elle s’était approchée de moi, avait posé sa main sur mon épaule et avait pressé ses doigts lentement là, dans cet espace au-dessus de ma clavicule. Un frisson m’avait parcouru de haut en bas, et j’avais activé le sèche-larme pour mieux voir l’auteur de cette intrusion. Nos regards s’accrochèrent et ne se quittèrent qu’à de rares instants alors qu’elle s’affairait autour de ma couronne. J’écoutais distraitement ses questions, y répondais par automatisme, entièrement noyée dans le bleu délavé de son iris malicieux. Lorsque je sortis du magasin, j’étais désorientée, lestée d’une couronne dont l’utilité ne me semblait plus évidente. Il me fallut quelques jours pour analyser mes sentiments et oser y retourner. Elle m’accueillit avec un sourire tout simple, et comme l’heure du repas se profilait, elle m’invita à partager sa gamelle dans l’arrière boutique, tout simplement. La magie de regards recommença, et je me mis à ressentir un foisonnement d’émotions contradictoires, allant de l’amollissement du bas-ventre au sursaut de réprobation dicté par mon immersion dans une société peu permissive depuis ma prime jeunesse. Sonia résolut pour moi ce dilemme en venant doucement prendre ma main dans la sienne, et en commençant un doux massage de la paume, s’étendant ensuite aux doigts et remontant sur le poignet puis l’avant-bras, puis… Je sentis l’irrésistible et subtile attraction qu’elle exerçait sur moi, et succombai enfin, me rendant à la bouche qu’elle me tendait comme un fruit prometteur. Le contact de nos lèvres m’électrisa, je lâchai un soupir d’extase avant de venir me noyer à nouveau dans ses baisers sucrés.


La pause ne fut pas très alimentaire, ce jour-là… Nous nous revîmes régulièrement par la suite, et cela fait maintenant 10 ans que nous vivons ensemble dans le bonheur le plus total, Sonia et moi. Je n’avais jamais remarqué un fait amusant : c’est aujourd’hui l’anniversaire de notre rencontre. Le huit mars. La journée mondiale de la femme. Des femmes…

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02 décembre 2008

The cadô de Noël 4 your Blonde!

Inratable pour les fêtes: le clavier pour blonde (après mes mésaventures de transmission intempestive de chaîne, je m'inscris en tête de liste) qui va faire fureur, forcément!!

big_keyboard_for_blondes_pic

La touche "Espace" devient "The big one", la touche "majuscule" se mue en "Warning, size XXL letters", "Ctrl" se transforme en "Somewhat useless key", etc...  Seul regret: seule la version anglophone est disponible. Mais cela peut aussi finalement être rassurant pour nos capacités intellectuelles de Françaises de base...

Il paraît que c'est hyper geek... Encore une occasion pour moi de découvrir un nouveau mot. Alors, question existentielle, suis-je en train de devenir à l'insu de mon plein gré une geekette? Une accro du net, de l'informatique et de la technologie en général? Je me permets d'exprimer officiellement mes doutes profonds, tout en gardant une réserve de fou rire pour ce genre d'ustensile inutile et laid, dont la couleur ne siérait définitivement pas avec le ton de ma garde-robe... Quoique, en prenant un peu de recul, avec un boa rose fuschia autour, ça serait presque mettable! Le test pour  savoir votre degré de geekitude ici (merci Leeloo!).

Dans un genre différent et minimaliste confinant au zen total, il existe aussi celui-ci...

(et merci à Téquila pour l'idée!).

28 novembre 2008

Magasin festif à Nantes

Num_riser0005Depuis environ 6 mois, Nantes a son centre commercial voué aux plaisirs de la chair: Sexity. Finies, les virées honteuses et nocturnes dans le quartier de la Gare Nord! Désormais, vous pouvez laisser libre cours à vos fantasmes les plus fous en entrant la tête haute dans ce lieu aéré, clair et spacieux dédié aux jouets érotiques de toutes sortes!

L'entrée est discrète, derrière le magasin GiFi, l'accès se faisant par une contre allée  296 route de Vannes. Le point positif: parking gratuit, disponible à toute heure. Le bémol: les horaires d'ouverture, seulement de 10 à 20 h du lundi au samedi. Raté pour les soirées de couple après l'arrivée de la baby sitter, les enfants couchés... Mais pourquoi pas y aller le midi entre collègues après le Mac Do? Je rigole (pour le Mac Do)!Num_riser0008

La première fois est toujours un moment délicat, on se demande dans quelle galère on s'embarque, et puis... on se retrouve dans un lieu de consommation comme un autre, avec des étals de démonstration (je recommande particulièrement celui des jouets Fun Factory, raffinés, colorés, rigolos et de facture allemande: rien ne vaut le toucher dans ce genre d'achat...). Un petit tour au rayon librairie, assez bien fourni d'ailleurs, histoire de feuilleter "Osez...  l'échangisme" ou "la sexualité des paresseuses". Tout un programme...

Les vendeurs sont très sympas, à l'écoute de vos désirs particuliers (mais on ne peut pas les emmener, c'est un inconvénient majeur...) et surtout, très professionnels, ne vous jugeant en aucune façon: juste de beaux technico-commerciaux décontractés! On sent quand même la note de séduction pour attirer le public féminin, et ça marche! Lors de mon passage avec une amie, les clients présents étaient des clientes. A 100%. Certes, ce n'était pas la foule, mais les vendeurs reconnaissent que le magasin fonctionne plutôt bien. Et si vous êtes sage, vous aurez droit à une carte de fidélité, comme à Num_riser0007Leclerc: pas beau, ça? Entre nous, allez-y avec quelqu'un qui vous refile ses points, c'est tout bon!

Donc, pour vous, les Nantais, et surtout nous, les Nantaises: un lieu in-con-tour-na-ble pour conserver une âme d'enfant dans nos corps adultes!

Num_riser0009

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27 novembre 2008

Clara Sheller

claraMoi qui suis plutôt du genre à fuir la petite lucarne, je me suis retrouvée hier affalée sur mon canapé en compagnie de Monsieur pour regarder les aventures très parisiennes de Clara Sheller, influencée en cela par un avis relativement positif de France Inter la semaine dernière et surtout les sempiternelles allusions de Monsieur lui-même, qui avait visionné le pilote en 2005. Certes, les acteurs ont changé, ce n'est plus Mélanie Doutey mais Zoé Félix qui a le rôle titre (si, si, vous la connaissez, c'est elle l'épouse névrosée de Kad Merad dans les Ch'tis!).

J'avoue avoir été séduite, malgré une histoire relativement peu originale. Cette trentenaire charmeuse, gaffeuse et emmerdeuse se débat dans des errances sentimentales, entre son meilleur ami (homo comme il se doit), qui est également son voisin et son petit ami (François Vincentelli, j'ai même retenu son vrai nom, c'est dire!), un beau specimen masculin dont on découvre finalement la facette bisexuelle (et là, sincèrement, j'ai pris un plaisir fabuleux à voir ces corps d'hommes s'embrasser et s'aimer, la photographie est belle, et n'en transpire aucune vulgarité). Les autres voisins sont deux autres gays en couple sérieux (enfin, on peut le croire)... Le tout évolue façon huis clos, avec de trépidants rebondissements. J'ai bien peur de devenir accro, moi qui n'ai pas la chance insolente de pouvoir vivre des aventures de voisinnage (ou alors, de voisin-âge, coincée que je suis entre un vieux couple et une mégère divorcée attaquant la soixantaine, non, attends: attaquée par la soixantaine, c'est plus juste...).

Qu'en pensez-vous?

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21 novembre 2008

Désirs: sans interdit (10)

rembrandt_le_lit_a_la_francaiseTrois coups frappés à la porte. Son coeur s'emballe une fraction de seconde, juste avant de poser la main sur la poignée. Elle ouvre. Il est là, enfin, devant elle, en chair et en os. Il entre. Son regard est celui des jeunes années, à peine sillonné de ridules. Elle se demande ce qu'il voit en la regardant: ravages du temps ou femme émotive? Ils se font chastement la bise, et elle tente une maladroite caresse sur sa joue afin d'en apprécier la douceur. Il lui saisit les doigts et les embrasse sans qu'aucun mot n'ait encore franchit le seuil de leurs lèvres. Les regards se font scrutateurs et intenses, cherchant à calibrer le prochain acte. Elle s'asseoit sur le bord du lit, lui sur une chaise, et échangent quelques paroles anodines. Elle déplie sa jambe et son pied déchaussé vient se caler contre sa jambe à lui. Il saisit délicatement les orteils inquisiteurs et les masse doucement en remontant progressivement le long de la jambe gainée de noir.

Elle s'allonge lascivement sur le lit, il la rejoint. Commence alors un chassé croisé de mains qui se cherchent et explorent le terrain ainsi offert. Chaque centimètre carré est caressé doucement, du bout des doigts un peu moites. Avec maladresse, le geste hésitant, il tente de défaire l'attache du bustier et du soutien-gorge, après avoir promené lentement ses mains et son visage sur les formes mises en valeur. Elle soupire et guide ses gestes, lui indiquant aussi le mode d'emploi de sa jupe porte-feuille. Les gestes se font plus précis, il descend ses mains le long de ses reins, glisse un doigt derrière la ficelle du string puis ses lèvres  effleurent son dos de haut en bas et il fait partiellement glisser avec ses dents l'objet minimaliste. Elle achève l'effeuillage en envoyant promener ses effets sans regret à travers la pièce. Les corps se cherchent, se caressent, commencent à s'emmêler, s'épousent. Elle commence un lent et sensuel massage de l'appareil masculin au mieux de sa forme, l'enrobant généreusement de lubrifiant avant de le laisser coulisser entre ses mains. Puis elle saisit in extremis la boîte de préservatifs et lui en colle un sous le nez. Vaincu, il se laisse habiller de latex dont la persistante odeur restera sur ses doigts à elle jusqu'au lendemain...

Les ébats durent plusieurs heures, sans lassitude des deux partenaires, les pauses tendresse leur permettant de retrouver la vigueur nécessaire. Les explorations se font intimes et complètes de part et d'autre, et le sommet est progressivement atteint, laissant les deux amants se repaître enfin l'un de l'autre successivement dans une apothéose extatique... Puis, les corps trempés de sueurs s'abattent et se relâchent, empêtrés, emmêlés, en désordre. L'instant d'après, ils se séparent, et presque en silence, les yeux perdus dans le vague, ils se rendent à la salle d'eau pour les dernières ablutions avant de se quitter.

Elle se rhabille méthodiquement, renfilant son pantalon et son pull. Elle plante ses yeux fatigués et apaisés dans le regard bleu de son enfance, y puisant les nouveaux souvenirs des années à venir. Elle lui dit adieu, elle sait qu'il leur sera difficile de se revoir, leurs vies respectives étant ailleurs et inconciliables. Pas de regrets, juste la sensation d'avoir clos un chapitre, d'avoir franchi la barrière entre l'amour platonique et l'amour bestial, total et brut sans être brutal.

Le taxi qui la ramène à la gare est assez locace et lui fait une visite guidée de la ville. Elle laisse s'envoler les dernières lueurs de son éphémère journée de luxure, et se concentre peu à peu sur les lumières plus artificielles de la cité... Quatre heures plus tard, après une autre course en taxi, elle s'effondrera dans son lit non défait pour un sommeil sans rêve, aidée en cela par une petite pilule blanche, histoire de faire bonne figure au travail le lendemain matin...

Fin... peut-être...

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20 novembre 2008

Désirs: sans interdit (9)

tgvLe grand jour approche. Elle se sent comme le sprinter sur la ligne de départ, le pied calé sur le starting-block, le coeur au ralenti comme dans l'oeil d'un cyclone. Elle règle les derniers détails: tenue vestimentaire appropriée, programmation de tous les gadgets pouvant éventuellement servir, virée à la gare pour l'achat du billet de train. A ce propos, elle est un peu surprise par la méthode pratiquée par la SNCF. Après avoir consulté la borne automatique pour disposer des horaires et des tarifs, elle se dirige vers un guichet, appréciant le contact humain avant tout, même s'il faut pour cela patienter de longues minutes, et refusant d'utiliser sa carte bancaire pour "ne pas prendre le travail des honnêtes gens". C'est aussi le prétexte à une mini-étude ethnologique. L'homme derrière elle lui emprunte un stylo à 3 reprises, la fille devant elle souffle comme un boeuf en consultant sa montre toutes les 30 secondes, une mère affairée tente de récupérer ses 2 enfants qui s'éparpillent dans des directions opposées, une des filles derrière le guichet se lève pour faire sa pause alors que la queue s'étoffe, déclenchant une onde de sourde protestation dans les rangs... Au bout de 30 minutes, son tour arrive. Elle annonce le trajet désiré et les horaires choisis, attendant sereinement le verdict. L'employée lui indique le prix; elle sursaute: il est 60 euros plus cher que celui proposé au guichet automatique. La discussion s'engage autour du choix de différentes options tarifaires, un accord est trouvé. Elle en conclut que la prochaine fois, elle sortira peut-être sa carte bleue, économisant temps et argent...

L'heure du départ. Enfin. Le train s'ébranle lentement, comme un albatros fatigué aux ailes traînantes.La machine s'élance enfin en pleine campagne, glissant sur les rails avec un frôlement léger de métal qu'elle imagine empli d'étincelles dans la nuit. Elle sait que la journée sera longue, interminable, éprouvante. Elle compte les heures qui lui restent avant de retrouver son cyber amant. Quatre. Trois. Deux. Une. Encore une, il faut tenir compte aussi du retard du train...

L'arrivée. Encore 30 minutes à attendre un taxi dans la bruine matinale. Cette ville a l'air désertée de ses habitants, qu'elle imagine chaudement calfeutrés chez eux, sous une couette encore accueillante. Le point de rendez-vous est une pension de famille enfouie dans les faubourgs de la cité, au milieu de nulle part. Elle frissonne en arrivant devant le bâtiment d'apparence quelconque. La photo sur internet avait plus de classe... Elle aurait souhaité plus de clinquant, peut-être, un palais pour elle seule, des domestiques, une certaine image du glamour... Elle est la première à franchir la ligne, et expérimente le difficile franchissement du regard de l'employée assise derrrière son comptoir. En tremblant, elle règle le montant de la chambre pour la journée, et prend fébrilement la clé avant de monter l'escalier grinçant désagréablement. La chambre est propre, claire et bien aménagée. Elle pousse un soupir de soulagement, heureuse d'échapper au sordide en fin de compte. Elle inspecte les lieux, se prépare au grand saut en faisant un brin de toilette et en enlevant le pantalon et le pull de voyage. Elle laisse ses mains courir sur sa peau en enfilant lentement les bas, puis chausse ses escarpins et ajuste son soutien-gorge pigeonnant sous le bustier ajusté. Elle vérifie que le string est en place en le tirant légèrement en arrière. Elle rabat sa jupe fendue et attend. Encore.

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19 novembre 2008

Désirs: sans interdit (8)

manegeL'automne avance à petits pas venteux et pluvieux, dépouillant peu à peu les arbres de leurs habits virevoltants. La semaine de garde des enfants se termine sous une pluie battante, et comme Monsieur Ex a des soucis mécaniques avec son char d'avant guerre, il est venu en bus depuis l'autre côté de la ville. Elle consent, une fois n'est pas coutume, à prolonger la soirée par un repas commun, pour la plus grande joie des petits. Une fois ceux-ci égayés dans la maison, elle et lui échangent quelques vues sur les difficultés économiques actuelles, tout en débarrassant la table, renouant ainsi avec le quotidien précédemment exécré. Elle laisse  par inadvertance tomber une serviette qu'il s'empresse de ramasser. Ce faisant, son regard accroche sa jambe partiellement dénudée, et il constate avec surprise la perfection de l'endroit. Il tend sans réfléchir sa main vers le genou d'Elle, et se reprend juste avant de l'effleurer en émettant un vague sourire idiot d'excuse.

"Tu me saisis, là! Depuis quand as-tu une peau satinée et douce comme ça, hmm? Attends, je sais: tu as quelqu'un!
- Non, pas vraiment...
- Eh! On ne me la fait pas! En 10 ans de mariage, tu n'as presque jamais pris soin de toi comme ça. Je dis "presque", parce qu'il y a eu les circonstances exceptionnelles (il compte sur ses doigts): le mariage de ta soeur en Août, la communion de ma nièce, l'enterrement de vie de jeune fille de Marina et... je sèche!"

Elle commence à lui raconter à demi mots le contexte, puis, la confiance revenant, lui donne tous les détails de sa nouvelle vie. Il sourit, amusé, et se met également à lui narrer à son tour sa rencontre récente avec une femme dont il pense être amoureux. Ils se regardent, soulagés, et les confidences se poursuivent jusque tard dans la nuit, les enfants étant couchés depuis longtemps. Elle lui prépare la chambre d'amis (pas question de replonger...), heureuse d'avoir reconquis l'amitié d'un des hommes de sa vie.

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18 novembre 2008

désirs: sans interdit (7)

epilationEnfin, l'homme aux yeux doux lui propose une rencontre IRL. Ses sens s'embrasent à l'évocation de cette possibilité. Elle ressent des sensations exquises dans son ventre, elle voudrait que cela se produise là, maintenant, tout de suite, sur le parquet de son salon, à la hussarde... Elle se voit déjà en sauvage cavalière domptant un étalon rendu fou par ses charmes, cravachant l'inconscient pour son impudence... "J'me voyais déjà..." chantait Aznavour. Mais la réalité une fois de plus s'impose à elle. Le soufflé retombe mollement, sitôt sorti du four de ses envies.

Le gros mot est lâché: organisation. Le tue-l'amour absolu. Beaux Yeux est un cadre, forcément dynamique et à ce titre, son carnet de rendez-vous est particulièrement bien étoffé . Ses déplacements professionnels s'effectuent à longue distance et sont programmés longtemps à l'avance. Sa situation à elle est à peine plus simple, puisqu'elle doit viser les semaines sans les enfants, et les jours de RTT possibles... Une date est finalement retenue, 5 semaines plus tard. Cela la plonge dans une certaine perplexité: n'ayant plus 15 ans, elle se demande comment conserver le désir intact sur une aussi longue période platonique... Comment entretenir  ce brasier qu'elle a senti monter en elle comme une vague de lave incandescente?

Le temps passe. Lentement. Elle se refuse désormais à regarder ses mails plus d'une fois par jour, pour faire durer le plaisir qu'elle éprouve à les lire. Elle décide de se recentrer sur elle-même, et se met à écumer les instituts de beauté, ces lieux de perdition dans lesquels elle n'aurait jamais imaginer fourrer un orteil un jour. Elle s'exerce à rester impassible devant les conversations hautement philosophiques des esthéticiennes, concernant la répartition et la couleur de ses poils jambiers. Parfois, elles poussaient l'audace jusqu'à évoquer brièvement les conditions météorologiques, ce qui plagiait inexorablement les allocutions de la coiffeuse, qu'elle consultait régulièrement aussi. Elle éprouvait un plaisir pervers à sentir les mains douces de la jeune employée lui masser légèrement les jambes après la séance de torture, étalant de ses doigts experts une bonne dose de crème hydratante au parfum boisé. Et quel bonheur ensuite de laisser courir ses mains à elle sur sa peau lisse, à peine irritée par l'arrachement des bandes de cire...

En appréciant le contact sans interface de la peau contre la peau, elle s'aperçoit de son aversion progressive pour toute pilosité. Elle prend la courageuse décision d'aller encore plus loin dans la reconquête cutanée , façon polder. Après avoir parcouru quelques sites internet féminins d'une blonditude extrême, elle se fabrique une pâte à épiler à base de sucre, miel et jus de citron. Après plusieurs essais infructueux  - mais néanmoins savoureux sur le plan gustatif - elle réussit à obtenir la texture parfaite. Assise devant sa télé, elle commence l'extermination intime... Le premier arrachage lui fait pousser un hurlement de douleur, et elle se maudit de vouloir s'imposer cela. En serrant les dents, elle recommence encore et encore, avant d'arrêter à la moitié, moite de transpiration et au bord du malaise vagal. Le lendemain, des ecchymoses apparaissent, rendant sa démarche hésitante. Il lui faudra attendre quelques jours de plus pour achever l'épilation...

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17 novembre 2008

Désirs: sans interdit (6)

grenouilleLes semaines passent, et elle arrête de se connecter toutes les heures pour vérifier ses messages. Elle pense que la cause est entendue, et qu'il ne sert à rien de se morfondre devant un écran idiot ne renvoyant que l'image de sa propre incompétence. Jusqu'au jour où... Elle reçoit un petit mail insignifiant de l'homme au regard troublant. Les automatismes étant fortement ancrés en elle, elle remarque d'abord avec satisfaction que la syntaxe est correcte et l'orthographe parfaite, prérequis essentiels à toute poursuite de contact. Elle s'empresse de répondre, mettant les deux mains dans le délicieux engrenage de l'alchimie des sens.

Les journées se suivent mais ne se ressemblent plus. Il y a celles où tout s'accélère, et où, virevoltant de mots en énigmes, les billets se suivent à une cadence infernale, déliant doucement et progressivement le fil de la séduction épistolaire. Et aussi celles où le temps s'arrête, quand la vie réelle les rattrape tous deux dans ses filets: il faut bien s'occuper des enfants, de l'intendance et aussi accessoirement aller travailler...

La tonalité des messages change, le ton se fait plus confidentiel. Les mots se chargent de sous-entendus de moins en moins voilés. Elle est sous le charme de l'humour décalé de son correspondant, de ses réparties en adéquation parfaite avec ses  attentes. Elle reste toutefois réaliste. Elle n'attend de cette relation qu'une savoureuse cerise à rajouter sur le gâteau de sa vie, une certaine façon de faire un délicieux 4 heures sans culpabilité. Elle ne croit plus depuis longtemps au prince charmant, elle sait par expérience que sous ses beaux vêtements et ses belles paroles, il y a toujours de la sueur avec des poils autour...

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16 novembre 2008

Désirs: sans interdit (5)

clavier_sans_touchesPhase numéro 2: passer à l'attaque et trouver la proie fuyante qui la régalera. Elle pianote nerveusement sur son clavier, scrutant sa messagerie sur les quelques 10 sites où elle est inscrite sous des pseudos différents. Encore rien, ou si peu. Du menu fretin illettré ne sachant aligner que quelques mots écrits approximativement de façon phonétique. La misère. Parfois, elle a un sursaut d'espoir quand une phrase entière correctement orthographiée vient s'aligner dans la fenêtre de communication, mais elle déchante vite lorsque les questions suivantes concernent ses mensurations ou ses préférences sexuelles... Une moue dégoûtée lui déforme le visage. Tous les mêmes. Et elle... elle se sent misérable de devoir recourir à ce genre de site, comme si la vie réelle ne pouvait pas lui apporter son quota de rencontres!

Elle change de stratégie et va consulter le site des trentenaires jeunistes en quête de leurs amitiés passées. Un site sur lequel on peut renouer avec sa meilleure amie de CE1 le temps de quelques mails d'une cordiale banalité, avant de retomber dans le néant d'où elle n'aurait jamais dû sortir... Elle tape comme au hasard le nom du regard croisé à la gare. Elle a une sueur froide en constatant qu'il est inscrit aussi. Ses doigts restent en suspension au dessus de la touche "envoyer un message". Elle sent en même temps que l'attraction une réticence à réactiver une plaie cicatrisée mais sans doute fragile. Elle pense aussi à la déception si son message restait lettre morte. Son index tremblant s'abat quand même impitoyablement sur "Entrée". Son coeur s'accélère un peu. Elle éteint l'ordinateur. L'attente va pouvoir commencer.

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