15 décembre 2008
Choc oh la la!
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Horreur au pays de la nutrition hier! Une victime innocente. On n'a retrouvé que ses vêtements, parfaitement pliés en 4 et jetés dans la poubelle du foyer, partiellement cachés sous les immondices. L'enquête est menée conjointement par les Hommes, père et fils, afin de faire éclater la vérité".
Vous pouvez résister, vous, à l'attrait rectangulaire d'une tablette de chocolat? Détourner votre regard de son corps tentateur révélé après le retrait de sa gangue cartonnée? Ignorer le scintillement de ses sous-vêtements brillants? Je n'ai pas votre force d'âme, ma chair est faible avant d'être surchargée de capitons moelleux. Je commence par palper la bête, lui déchirant ensuite un coin de son emballage, parfois récalcitrant et m'obligeant à recourir aux soins cisaillants de mes dents rendues fébriles soudain par ce manque de bonne volonté. Puis mon plaisir anticipateur augmente en entendant le doux froissement de l'aluminium qui cède sous mes gestes précis, dévoilant la plaquette encore vierge de toute morsure. Je commence par détacher un carré, juste un, par principe. Je mords dans un coin, prenant un petit bout avec la ferme décision de le laisser fondre jusqu'au bout. C'est hélas sans compter sur le spasme violent de ma mâchoire, qui s'abat impitoyablement sur la bouchée amollie par la chaleur de ma bouche, la réduisant à l'état de pâte informe au goût délicieux. Le manège se reproduit inlassablement, jusqu'au trépas de la première rangée de carrés chocolatés. Puis la deuxième, la troisième et la quatrième. La nausée insidieusement m'envahit, je sens le spectre diabétique s'agiter derrière mes quelques neurones résistants. Mais que faire d'une dernière rangée de deux bons gros carrés? La laisser? Cela inciterait l'entourage familial à s'interroger sur la disparition du reste de la tablette... Mes crocs rageurs les démantèlent donc, la déglutition se faisant malgré tout plus difficilement.
Et là, à cet instant précis, la culpabilité fond sur moi comme un vautour. Mes yeux affolés cherchent comment faire disparaître les traces de mon odieux forfait. Je fourre précipitamment l'emballage sous une couche d'épluchures de pommes de terre dans la poubelle, espérant que cela rendra invisible mon péché de gourmandise...
Et je me rappelle le message d'un conférencier au Palais de la Découverte cet été, lors d'un atelier nommé "Chimie et la chocolaterie". Il avait parfaitement expliqué ces compulsions que nous avons devant les tablettes bas de gamme, trop sucrées, sans arômes complexes et durables. Nous avions dégusté en fin de parcours un carré de chocolat Cluizel, le laissant fondre lentement pour en apprécier les saveurs boisées et fruitées successivement libérées dans notre palais. J'avais été surprise de constater que celles-ci avaient perduré pendant 10 bonnes minutes après avoir avalé. Je n'avais en effet pas ressenti le besoin d'en manger à nouveau dans l'immédiat. Mon vulgaire chocolat de centre commercial, Eco + ou Lindt ou ce que vous voulez, ne laisse aucune trace dans la bouche, nous obligeant à en reprendre inlassablement jusqu'à la nausée...
Donc: de tout cela, retenir qu'en fin de compte, nous sommes responsables, mais pas coupables... Peut-être même qu'on devrait porter plainte contre les grands groupes amateurs de profits, pour non assistance à personne en danger de surcharge pondérale, pour les inciter à fabriquer leur chocolat avec les meilleurs crus bourrés d'arômes durables afin d'éviter nos accès boulimiques porteurs de désespoir...
28 novembre 2008
Bio chinois
Dernière minute: mangez-vous bio? Le Grand Ouest frémit déjà à l'annonce de soja chinois mélaminé donné en pâture à nos volailles...
http://fr.news.yahoo.com/2/20081128/thl-france-de-la-melamine-dans-300-tonne-96993ab.html
24 novembre 2008
Néant abyssal
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Certains matins, on se réveille avec l'impression d'avoir un grand trou dans la tête. Pas celui causé par une balle de 357 Magnum. Non, juste celui du vide intégral absolu, comme si les neurones s'étaient volatilisés dans une brume de fin du monde. Ces jours où aligner trois pensées cohérentes d'affilée ressemble au treizième travail d'Hercule. Lui, il est beau, grand, fort et solide comme un roc. Remarque, on ignore ce qu'il a dans la tête, peut-être de la pâtée pour chat. J'aimerais bien, tiens! Au moins, il y aurait une justice dans ce bas monde qui est le nôtre. Certaines choses banales me hérissent. Le culte de l'hyper beau genre cover girl, la fille qui fait la une des magasines en petikini, par exemple. Ou celui de l'extra maigre, façon steack à 5% de MG. Je ne suis ni un morceau de viande, ni une femme glacée sur papier.
J'en ai marre d'expliquer à des fillettes de plus en plus jeunes (parfois dès 6-7 ans) qu'elles ne doivent pas commencer de régime à leur âge, que ça va détruire leur santé, qu'il ne faut pas écouter les copines exaltant la minceur et un corps "parfait". Quels arguments leur opposer, moi le médecin forcément moraliste, puisque complice des infâmes parents qui s'inquiètent et font intrusion dans leur petit monde à elles? Je me sens désarmée, inutile mais je continue consciencieusement d'établir avec elles leurs courbes de croissance et de corpulence, et de leur fixer des objectifs simples qui se résument à manger de tout et se faire plaisir. On en revient toujours à lui, en fin de compte, quel que soit l'âge. Nous avons la chance de vivre dans un pays riche, même en temps de crise, même si pour certains c'est la galère. On ne voit plus que les côtés négatifs, on se brime, on se mutile l'esprit à se contraindre sans cesse sur l'alimentation, le sommeil, le corps, le stress étant le résultat, avec tous les coûts dérivés que cela occasionne.
Il faudrait introduire dès le plus jeune âge des cours de bien-être, à l'école maternelle déjà. Savoir se centrer sur son corps, le ressentir, l'accepter tel qu'il est, apprendre à lutter contre la pression commerciale qui plus tard fera qu'un beau specimen humain va se déprécier, se détester au point de vouloir se changer en un être potentiellement nocif pour lui-même.
Et... si on retourne la proposition, est-ce également délétère de se gaver de chocolat et de marrons glacés? Suis-je en danger? Je recevrai avec joie vos conseils nutritionnels, mais les suivrai-je?... Mystère!
10 octobre 2008
Surcharge
Je repense à la douceur de la journée d'hier. Les consultations s'enchaînaient tranquillement, sans stress, sans urgence intempestive.
J'ai vu par exemple Monsieur T., 32 ans, retardataire du certificat médical sportif. Il s'agissait d'une reprise du hand ball après arrêt dû à ses conditions de travail (ingénieur ayant travaillé à Paris pendant quelques années, et se tapant l'aller retour toutes les semaines, avec comme corrollaire la disparition de sa vie sociale et un peu familiale). Il était plutôt "costaud", ce qu'on dit pour ménager les susceptibilités et ne pas asséner "obèse" de prime abord: cela agresse l'oreille! Il était souriant et décontracté, ce qui me convenait parfaitement ce jour là.
Je l'ai examiné, tout allait bien sauf la tension artérielle, un peu accrochée à 150/80 au repos (les normes étant de ne pas dépasser 140/90). Je lui ai demandé d'effectuer quelques flexions, histoire de vérifier l'adaptation cardio-vasculaire à l'effort. La tension a un peu monté, puis est revenue aux chiffres antérieurs au bout de 2 minutes.
Nous avons ensuite dévié la conversation sur les habitudes alimentaires, dont je connaissais déjà le menu avant qu'il ne m'en parle: pas d'horaires fixes, petit déjeuner parfois éclipsé, des repas d'affaires au restaurant le midi, et n'importe quoi le soir; pas de sport pour équilibrer le tout. La pesée a révélé 104 kg pour environ 1m70, soit un IMC (indice de masse corporelle) à 35.
Ah! Le fameux IMC! Gloire des médecins nutritionnistes, dictateurs sanitaires! La "norme" est entre 20 et 25, le surpoids s'échelonne de 25 à 30, avant l'obésité de 30 à 35, puis l'obésité morbide, la pire, au delà de 35...
Mon patient surfe donc avec le risque cardio-vasculaire et articulaire maximal. Je lui demande à quand remonte son dernier bilan sanguin. Apparemment, il n'est pas un fervent consommateur de médecin, alors cela remonte sans doute à plusieurs années. Je lui prescris donc une prise de sang pour vérifier le cholestérol, les triglycérides, le bilan hépatique, la glycémie. Je lui demande de repasser me voir d'ici la fin de l'année pour évaluer sa tension et faire le point sur le reste.
Ce genre de consultation, c'est mon violon d'Ingres. J'aime pointer ce qui ne va pas, ce qu'on pourrait améliorer tout en continuant à profiter des plaisirs de la vie. Tout est une affaire de compromis, dans tous les domaines de la vie. Nous devons garder à l'esprit sans cesse que nous ne soignons pas des chiffres, mais des personnes... Et que parfois, oui, il y a un peu trop de cholestérol, mais chez un patient en pleine forme, qui a essayé le traitement par statine avec des effets indésirables lui rendant parfois la vie difficile. Alors, après avoir essayé plusieurs molécules, on jette l'éponge, on lui rend sa joie de vivre et on espère qu'il pourra en profiter longtemps...
09 octobre 2008
Le goût du piment
Quelle est sa saveur? Quelle sensation laisse-t-il sur le bout de la langue après avoir été consommé parcimonieusement, d'une papille circonspecte? Vient-il de Cayenne ou d'Espelette? Est-il doux ou oiseau volatile?
Il est là, devant moi. Je n'ose pas encore le toucher. J'inspecte son éclatante couleur rouge ou verte, j'admire son lustre, signe de fraîcheur. Je m'approche. Je le saisis délicatement et commence à le palper pour vérifier sa fermeté. Mon doigt léger suit ses courbes arrondies. Je le porte à mon visage pour en percevoir la fragrance à travers sa peau. Je le saisis ensuite à pleine main pour le poser sur le plan de travail, autel domestique où il va achever sa vie solanacéenne. Je retiens mon geste: dois-je ajouter ce piment ou le conserver intact? Puis-je en différer l'usage? Ne va-t-il pas s'altérer avec le temps?
Je le pose enfin. J'admire les orgueilleux reliefs qu'il me présente lorsqu'il roule sur le côté, prêt à être sacrifié par ma lame. J'écorche sa peau avec la pointe du couteau, je coupe son extrémité. Ma langue vient effleurer le bord juste tranché afin d'en apprécier la vigueur. Les larmes me montent aux yeux quand la saveur épicée attaque mes sensations buccales, d'abord lentement puis en explosant sans réserve dans ma bouche.
Je bois un verre d'eau. La brûlure se fait lancinante et ample. Je regarde mon piment d'un oeil troublé, en prélève encore quelques morceaux que je jette dans la poêle avec d'autres infortunés légumes. Je trouve qu'il a perdu de sa superbe morgue. Je l'enveloppe dans un papier aluminium, fermement décidée à le réutiliser au plus vite avec d'autres ingrédients.
Et mes pensées se tournent vers Eve: à quoi réfléchissait-elle quand elle a croqué sa pomme?
28 septembre 2008
Histoires de légumes
Parlons un peu santé... Selon le PNNS (pour les non intimes, c'est le Programme National Nutrition Santé), on se doit d'ingurgiter au minimum 5 fruits et légumes frais par jour.
On peut retrouver ces recommandations sur ce lien, avec 2 spots sympas (pour une fois qu'on tente l'humour en prévention, cela se doit d'être souligné!).
http://www.mangerbouger.fr/menu-secondaire/actualites/une-nouvelle-campagne-de-communication.html
Bon, ça, c'est la théorie.
Après, il y a le passage aux travaux pratiques... et là, ça se gâte. Consciencieusement, je note sur la liste des courses carottes, salade, radis, concombres, betteraves... tout ce qui me passe par la tête de A à Z au niveau verdure. Le chariot se pare bientôt de multiples couleurs à peine atténuées par les petits sacs plastiques. Mes yeux s'embuent de joie et d'auto satisfaction: la BA est faite.
De retour à la maison, il faut tout ranger. J'ouvre le frigo, et là, horreur: je redécouvre au fin fond de la clayette du haut un petit sac vaguement violet, qui s'avère un peu liquide au toucher... la betterave du mois dernier... agrémentée de filaments blanchâtres et sucs de fermentation divers. Je me débarrasse de cette encombrante preuve de mon incompétence organisationnelle et la remplace bien entendu par la nouvelle betterave fraichement acquise.
Le massacre continue: en voulant ranger le brocolis du jour, je m'aperçois que celui de la semaine dernière est encore en pôle position dans le bac à légumes, et que d'autres radis attendent leur tour depuis 15 jours (vue la couleur des fânes, jaune, avec tendance à couler vaguement...). Heureusement, il y a des légumes sympas: les carottes, toujours égales à elles-mêmes (sauf quand on les oublie vraiment longtemps, j'ai pu constater qu'elles pouvaient aussi devenir moins solides...). Les pommes de terre, aussi; on peut même les récupérer quand elles germent, je me rappelle en avoir planté une en terre dans un pot quand j'étudiais encore: j'obtins une belle tige de 50 cm de haut avec quelques feuilles débiles (pas vraiment décoratif, mais cela ne m'avait guère coûté!).
Je passe sur l'hécatombe ordinaire (la salade qui fermente dans son sac, les courgettes qui pourrissent, les fruits qui meurent de vieillesse...).
C'est à ce moment que le lecteur attentif et un peu estomaqué s'aperçoit que même les médecins ont leurs petits secrets peu avouables. Que dire, moi qui conseille à tous de bien manger fruits et légumes, boire 1 litre et demi de flotte par jour et de ne pas abuser des aliments gras et sucrés?... Faites ce que je dis, surtout pas ce que je fais (et encore, je ne fume pas et ne bois pas!).
Les journées se terminent en général sur le constat qu'on n'a pas le temps de cuisiner (et les légumes sont quand même associés à un certain temps de préparation). Quand ce ne sont pas des pâtes, ce sont des boîtes de conserve (de légumes, quand même, l'aspect nutritionnel est sauf). Quant aux fruits, ils sont si décoratifs dans la corbeille, il faudrait voir à ne pas toucher à cet aspect purement esthétique du plan de travail...
Le bilan est lourd en fin de compte: on se plaint du coût des fruits et légumes, mais y a-t-on intégré le surcoût occasionné par ces errements dysorganisationnels?
Mon dada du moment est d'adhérer à une AMAP (http://www.amap44.net), histoire de redécouvrir le plaisir de manger des bons légumes bien de chez nous sans les inconvénients peu écologiques d'un long temps de transport, et qualitativement meilleurs (le mieux étant d'avoir des producteurs bio ou pratiquant réellement l'agriculture raisonnée). Je m'interroge néanmoins sur mes motivations profondes: est-ce que je souhaite vraiment manger des légumes, ou est-ce encore un moyen de me donner bonne conscience?...
Je tiens quand même à préciser que lorsque j'invite des amis, je leur cuisine des produits frais!
Bon appétit quand même!




