15 mai 2009
Histoire de sexe
J'ai eu l'occasion hier d'halluciner lors d'une consultation. Il s'agissait d'un jeune homme, la petite vingtaine, beau comme un astre, vêtu avec recherche. Il est entré gauchement dans la salle, s'est assis, et à ma question traditionnelle: "qu'est-ce qui vous amène, monsieur?", il a émis un rire contraint et déclaré: "c'est que c'est gênant...". Bon. Là, en général, je sais tout de suite vers quelle partie de l'anatomie va s'acheminer le reste de la consultation...
- Oui?
- Ben voilà. En fait, je pense que j'ai un phimosis, et je crois qu'il est temps de m'en occuper. Mon père en avait un, lui aussi.
- OK! Vous allez me montrer ça, d'accord?
-Heuuuuu! ... oui... (il baisse le pantalon, et reste indécis devant moi en caleçon).
- Le caleçon aussi, j'en ai peur! (il obtempère) Bien! Vous allez essayer de vous décalotter tout seul, que je vois ce qui vous embête.
- Décalotter?
- Ben oui, vous prenez votre sexe, vous tirez la peau vers la base...
- Ah d'accord!
Il commence à exercer la traction demandée, et Ô divine surprise, son gland commence à faire une apparition miraculeuse. Il lâche un "ah!" de surprise, je l'invite à continuer, histoire de voir le niveau du "phimosis" allégué. Je m'aperçois rapidement que celui-ci n'existe que dans ses pensées, vu le parfait et complet décalottage auquel j'assiste. Mais... le paysage dévoilé à mes yeux est loin de ravir les sens... Un indescriptible amoncellement de débris de peau et autres fantaisies accumulées par les années apparaît.
"Vous voyez, vous n'avez pas de phimosis, monsieur!
-Oh.... Putain! La honte! glapit-il en remballant prestement son matériel et en piquant le plus joli fard que j'aie jamais vu.
- Mais non, fais-je, rassurante. Vous avez eu le courage de poser une question, vous pensiez avoir un problème. Eh bien non, vous allez parfaitement bien! C'est plutôt cool, non? Vous n'aurez pas besoin de vous faire opérer.
- Oui, mais... la honte!
- Bon, par contre, un conseil comme ça: il faudra décalotter comme ça tous les jours, et laver soigneusement au savon, bien rincer, hein? (et là, je pensais à la première copine qu'il aurait un jour... J'imaginais la tête de la fille en découvrant le stock de parmesan au bout du gland...).
-Oui, oui! Mais la honte quand même!"
Il est parti en ayant prononcé ce mot au moins dix fois. Et moi, je me suis dit qu'en 5 minutes, je venais de lui changer la vie...
14 octobre 2008
Hommage à des soldats du quotidien
Combien sont-ils au juste, ces soldats que l'on décime sans vergogne d'un geste rageur? Que ressentent-ils au moment où leur vie leur est arrachée, où leur têtes tranchées disparaissent dans une traînée de sang rouge? Où vont-ils, leurs corps longilignes meurtris, pliés, écartelés? Sentent-ils l'approche veule de leur ennemie, armée de sa spatule enduite de cire brûlante? Perçoivent-ils le contact doux et pourtant meurtrier de la bande de papier léger se posant sur leurs frêles épaules? Hurlent-ils leur agonie quand ils sont soulevés à la verticale avant d'abandonner leurs racines ouvertes à vif?
Ma peau est enfin douce comme du satin, oublieuse des champs de bataille qu'elle a suscités...
30 septembre 2008
Hygiène... de vie!
Nous allons tenter maintenant de percer à jour le monde mystérieux de l'hygiène en cabinet médical. Loin, très loin de l’image d’Epinal du médecin en blouse blanche immaculée… Plonger dans l’univers des miasmes et des humeurs corporelles.
En quelques années de remplacements, j’ai pu constater que les grands principes sont parfois peu suivis d’effet.
Abordons le vif du sujet : l’examen otoscopique. Si vous êtes enrhumé, le médecin va vous examiner les oreilles, histoire de dénicher une éventuelle congestion tympanique synonyme d’otite. Pour cela, il chausse son otoscope d’un petit spéculum auriculaire en plastique, allume la lampe et inspecte votre orifice entendant. Parfois (souvent ?…), l’embout est déjà en place sur l’appareil ; à votre avis :
- le médecin prévoyant l’a installé préalablement à la consultation qui vous amène, après avoir jeté celui du patient précédent : réponse A.
- l’aspect quelque peu cireux du machin vous incite à penser qu’il s’agit du même ustensile : réponse B.
Ensuite, regardez bien sur la petite table où est disposé le matériel : voyez-vous une grosse boîte en carton contenant de multiples spéculums d’oreille ? Ou plutôt un haricot métallique dans lequel le praticien jette les spéculums usagés (ainsi que tout un tas d’autres objets) ? Dans ce cas, sachez que, fidèle à la tendance écolo actuelle, il va procéder au recyclage du matériel.
Comment ? Dans le meilleur des cas, la première étape sera la plongée dans un bac de décontamination, suivie d’un rinçage à l’eau claire, puis le trempage dans une solution désinfectante. Le plus souvent, le nettoyage se fait rapidement avec un coton et de l’alcool à 70°. Mais parfois, la propreté est appréciée à l’œil (ce qui est d’une incomparable précision, pensez donc, après tant d’années d’études…).
Je vous entends déjà : bon, d’accord, et alors ? C’est pas grave, les oreilles. Certes, mais j’ai commencé soft pour ménager mes effets (quoique parfois, une belle otite purulente perforée soit légèrement vectrice de germes) !
Lors de cette consultation pour votre rhume, on va vous demander de faire des vocalises pour tenter d’apercevoir vos amygdales et votre pharynx (geste très risqué pour le médecin en cas de réflexe nauséeux très prononcé…) : nous employons alors un abaisse-langue, la plupart du temps en bois. Dans ce cas, pas de souci : aussitôt utilisé, il est jeté (dans le haricot, à côté des spéculums d’oreille). Mais il existe des modèles en plastique, généreusement fournis par des laboratoires pharmaceutiques en même temps que des boîtes de mouchoirs en papier et autres objets moins utiles. Ils sont très jolis avec leurs couleurs vives. Le plastique : encore un matériau recyclable, se dit notre bon docteur. Ils vont donc suivre la même procédure que les spéculums auriculaires (bacs ou alcool). C’est déjà moins appétissant…
Je vous rassure, il y a pire !
Descendons d’un étage : après avoir pris sérieusement le traitement antibiotique prescrit pour votre otite suppurée, vous développez une vulvite mycosique (probable) et vous venez faire constater les dégâts. Une fois en position (peu agréable) sur la table d’examen, le médecin sort un spéculum, un vrai de vrai, celui-là, tout en bel inox bien froid. Vous attendez patiemment la fin en serrant les fesses. Vous vous rhabillez , etc… Que devient l’objet sus-cité ? Posé sur la tablette, il est normalement débarrassé sous l’eau des salissures organiques par brossage, décontaminé puis stérilisé (soit à froid, soit dans un Poupinel, une espèce de four spécial).
Mais…
Parfois, on le retrouve à sécher sur le radiateur, après un rapide passage sous l’eau (avec brossage optionnel), à côté de la serviette en éponge servant d’essuie-mains… Puis, il est disposé (avant décontamination et stérilisation…) en vrac sur une paillasse recouverte d’un papier absorbant (datant de … quelques temps), se mêlant joyeusement aux spéculums auriculaires et autres abaisse-langues en plastique joliment coloré…
Je vous vois frémir un peu… Ce n’est pas de la science-fiction, j’ai remplacé dans ce cabinet précis, j’ai utilisé ce matériel qu’on mettait à ma disposition, avant (rapidement) d’acheter des spéculums vaginaux en plastique et à usage unique. (normalement… un ami médecin a fait sa thèse sur l’hygiène chez les généralistes : il y en a quand même 10 % qui ont osé avouer qu’ils récupéraient les spéculums à usage unique …).
Ce cabinet a par la suite évolué dans le bon sens (bacs de décontamination, de stérilisation…).
Mais combien restent encore à des méthodes d’un autre âge ? Je vous laisse méditer (et observer en douce les méthodes de votre praticien favori)!








