10 novembre 2009
Histoire de tête
Regardez, humains, je vous présente ma tête sur un plateau.
Admirez mes couleurs, mon bronzage vénusien du plus bel effet.
Souffrez que je vous observe, curieux animaux de la Terre.
Supportez en silence mon sourire narquois et mon regard acéré.
N'ayez crainte, je ne mords pas, mon anatomie ne se prête pas à ce genre de repas.
Reculez, ne touchez pas mon tubercule intelliphore capital antérieur, il est très sensible à la chaleur et à l'humidité.
Attendez un instant, je transmets ses données à mon apophyse postérieure.
Voyez mes câbles conducteurs s'illuminer tandis que transite l'information.
Contemplez mes bulbes nervoformes enfler sous l'afflux de mon incommensurable intelligence.
Ecoutez crépiter ma corne rubiconde aux attraits si certains.
Comprenez. Extasiez-vous. Inclinez-vous.
Ne partez pas!
Ne me laissez pas étaler inutilement ma connaissance subtile de la Vie.
Apprenez à recevoir d'autrui ce que vous êtes si incapables de recueillir vous-mêmes.
Sachez reconnaître le Génie quand il s'offre ainsi à vous, ingrates et pâles créatures.
Présentez-moi enfin un représentant de votre race imparfaite qui soit digne de ma condescendance.
Appelez-moi donc un taxi lunaire, je vois bien que je perds un temps précieux à vouloir vous éduquer.
Croupissez donc dans votre inculture crasse et vos miasmes nauséabonds.
Regrettez mon départ.
Ne pas vous revoir.
21 octobre 2009
Un délire pour la foule
Pour rester sur une note positive, juste ceci... Tout à fait le genre de délire qui me brancherait avec une bande de potes!
04 septembre 2009
De l'importance d'être précis...
Je viens de vivre une situation assez inhabituelle et inconfortable. Je me suis interrogée pour le titre de ce billet, que j'aurai aussi pu intituler "Du choix des mots"...
Marie m'appelle hier, catastrophée, pour prendre un rendez-vous, me disant que bien des choses lui sont arrivées pendant les vacances, une histoire de fruits de mer, de troubles digestifs et de saignements. Je regarde le planning et lui propose le dernier créneau restant, 15h30 aujourd'hui. "Pas possible, me dit-elle, il y a la coiffeuse qui vient chez elle à 15 h". Je lui rétorque gentiment de la décommander, ses saignement semblant requérir un avis médical plus urgemment que ses racines, une recoloration.
Elle arrive donc cet après-midi, toute essoufflée d'être venue en vélo (je précise que Marie a 72 ans). Elle me raconte donc qu'en août, elle a copieusement ingurgité bulots et palourdes, ceci lui ayant déclenché diarrhées et vomissements, et des saignements, le tout survenant chez une patiente connue pour colopathie fonctionnelle, cet espèce de fourre-tout qui sert à étiqueter les coliques et ballonnements dont le monde est souvent l'objet. Et pour imager la situation, elle m'extirpe de son sac à main une poche en plastique, dont elle extrait une garniture usagée légèrement tâchée de sang (incroyable ce que les patients peuvent parfois nous rapporter en toute bonne foi...).
Je me propose ensuite de l'examiner. Elle se déshabille péniblement, et escalade en soufflant la table d'examen. Son ventre proéminemment météorisé est sensible un peu partout, mais pas plus que d'habitude. Je lui explique que je dois ensuite lui inspecter l'anus, histoire de vérifier la présence de lésions pouvant saigner. Je m'exécute, et tout me semble normal: pas de rectorragie, ni de méléna. Je me fends quand même d'un beau courrier au gastroentérologue tandis qu'elle se rhabille. Elle se rassoit, et comme je lui explique ma démarche, elle me dit: "c'est quand même bizarre, que ça saigne comme ça quand je m'essuie!", et elle me mime l'essuyage en avant.
"Attendez, que je sors; vous saignez quand vous vous essuyez en avant, comme ça? (et là, c'est moi qui mime).
- Ben oui Docteur!
- Alors ce n'est pas derrière que vous saignez?
- Ben... non! Pourquoi?
- Misère!... Je viens de vous examiner du mauvais côté... Bon! On y retourne!
- Heu... Ouh la la! Quelle histoire! Ben dis donc! onomatope-t-elle en se redéshabillant, et en re-soufflant en ascensionnant la table d'examen.
Tout un travail pour l'installer ("C'est que ça fait très longtemps, par là!"), et examiner comme il faut au bon endroit cette fois... Finalement, j'ai trouvé une petite irritation urétrale pouvant peut-être expliquer les symptômes, mais j'ai préféré lui faire un courrier pour sa gynécologue, déchirant ensuite celui pour le gastro...
J'ai dédramatisé la consultation, on a finalement beaucoup ri de ce quiproquo, et je me suis rappelée de l'importance extrême d'un bon interrogatoire, avec des mots précis, et de se méfier des associations d'idées... Je me suis laissée embarquer dans du digestif après qu'elle ait évoqué sa gastro-entérite du mois dernier, ne remettant pas les évènements dans leur contexte actuel. Mais de son côté, elle n'a pas répondu de façon adéquat à mes questions, car au début de la consultation, j'avais nettement demandé si elle saignait de derrière, et elle m'avait répondu par l'affirmative... Et comme en plus, elle avait été hystérectomisée totalement, j'avais éliminé inconsciemment tout problème pouvant survenir à ce niveau...
10 juin 2009
Point de chute
Le temps me manquant pour écrire quelque chose d'intelligent, je vais plutôt vous livrer quelques requêtes gratinées permettant aux abonnés de Google d'atterrir sur ce blog... Accrochez vos ceintures (de chasteté)! C'est du lourd, du gratiné, du primesautier... Esprit carabin es-tu toujours là?
- "Combien est la consultation d'un spécialiste des intestins?"
Je pense que ça dépend de combien ils sont sur le coup.
- "String dans les lèvres"
Personnellement, je déconseille ce type de baillon...
- "Bouche battue par les chaussures"
C'est du cousu main!
- "Je suis tomber enceinte sans pénétration"
Adressez-vous au Vatican, il y a déjà une liste d'attente.
- "www une femme mais du vernis a ongle a son mari et l'attache"
A mon avis, elle va lui maître autre chose aussi.
- "Conseils après avoir avaler aluminium chocolat"
Vous avez besoin du numéro de téléphone de la marmotte.
- "J'ai 20 ans et je suis encore vierge je cherche un beau garçon pour me sauter sexualité"
Vous devriez pouvoir trouver un beau mâle au poêle...
- "décoder le langage des femmes"
Vous pouvez répéter la question?
- "Le secré de femme sous leur jupe"
Penchez-vous un peu, je ne vois pas bien de quoi il retourne.
- "Une femme aîné avoir un homme lui lèche le chaussures"
Une bonne vieille tireuse de pompes, c'est alléchant.
- "Se vermifuger à la bonne lune"
Des comme ça, j'en ai à la pelle, à croire que la bonne vieille médecine traditionnelle a encore de beaux jours devant elle, à la rubrique "sorcellerie et trucs de grand-mères"...
- "c'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain n'écoute pas"
Je l'adore, celle-ci. C'est tellement vrai... Mais je ne sais plus qui était venu déclamer du Hugo ici... Je sais juste que ce n'était pas moi.
- "grossesse pesanteur parties intimes"
En effet, la grossesse est la conséquence de parties intimes.
- "dans quel pays le sexe est libre?"
Je note que c'est une question singulière. La réponse est complexe: le sexe peut être libre de droit(s), mais aussi être libre après avoir été occupé, auquel cas cela s'apparente plutôt à un acte de résistance. Reste à savoir si elle est passive ou active. Libre réponse à vous.
- "fleur de mauve phimosis"
Elle m'a intriguée, celle-là! En cherchant un peu, on tombe sur un Traité pratique de la maladie vénérienne.
Ecrit en 1810 par J.P. TERRAS, docteur en Chirurgie, il vaut qu'on s'y attarde un peu... Ah! L'heureux temps où l'on pouvait soigner dignement la chaude-pisse à l'aide de décoctions et de tisanes ou d'injections d'eau végéto-minérale de Goulard! J'ai également apprécié l'aspect technique de l'injection, avec seringue en étain, dûment graissée ou huilée pour faciliter le mouvement du piston...
J'en reparlerai, je pense...!
28 avril 2009
Bafouillages
Certaines circonstances me font perdre ma belle assurance de façade en consultation. Il existe des cas typiques générateurs de malaise. En voici un florilège non exhaustif.
- le patient est un Apollon de premier ordre, et mon regard se perd en observations gourmandes peu médicales. Je perds mes moyens.
-le patient est en costume, propre sur lui, un attaché case à la main, le portable vissé à l'oreille, et débite une quantité de mots incompréhensibles à son interlocuteur. Je suis intimidée.
- le patient est un notable connu, ou homme politique. Je suis impressionnée.
- le patient est un inconnu, mais la secrétaire m'a prévenue avant: il s'agit du fils de..., attention, c'est de la dynamite! Je marche sur des oeufs.
- la patiente est une femme aux allures de camionneuse, avec un sourire ravageur et le regard baladeur. Je transpire.
- la patiente a un dossier médical long comme le bras, et je viens de recevoir par fax le compte-rendu de sa dernière hospitalisation, mentionnant des tas de résultats biologiques hyper spécialisés dans des unités qu'on n'a même pas en ville. Je panique (mais "heureusement", ce n'est que pour un fécalome, dont l'extraction est effectuée par mes soins dans l'extase. Les collègues comprendront...).
- le patient se ramène en consultation avec un Sciences et Avenir négligemment roulé en boule sous l'aisselle. Je pressens des complications...
- dans un genre similaire, je découvre que le (la) patient(e) émarge à l'Education Nationale, et tient en main la liste de tous les points à aborder en 15 minutes chrono. Je regarde déjà ma montre.
- la patiente est une fibromyalgique qui a déjà épuisé essayé tous les médecins du coin, pointé chez tous les kinés, ostéopathes, fasciathérapeutes, psychologues, psychiatres et autres rebouteux diplômés de la région. Je ne me sens pas honorée de sa visite.
-le patient a un regard flou, des propos incohérents, des gestes approximatifs et l'haleine chargée. Je soupire (par la bouche).
- la patiente est très bien habillée, petit tailleur Chanel, une bague à 20 carats à chaque doigt et me toise du haut de ses talons aiguilles. Je baisse les yeux vers elle et lui renvoie son regard.
- la patiente vient pour son examen gynécologique annuel, elle est mal à l'aise. Moi aussi.
Et tant d'autres encore... De ces instants où la solitude me rattrape, me figeant la parole et l'empathie. Je me mets à bafouiller des consignes indistinctes, je transpire, mes fonctions corporelles les plus archaïques se mettent en marche. Mes boyaux se tordent, mon nez se transforme en robinet (pas simple à gérer en cas de suture...) et j'ai une subite envie d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte. De cela, rien ne transparaît, ou assez peu. Juste une petite goutte perlant sur mon front, une poignée de main un peu moite et l'élocution en mode aléatoire.
Pensée de la nuit dernière:
La vie est une chienne, faut-il pour autant la museler?
17 avril 2009
Relativité de la pudeur
Certaines choses sont d'une extraordinaire relativité. Aujourd'hui, j'aborderai la pudeur par un bel exemple visuel constaté pas plus tard qu'hier.
Nantes est une ville en constant remaniement, excavations et travaux divers, avec pour corollaire une abondance de chantiers impressionnante et une circulation automobile parfois délicate, notamment aux heures d'affluence, mais pas toujours. Sur le trajet pour me rendre au cabinet où je remplace ces jours-ci, il y a donc une déviation, et des feux tricolores provisoires, arrêtant les voitures juste au niveau de cabanes de chantier, serrées et alignées en rang d'oignons au bord de la route. De l'autre côté, les immeubles en construction.
Mornement stoppée en première position auprès du feu, mon regard a divagué par automatisme vers la gauche, histoire de patienter un peu. Et qu'ai-je vu alors? Un homme, brave travailleur en habit fluo, en train de se soulager la vessie, installé bien en face des voitures, ne cachant rien de son intimité, et poussant le vice jusqu'à observer tranquillement les conducteurs en se secouant le machin... Sauf que lui, il s'était positionné derrière les cabanes de chantier, entre elles et le grillage les séparant de la route. Il se protégeait donc du regard inquisiteur de ses collègues, avec qui il reprendrait le travail plus tard. Ce faisant, il s'exposait à la curiosité des automobilistes, dont il devait se soucier comme d'une guigne, puisqu'il ne les reverrait sans doute jamais...
Tout est donc relatif. Mais j'ai bien rigolé dans mon habitacle embué!
15 avril 2009
Semaine coquine... le Livre!
Enfin!... Depuis des semaines, il était attendu, que dis-je: désiré! Il est enfin dans les bacs de Thebookedition, prêt à vous enivrer, séduire vos sens, ravir vos pupilles et exciter toutes vos audaces!
Fruit du labeur de plusieurs co-auteurs enthousiastes, il a vu le jour suite à un coup de tête de Pakita sur un de mes billets, "La tenancière". Puis sont venus se greffer tranquillement Madame de K, la Fée Kabossée, Mémorandhomme, Valombreuse, Coumarine, Catherine et Berthoise.
Je tiens à applaudir le remarquable travail de Madame de K, qui s'est démenée en long, en large et en travers pour nous stimuler, nous driver, nous coacher, revenant sans cesse vers nous dans les pires moments, nous apportant dans nos sombres gouffres du doute la lumière de l'espoir et... Quoi? J'en fais trop? Oups alors!
07 avril 2009
Acte de...
Le chirurgien… Etre hybride,
mi-muscle, mi-cerveau…
Longtemps, le chirurgien s’est imposé à mon imaginaire comme un être masculin, poilu, torse nu sous sa blouse blanche débraillée, avec sa chaîne en or accrochée aux poils… L’archétype de l’orthopédiste, Dieu de l’Olympe hospitalière. Le gars qui ne profère que quelques grognements en regardant les radios du patient anxieux, et qui laisse se démerder l’interne aux abois qui l’a fait appeler pendant sa garde surchargée. Du vécu.
Le chirurgien est un effecteur, pas un penseur. S’il réfléchit, c’est qu’il a raté sa vocation. Et pour qu’on ne me taxe pas d’anti-chirurgicanat primaire (je prends mes précautions maintenant, histoire de…), ils ne sont pas tous comme ça, mais quand même.
J’ai eu récemment un aperçu de sa toute puissance. Quand un proche se fait opérer, certaines angoisses bien légitimes se font jour. Cela va-t-il bien se passer ? Que vont-ils lui faire exactement ? Combien de temps durera l’intervention ? Au bout de combien de temps remontera-t-il dans sa chambre ? Quand sortira-t-il ?
En général, une infirmière ou aide-soignante bien intentionnée vous donne un numéro, que dis-je : LE numéro de téléphone à appeler de chez vous avant de venir, histoire de ne pas vous déplacer pour rien si votre proche est encore à batailler entre Ste Anesthésie et Morphée. Sauf que le numéro, là, il ne sonne que sur du vide. Une fois. Deux fois. Trois fois… Marre… Vous décidez donc de partir malgré tout, prêt à affronter la chambre vide et vos questions sans réponses.
A l’arrivée, vous vous enquerrez à
juste titre de la remontée ou pas de votre proche. On vous répond qu’on ne sait
pas trop. Moi, j’avoue, je suis binaire dans certaines situations : le
patient EST dans sa chambre ou N’EST PAS dans sa chambre. Le doigt mouillé levé
en l’air, c’était une grande première pour moi. En gros, ça dépend : pile,
il est là ; face, il est pas là. Ou alors, ça dépend des horaires des
marées ou de la position de
Bref, il faut vous coltiner quand même cette fameuse chambre vide, que vous meublez comme vous pouvez d’introspections douteuses dont vous êtes la malheureuse victime. Enfin, la porte s’ouvre, un lit entre et vous découvrez avec un soupir de soulagement que votre cher et tendre est toujours entier (enfin, presque !), l’intelligence brillant toujours dans ses pupilles encore un peu endormies. Dès qu’il a proféré ses premières paroles, vous voilà définitivement rassuré sur la cohérence de ces cellules neuronales, et poussez l’investigation jusqu’à explorer les divers pansements dont il est couvert.
Vous découvrez alors qu’au lieu d’un pansement compressif à gauche, il en a un des deux côtés. Et là, le personnel est rigoureusement infoutu de vous renseigner sur le sujet, vous renvoyant des réponses de normand : « Ben des fois, ils s’aperçoivent que l’autre côté est touché, et ils opèrent les deux d’un coup, d’où les deux pansements. Mais d’autres fois, ils n’opèrent qu’un côté, et mettent deux pansements quand même ; ça dépend du chirurgien ».
Le chirurgien ! Mais oui, bien sûr ! Que n’y avais-je donc pas songé tout de suite ? Et quand le verra-t-on, le noble animal ? « Ah ça ! Si on le savait… ! ». Le chirurgien, l’Arlésienne du service (remarque effectuée par mes soins auprès de l’infirmier, histoire de détendre l’atmosphère, et n’ayant allumé aucune diode littéraire dans le fond de ses iris). « Vous ne savez donc pas ce qui a été fait ? » « Non, il faut attendre le Chirurgien, Lui seul sait ce qu’il a fait ! ». J’espère… Mais m…, ça les aurait chiffonné de jeter trois notes écrites dans le dossier, genre : « intervention bilatérale », même que ça fait juste 2 mots, ce qui nous aurait juste rassuré un peu.
Mais quoi, Med’celine ? T’es médecin, non ? Tu le sais, que les chirurgiens ont des urgences parfois, même que tu leur en envoie de temps en temps. Qu’ils ne peuvent pas avoir un planning de fonctionnaire standard !
Oui. Mais définitivement, quand on est de l’autre côté, on ne réfléchit pas pareil. On se sent comme n’importe qui. N’importe quoi.
Tiens ! Faudra que je vous narre un jour ou l’autre ce qui m’arrive chez les médecins selon qu’ils savent ou pas que je suis médecin. Ou encore mieux, quand ils croient que je suis une patiente lambda, et qu’ils découvrent rapidement que je suis une consoeur (le langage me trahit en général) : c’est fou ce que leur vision des choses et leur attitude est différente…
23 mars 2009
Sourire du matin
Je me suis bien amusée tout à l'heure avec une jeune femme. Je lui demande de se déshabiller pour l'examiner. Elle me demande si elle doit aussi retirer ses chaussettes.
"Non, lui dis-je; sauf si vous avez quelque chose à me montrer à cet endroit?
-Non, répond-elle en souriant; par contre, j'ai des orteils!"
Nous avons eu un fou rire... J'aime bien commencer une journée comme cela...
12 mars 2009
Le point du jour
Aujourd'hui me prend l'envie de faire le point. A défaut de stylo, je procèderai par l'intermédiaire de mon clavier. Déjà, un plus un viennent d'atterrir sur la page: mais voici qu'un ne suffit plus et qu'ils doivent se mettre à deux... Points de suspension, forçats de la ponctuation, qui soulèvent les choses lourdes de sens pour essayer de les faire flotter en l'air de rien.
J'aime aussi le musical et langoureux contrepoint, s'érigeant en décalages et venant se lover tout contre moi.
Il en est un qu'il vaut mieux éviter de chatouiller trop fort, sous peine de réactions incontrôlables et dévastatrices: le point sensible, qu'un simple effleurement suffit à perturber.
Le suivant, un dessin le racontera mieux que des mots:
Côté régime matrimonial, le point est marié avec la pointe, à ne pas confondre avec l'appoint, qui reste masculin. Le point ne se fait pas encore l'appoint, c'est contre ses principes! Tiens! Un nouveau! Très expressif celui-là, toujours à se rehausser de la ligne pour se faire remarquer, à vouloir tutoyer les nuages en tendant un bras vers eux. En réalité, il est repoussé du sol par un grand courant d'air qui soulève ses jupons et nous montre ses fesses! C'est un point exubérant et exhibitionniste.
Parlons du point G, le plus connu et pourtant méconnu, ours mal léché, mythe à lui tout seul, arlésienne du désir et gourmandise du plaisir. Il se fait discret, parfois se laisse oublier, hibernant de longs mois dans sa chaude caverne. Il se réveille au printemps, tiré de son sommeil profond par un visiteur curieux venu le gratter derrière les oreilles. Il remue alors la queue, et tout le monde est content.
D'autres points méritent qu'on les cite: le point carré, lointain cousin d'un qui s'est lancé en politique; le point météo, utile aux gens qui ne possèdent pas de fenêtres; le permis à points, qui en se croyant tout permis se perd lui-même; le point presse, mais jamais dans l'urgence; le point de croix, comme le chemin du doigt qui se pique en le faisant.
Parfois, le point s'interroge sur le sens de sa vie: "ma vie a-t-elle un sens, même interdit, ou contraire, ou dessus-dessous?" Il se pose des questions existentielles qui n'existent point. Il se repose en douceur sur la ligne, laissant s'incurver doucement les vêtements projetés en l'air par son malicieux cousin exclamatif.
A d'autres moments, le point se laisse aller; il glisse au sol et se coule en lui comme une larme d'un robinet mal fermé. Il suspend alors son souffle, réfléchit, et recommence sa plainte. La phrase alors tarit son eau, et il se retrouve seul, comme d'habitude, fermant la marche des mots qu'il accompagne. C'est le point final.
"Va, je ne te hais, point!"




