Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

10 décembre 2009

Vie de famille froissée

Man_RayNous l'appellerons Marie. Elle a 39 ans, et vient me voir un soir pour un état de fatigue intense, accompagnée de son fils de 3 ans, que je connais un peu et qui est suivi depuis sa naissance pour une malformation congénitale déjà opérée plusieurs fois. A peine 2 minutes après s'être assise, elle se met à pleurer en disant que rien ne va plus, que son petit bonhomme va être obligé de se faire réopérer, que c'est bien des soucis et qu'elle craque.

Marie est veuve d'un premier mari, décédé accidentellement alors que son premier fils avait 5 ans; elle a vécu seule avec lui pendant quelques années à Paris, avant de rencontrer son compagnon actuel, qu'elle a suivi dans la région nantaise il y a 4 ans, abandonnant un métier intéressant intellectuellement et socialement pour se mettre au foyer à pouponner le petit second déjà en route. Tout allait bien, jusqu'à la naissance de l'enfant, porteur d'une grave malformation engageant le pronostic vital à court terme. Plusieurs interventions ont eu lieu, les parents se sont relayés auprès de lui, le stress a commencé à vivre au quotidien avec eux. Et Monsieur s'est montré sous son vrai jour...

Charmant avec elle jusqu'à présent, il l'a cantonnée dans le rôle  si gratifiant de génitrice, femme de ménage, cuisinière, confidente, tout en assumant malgré tout son rôle de père (c'est déjà ça, oserais-je dire...). Et de charmant, il est devenu charmeur, ce qu'elle a appris en consultant la messagerie de son portable et en découvrant l'existence d'une autre femme... Il ne l'a d'ailleurs pas nié, disant que ce n'était pas sérieux, etc... La sauce habituelle. J'évoque pour plus tard la nécessité de faire des dépistages sérologiques (s'il ment une fois, va savoir s'il se protège?...)

Voilà ce que me déballe donc Marie en pleurs, m'avouant être au fond du gouffre, idées noires à l'appui. Elle a retrouvé récemment du travail, mais à 90 km de la maison, dans des conditions dignes du XIXème siècle en matière de droit du travail, et sans intérêt par rapport à ce qu'elle faisait avant à Paris. Elle pense tout abandonner, ce que je lui déconseille vu l'état psychique dans lequel elle se trouve. Je la mets sous antidépresseurs et somnifères, la bardant aussi de conseils au cas où ça n'irait vraiment pas. Je lui donne un rendez-vous 10 jours plus tard.

Le jour J, elle arrive, pimpante, souriante, rien à voir avec la consultation précédente. Tout va mieux, elle se sent anesthésiée par le médicament, qui lui permet de vivre son quotidien sans heurt. Je la préviens que cet effet sera passager, c'est un cap à passer, parfois un peu risqué. Elle est au courant, vu qu'elle a déjà pris cet antidépresseur lors du décès de son mari. Cette seconde consultation a permis de mieux cerner le compagnon égoïste, égocentrique, dont l'histoire personnelle difficile est en partie responsable de son hédonisme actuel, et aussi malheureusement de sa non remise en question. Elle se sent devant un mur d'incompréhension, tout se devant de tourner autour de lui, gommant les autres personnes de la famille. Il lui a même dit qu'il lui pourrirait la vie si elle voulait le quitter, qu'il ferait tout pour garder l'enfant. Ils ont acheté une maison ensemble, mais c'est elle qui s'est porté caution, donc en cas de séparation, elle devrait supporter tout le poids du remboursement du prêt... Elle se sent coincée.

Je lui ai donné du travail à faire à la maison: d'ici à ce qu'on se revoit, elle doit se trouver une activité agréable à faire au moins 1 fois dans la semaine, rien que pour elle, égoïstement. Une chose qu'elle imposera à son compagnon, et qui, même si elle est ignorée, lui fera plaisir à elle. Le fera-t-elle? J'espère la revoir avec le sourire, cette femme sous emprise, je lui ai dit. Et je lui ai aussi glissé le nom de l'ACALPA, association contre l'aliénation parentale, parce que j'ai bien l'impression que si séparation il doit y avoir un jour, ce sera fight club...

Photo: Man Ray

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03 novembre 2009

Un genre particulier

pictures_androgyneRécemment, j'ai vécu un instant un peu surréaliste en consultation, avec une jeune patiente de 19 ans qui consultait pour la première fois au cabinet où je remplace. Comme d'habitude, j'ai commencé la consultation par la fiche administrative (nom, prénom, date de naissance, adresse...), puis j'ai enchainé sur les antécédents médicaux et chirurgicaux. Un peu d'asthme, une vague allergie aux graminées, l'extraction des dents de sagesse, bref, du tout venant. Quand j'ai demandé si elle avait eu d'autres interventions, ses yeux se sont rapidement baissés, le temps d'une fraction de seconde, avec un soupir presque imperceptible et un léger mouvement d'épaules vers l'arrière. Il ne m'en faut pas plus pour flairer la confidence inavouable, celle qu'on terre en dessous de la ceinture... Je ne m'attendais pas néanmoins à la révélation qu'elle m'a faite ensuite, un peu plus tard, alors que nous abordions la notion de prise médicamenteuse au long cours et de contraception.

" Je suis sous Climène, me confie-t-elle.
- Climène? C'est pour le moins inhabituel à votre âge... (NB: il s'agit d'un traitement hormonal substitutif prescrit aux femmes ménopausées).
- C'est que en fait, je suis née avec un caryotype XY.
- Ah!...............ai-je bafouillé avec le menton se décrochant de surprise. Et donc, les autres interventions chirurgicales...?
- Oui. Je suis née fille extérieurement, mais on m'a opérée pour une hernie ovarienne à 6 mois, qui s'est avérée être en fait des testicules intra abdominaux. On m'en a ôté un, l'autre est resté pour que je puisse grandir normalement, et on m'a de nouveau opérée plus tard pour l'enlever aussi, pour éviter qu'il se cancérise. Après, j'ai pris des traitements hormonaux."

Voilà, j'avais devant moi une charmante jeune fille, avec un caryotype masculin et un phénotype parfaitement féminin. Elle a d'ailleurs un petit copain, qui l'accepte comme elle est. Parfois, on se sent silencieux en face de cas aussi particuliers. Je n'en menais pas large, c'était la première fois que j'étais confrontée à une telle ambiguité sexuelle qui n'en était finalement une qu'au plan biologique. Je me suis  tout de même demandée comment elle vivait cela dans son moi intime, mais l'objet de la consultation était ailleurs, je n'ai pas voulu m'apesantir pour satisfaire une curiosité personnelle déplacée...

Illustration: Androgyne from the Nurenburg Chronicle 1493 (Makhlyes, tribu lybienne réputée pour son hermaphrodisme, les individus ayant un côté masculin et l'autre féminin).

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15 mai 2009

Histoire de sexe

Gland___wikipediaJ'ai eu l'occasion hier d'halluciner lors d'une consultation. Il s'agissait d'un jeune homme, la petite vingtaine, beau comme un astre, vêtu avec recherche. Il est entré gauchement dans la salle, s'est assis, et à ma question traditionnelle: "qu'est-ce qui vous amène, monsieur?", il a émis un rire contraint et déclaré: "c'est que c'est gênant...". Bon. Là, en général, je sais tout de suite vers quelle partie de l'anatomie va s'acheminer le reste de la consultation...

- Oui?

- Ben voilà. En fait, je pense que j'ai un phimosis, et je crois qu'il est temps de m'en occuper. Mon père en avait un, lui aussi.

- OK! Vous allez me montrer ça, d'accord?

-Heuuuuu! ... oui... (il baisse le pantalon, et reste indécis devant moi en caleçon).

- Le caleçon aussi, j'en ai peur!   (il obtempère)   Bien! Vous allez essayer de vous décalotter tout seul, que je vois ce qui vous embête.

- Décalotter?

- Ben oui, vous prenez votre sexe, vous tirez la peau vers la base...

- Ah d'accord! 

Il commence à exercer la traction demandée, et Ô divine surprise, son gland commence à faire une apparition miraculeuse. Il lâche un "ah!" de surprise, je l'invite à continuer, histoire de voir  le niveau du "phimosis" allégué. Je m'aperçois rapidement que celui-ci n'existe que dans ses pensées, vu le parfait et complet décalottage auquel j'assiste. Mais... le paysage dévoilé à mes yeux est loin de ravir les sens... Un indescriptible amoncellement de débris de peau et autres fantaisies accumulées par les années apparaît.

"Vous voyez, vous n'avez pas de phimosis, monsieur!

-Oh.... Putain! La honte! glapit-il en remballant prestement son matériel et en piquant le plus joli fard que j'aie jamais vu.

- Mais non, fais-je, rassurante. Vous avez eu le courage de poser une question, vous pensiez avoir un problème. Eh bien non, vous allez parfaitement bien! C'est plutôt cool, non? Vous n'aurez pas besoin de vous faire opérer.

- Oui, mais... la honte!

- Bon, par contre, un conseil comme ça: il faudra décalotter comme ça tous les jours, et laver soigneusement au savon, bien rincer, hein? (et là, je pensais à la première copine qu'il aurait un jour... J'imaginais la tête de la fille en découvrant le stock de parmesan au bout du gland...).

-Oui, oui! Mais la honte quand même!"

Il est parti en ayant prononcé ce mot au moins dix fois. Et moi, je me suis dit qu'en 5 minutes, je venais de lui changer la vie...

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17 avril 2009

Relativité de la pudeur

aaaCertaines choses sont d'une extraordinaire relativité. Aujourd'hui, j'aborderai la pudeur par un bel exemple visuel constaté pas plus tard qu'hier.

Nantes est une ville en constant remaniement, excavations et travaux divers, avec pour corollaire une abondance de chantiers impressionnante et une circulation automobile parfois délicate, notamment aux heures d'affluence, mais pas toujours. Sur le trajet pour me rendre au cabinet où je remplace ces jours-ci, il y a donc une déviation, et des feux tricolores provisoires, arrêtant les voitures juste au niveau de cabanes de chantier, serrées et alignées en rang d'oignons au bord de la route. De l'autre côté, les immeubles en construction.

Mornement stoppée en première position auprès du feu, mon regard a divagué par automatisme vers la gauche, histoire de patienter un peu. Et qu'ai-je vu alors? Un homme, brave travailleur en habit fluo, en train de se soulager la vessie, installé bien en face des voitures, ne cachant rien de son intimité, et poussant le vice jusqu'à observer tranquillement les conducteurs en se secouant le machin... Sauf que lui, il s'était positionné derrière les cabanes de chantier, entre elles et le grillage les séparant de la route. Il se protégeait donc du regard inquisiteur de ses collègues, avec qui il reprendrait le travail plus tard. Ce faisant, il s'exposait à la curiosité des automobilistes, dont il devait se soucier comme d'une guigne, puisqu'il ne les reverrait sans doute jamais...

Tout est donc relatif. Mais j'ai bien rigolé dans mon habitacle embué!

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15 avril 2009

Semaine coquine... le Livre!

Enfin!... Depuis des semaines, il était attendu, que dis-je: désiré! Il est enfin dans les bacs de Thebookedition, prêt à vous enivrer, séduire vos sens, ravir vos pupilles et exciter toutes vos audaces!

Acheter Blogoquineries

Fruit du labeur de plusieurs co-auteurs enthousiastes, il a vu le jour suite à un coup de tête de Pakita sur un de  mes billets, "La tenancière". Puis sont venus se greffer tranquillement Madame de K, la Fée Kabossée, Mémorandhomme, Valombreuse, Coumarine, Catherine et Berthoise.

Je tiens à applaudir le remarquable travail de Madame de K, qui s'est démenée en long, en large et en travers pour nous stimuler, nous driver, nous coacher, revenant sans cesse vers nous dans les pires moments, nous apportant dans nos sombres gouffres du doute  la lumière de l'espoir et... Quoi? J'en fais trop? Oups alors!

En route pour le Congourt!
 

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07 avril 2009

Acte de...

ScieLe chirurgien… Etre hybride, mi-muscle, mi-cerveau…

Longtemps, le chirurgien s’est imposé à mon imaginaire comme un être masculin, poilu, torse nu sous sa blouse blanche débraillée, avec sa chaîne en or accrochée aux poils… L’archétype de l’orthopédiste, Dieu de l’Olympe hospitalière. Le gars qui ne profère que quelques grognements en regardant les radios du patient anxieux, et qui laisse se démerder l’interne aux abois qui l’a fait appeler pendant sa garde surchargée. Du vécu.

Le chirurgien est un effecteur, pas un penseur. S’il réfléchit, c’est qu’il a raté sa vocation. Et pour qu’on ne me taxe pas d’anti-chirurgicanat primaire (je prends mes précautions maintenant, histoire de…), ils ne sont pas tous comme ça, mais quand même.

J’ai eu récemment un aperçu de sa toute puissance. Quand un proche se fait opérer, certaines angoisses bien légitimes se font jour. Cela va-t-il bien se passer ? Que vont-ils lui faire exactement ? Combien de temps durera l’intervention ? Au bout de combien de temps remontera-t-il dans sa chambre ? Quand sortira-t-il ?

En général, une infirmière ou aide-soignante bien intentionnée vous donne un numéro, que dis-je : LE numéro de téléphone à appeler de chez vous avant de venir, histoire de ne pas vous déplacer pour rien si votre proche est encore à batailler entre Ste Anesthésie et Morphée. Sauf que le numéro, là, il ne sonne que sur du vide. Une fois. Deux fois. Trois fois… Marre… Vous décidez donc de partir malgré tout, prêt à affronter la chambre vide et vos questions sans réponses.

A l’arrivée, vous vous enquerrez à juste titre de la remontée ou pas de votre proche. On vous répond qu’on ne sait pas trop. Moi, j’avoue, je suis binaire dans certaines situations : le patient EST dans sa chambre ou N’EST PAS dans sa chambre. Le doigt mouillé levé en l’air, c’était une grande première pour moi. En gros, ça dépend : pile, il est là ; face, il est pas là. Ou alors, ça dépend des horaires des marées ou de la position de la Lune dans le décan de Jupiter, n’importe quoi en fait.

Bref, il faut vous coltiner quand même cette fameuse chambre vide, que vous meublez comme vous pouvez d’introspections douteuses dont vous êtes la malheureuse victime. Enfin, la porte s’ouvre, un lit entre et vous découvrez avec un soupir de soulagement que votre cher et tendre est toujours entier (enfin, presque !), l’intelligence brillant toujours dans ses pupilles encore un peu endormies. Dès qu’il a proféré ses premières paroles, vous voilà définitivement rassuré sur la cohérence de ces cellules neuronales, et poussez l’investigation jusqu’à explorer les divers pansements dont il est couvert.

Vous découvrez alors qu’au lieu d’un pansement compressif à gauche, il en a un des deux côtés. Et là, le personnel est rigoureusement infoutu de vous renseigner sur le sujet, vous renvoyant des réponses de normand : « Ben des fois, ils s’aperçoivent que l’autre côté est touché, et ils opèrent les deux d’un coup, d’où les deux pansements. Mais d’autres fois, ils n’opèrent qu’un côté, et mettent deux pansements quand même ; ça dépend du chirurgien ».

Le chirurgien ! Mais oui, bien sûr ! Que n’y avais-je donc pas songé tout de suite ?  Et quand le verra-t-on, le noble animal ? « Ah ça ! Si on le savait… ! ». Le chirurgien, l’Arlésienne du service (remarque effectuée par mes soins auprès de l’infirmier, histoire de détendre l’atmosphère, et n’ayant allumé aucune diode littéraire dans le fond de ses iris). « Vous ne savez donc pas ce qui a été fait ? » « Non, il faut attendre le Chirurgien, Lui seul sait ce qu’il a fait ! ». J’espère… Mais m…, ça les aurait chiffonné de jeter trois notes écrites dans le dossier, genre : « intervention bilatérale », même que ça fait juste 2 mots, ce qui nous aurait juste rassuré un peu.

Mais quoi, Med’celine ? T’es médecin, non ? Tu le sais, que les chirurgiens ont des urgences parfois, même que tu leur en envoie de temps en temps. Qu’ils ne peuvent pas avoir un planning de fonctionnaire standard !

Oui. Mais définitivement, quand on est de l’autre côté, on ne réfléchit pas pareil. On se sent comme n’importe qui. N’importe quoi.

Tiens ! Faudra que je vous narre un jour ou l’autre ce qui m’arrive chez les médecins selon qu’ils savent ou pas que je suis médecin. Ou encore mieux, quand ils croient que je suis une patiente lambda, et qu’ils découvrent rapidement que je suis une consoeur (le langage me trahit en général) : c’est fou ce que leur vision des choses et leur attitude est différente…

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04 mars 2009

Les courses

1664232_p_gEn marge de la semaine coquine... Du rapido, à l'arrache...

Comme tous les mercredis, je fais mes courses, dans une grande surface pleine de chariots se bousculant et roulant affreusement mal, avec l'ardente obligation d'entamer un slalom éperdu entre les ilôts où ils s'accumulent, là, en plein milieu du rayon, abandonnés par leurs conducteurs peu attentifs au bien d'autrui. Je choisis toujours la mauvaise monture, celle qui a une roue bloquée à l'avant, m'obligeant à rouler en crabe ou à donner des coups de reins préjudiciables à mon confort lombaire. Quand je m'en aperçois, je suis en général déjà engagée dans les allées du magasin, et la flemme me pousse à affronter jusqu'au bout les conséquences d'un choix malheureux. Je galère alors, n'ayant qu'une envie, celle de finir au plus vite la corvée hebdomadaire.

Sauf que...

Maintenant, je ne suis plus seule à arpenter les rayons. Il y a Gilbert. Son tablier blanc, son embonpoint abdominal attendrissant, ses mains grassouillettes et son sourire enjôleur. La première fois, je l'ai à peine regardé, lui demandant mes paupiettes de pintade d'un air poliment indifférent. La semaine suivante, il m'a reconnue quand je me suis approchée de sa vitrine, et nous avons échangé quelques banalités. Et aujourd'hui, alors qu'il n'était pas sur ma liste, il m'a interpellée alors que je passais devant lui:

"Eh! Bonjour! Comment ça va aujourd'hui?"

J'ai sursauté, interrompant mes pensées d'agapes vespérales qui tanguaient entre omelette et jambon-pâtes.

"Heu... Bien! Et vous?

- Pas mal, pas mal! Qu'est-ce que je vous mets aujourd'hui?"

Pas mal, l'accroche commerciale! Piégée, je fis un choix rapide parmi les paupiettes diverses offertes à mes yeux. En attendant, il m'entreprit sur un sujet hautement confidentiel: la météo.

" Il ne fait pas beau, hein? Et toute cette pluie!

- Oui, mais on est en mars, alors, les giboulées...

- Il faut sortir couvert, de nos jours, et doublement!"

Son propos m'a quelque peu déstabilisée, avant que je réalise la présence au revers du col de mon vêtement du pin's rouge de la journée mondiale contre le SIDA, que j'ai omis d'enlever depuis le mois de décembre, trouvant que le rouge et le noir se mariaient plutôt bien.

- Les jeunes de nos jours, ils n'y pensent plus! Croient qu'ils ne risquent rien!"

Tout juste si je n'avais pas le clin d'oeil lourdingue en prime... J'ai bafouillé je ne sais quoi pour me dépêtrer de cette situation gênante, et ai disparu dans le rayon crèmerie. Là, cachée derrière un monceau de pots de yaourts montés en pyramide, je l'ai observé. Il n'était pas si laid que ça, après tout, et son corps confortable  et pesant devait donner des sensations qu'une soumise comme moi ne dédaignerait pas. Je l'imaginais, fouettant mon corps avec des bardes et des crépinettes ordonnancées en lianes cinglantes. Je me pâmais en pensant à une onction de saindoux administrée de main de maître. Je me convulsais en imaginant ce qu'il pourrait me faire avec ses boudins et autres saucisses de Morteaux...

La semaine prochaine, je reviendrai, et cette fois, il sera sur ma liste, entouré en rouge. Je serai en jupe noire, je mettrai une veste courte pour qu'il goûte à mon jarret, au moins des yeux...

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28 janvier 2009

L'homme sans visage

touareg_ekIl avance d’un pas chantant en glissant sur le sable brûlant des dunes mouvantes. Sa large cape blanchie par le soleil l’enveloppe entièrement, cachant ses traits sans doute fatigués par le vent sec et cinglant du désert aride qu’il traverse depuis une semaine. Après avoir escaladé une colline mordorée par le crépuscule, il s’arrête et fouille sous sa robe, ramenant une outre gorgée du liquide de vie. Il penche sa tête en arrière, faisant couler l’eau tiède dans sa gorge desséchée et irritée par les multiples aiguilles véhiculées par les vents sablonneux. Il soupire de soulagement sous son masque de tissu et reprend sa marche harassante vers la prochaine oasis. Il sait que là-bas l’attend la douceur du sourire des enfants jouant à l’ombre des palmiers. A cette évocation, son pas se fait plus rapide, plus sûr, déjouant les pièges du terrain dont des pans entiers s’effondrent après son passage. La nuit avance vers lui ses longs bras sombres, le saisissant comme un amant depuis longtemps perdu. L’homme sans visage frissonne devant la fraîcheur enfin revenue et accueille avec bienveillance la promesse d’un repos mérité. Demain, il marchera encore, et arrivera à Tarza’t, enfin, retrouvant sa bien-aimée encore vierge de son passage. Demain, des rires et des chants retentiront jusque tard dans la nuit. Ses paupières s’alourdissent avant de fermer son regard au monde de ce jour et de le faire sombrer dans un sommeil empli de rêves de félicité…

La photo est celle d'une sculpture sur papier d'une artiste, Marion Lamy. Sophrologue à la base, elle anime des ateliers d'Art thérapie (je précise que je ne la connais pas, son oeuvre correspondait juste à mon texte).

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08 décembre 2008

Message subliminable

aaIl existe une chose que je déplore entre toutes: l'absence de décodeur de langage Homme/Femme. Cela vient du fait que, ne venant pas de la même planète, nos approches lexicales diffèrent radicalement, ce qui aboutit à de fortes incompréhensions vectrices de tensions paranoïaques...

Ainsi, lorsque la Femme dit: "J'ai fait tomber ma montre, le verre est cassé", l'Homme répond: "Va chez le bijoutier, ça doit pas coûter plus de 10 euros!", la bonne réponse étant : "ça te ferait plaisir pour Noël, que je te remplace ta vieille montre mathusalémienne?"...

Autres exemples frappants:

Femme:  "Il y a un peu de poussière sous le meuble"
Homme: "ça ne se voit pas, c'est en dessous"
Réponse attendue: "Attends, chérie, je m'en occupe tout de suite! Heu... Mais où est donc l'aspirateur?".

Femme: "Après les repas, on aurait tout intérêt à avoir une poule sous la table..."
Homme: "Bof..."
Réponse attendue: "C'est vrai, je mange comme un porc, j'en fous partout, je cours illico chercher le balai, ma douce!"

Femme: "J'ai vraiment la poitrine sensible avec ce soutien-gorge"

Homme: "Tiens! C'est vrai, ça fait un peu gant de toilette!" 

Réponse attendue: "Tiens! Prends ma carte bleue et fais-toi plaisir chez Darjeeling, mon ange!"

Femme:   "J'ai mal au dos en ce moment, c'est vraiment dur!" 

Homme: "Tu as pris de l'ibu-profane?"   

Réponse attendue: "Pas de souci, je m'occupe des courses et du ménage, ma bichette!"

Femme: "Le frigo est vide, je ne sais pas ce qu'on mangera ce soir!"

Homme: "On improvisera, on a des pâtes et une boîte de thon"

Réponse attendue: "J'appelle la baby-sitter et on se fait un petit resto rien que tous les deux, ma puce!"

Et ainsi de suite, la liste n'étant pas exhaustive... Une fois de plus, si je tiens à obtenir pour Noël un minimum d'objets me plaisant, je serai mieux servie par moi-même. J'ai d'ailleurs mis à exécution le projet "Darjeeling"... Reste la mission "montre" (c'est vrai que c'est ultra moche, un verre cassé, et puis, une montre tous les 16 ans, ce n'est pas péché de luxe...). Pour la baby sitter, à force de collectionner les numéros de portables, épinglés chez les commerçants puis glissés au-dessus d'une prise électrique de la cuisine, on finira bien un jour par  en appeler une pour de vrai...

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28 novembre 2008

Magasin festif à Nantes

Num_riser0005Depuis environ 6 mois, Nantes a son centre commercial voué aux plaisirs de la chair: Sexity. Finies, les virées honteuses et nocturnes dans le quartier de la Gare Nord! Désormais, vous pouvez laisser libre cours à vos fantasmes les plus fous en entrant la tête haute dans ce lieu aéré, clair et spacieux dédié aux jouets érotiques de toutes sortes!

L'entrée est discrète, derrière le magasin GiFi, l'accès se faisant par une contre allée  296 route de Vannes. Le point positif: parking gratuit, disponible à toute heure. Le bémol: les horaires d'ouverture, seulement de 10 à 20 h du lundi au samedi. Raté pour les soirées de couple après l'arrivée de la baby sitter, les enfants couchés... Mais pourquoi pas y aller le midi entre collègues après le Mac Do? Je rigole (pour le Mac Do)!Num_riser0008

La première fois est toujours un moment délicat, on se demande dans quelle galère on s'embarque, et puis... on se retrouve dans un lieu de consommation comme un autre, avec des étals de démonstration (je recommande particulièrement celui des jouets Fun Factory, raffinés, colorés, rigolos et de facture allemande: rien ne vaut le toucher dans ce genre d'achat...). Un petit tour au rayon librairie, assez bien fourni d'ailleurs, histoire de feuilleter "Osez...  l'échangisme" ou "la sexualité des paresseuses". Tout un programme...

Les vendeurs sont très sympas, à l'écoute de vos désirs particuliers (mais on ne peut pas les emmener, c'est un inconvénient majeur...) et surtout, très professionnels, ne vous jugeant en aucune façon: juste de beaux technico-commerciaux décontractés! On sent quand même la note de séduction pour attirer le public féminin, et ça marche! Lors de mon passage avec une amie, les clients présents étaient des clientes. A 100%. Certes, ce n'était pas la foule, mais les vendeurs reconnaissent que le magasin fonctionne plutôt bien. Et si vous êtes sage, vous aurez droit à une carte de fidélité, comme à Num_riser0007Leclerc: pas beau, ça? Entre nous, allez-y avec quelqu'un qui vous refile ses points, c'est tout bon!

Donc, pour vous, les Nantais, et surtout nous, les Nantaises: un lieu in-con-tour-na-ble pour conserver une âme d'enfant dans nos corps adultes!

Num_riser0009

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