24 novembre 2009
Le jardinier des couleurs
Je l'ai croisé presque par hasard, un matin. Je déambulais dans les rues encore désertes de ma ville, à l'affût des chocs sensoriels que ne manque pas de provoquer l'éveil de la pieuvre citadine. Ici, le bruit des camions de livraison, derrière le restaurant. Là, l'odeur de l'eau giclant sur les pavés, guidée par le balai des nettoyeurs vers les égouts plus lointains. La timide apparition d'un rayon de soleil entre les rideaux à peine entrouverts du jour naissant. Et une subite envie de fuir tout ça, d'aller en dehors des sentiers battus pour goûter d'autres saveurs.
J'ai pris à droite la ruelle montante, puis j'ai longuement descendu l'escalier aux mille marches m'amenant au bord de la rivière. L'onde mutine crépitait de joyeuses cascades, venant caresser mes pieds sur le sable gris de sa rive. J'ai marché un moment, perdue dans des rêveries vagabondes, jusqu'à ce que je l'aperçoive dans une clairière. Il me tournait le dos, et tenait quelque chose entre ses mains. Je ne pouvais qu'essayer de deviner à quoi correspondaient ses mouvements répétés, levant l'objet et l'abattant sur le sol dans un bruit mat et sourd.
Curieuse, je me suis approchée lentement, prenant garde de ne pas me montrer , par peur de déranger ce cogneur inconnu, ignorante de ses réactions. Je me suis retrouvée assez loin de lui, mais le voyant enfin de face, cachée parmi les fourrés de ce sous bois magnifique. J'ai découvert avec surprise son visage. Il était vieux, aussi vieux que la Terre elle-même, de longs cheveux blancs ruisselant sur son front traversé de rides profondes. Il portait une tunique argentée recouvrant un pantalon marron d'étoffe grossière et était pieds nus. L'objet dans ses mains était une pioche au manche tortueux comme usé par les ans. Il a continué son va-et-vient de la terre au ciel un bon moment, avant de poser son outil à terre pour essuyer son visage, et se saisir d'un rateau à l'aspect centenaire.
Il a ratissé la terre à ses pieds, la caressant presque amoureusement du plat du métal après avoir creusé les sillons parallèles. Il a ensuite jeté un regard furtif vers le ciel, et a prestement enfoui la main dans sa poche, en retirant quelque chose que je ne pouvais voir. Il a secoué ses doigts au-dessus des sillons, et d'un air satisfait, a ramassé ses outils et s'est éloigné en sifflotant un air inconnu. Je me suis approchée encore, voulant voir ce qu'il avait laissé au ventre de la Terre, mais à ce moment, le soleil déjà levé depuis un moment a été obscurci par de gros nuages noirs, laissant présager une ondée peu amicale pour mes épaules non protégées. J'ai donc commencé à rebrousser chemin alors que les premières gouttes glacées commençaient à s'abattre sur moi. Les flèches du ciel se sont bientôt mises à me transpercer, me trempant jusqu'aux os sans rémission. Mon pas s'est fait plus rapide, mais a été stoppé brutalement par l'apparition d'un rayon de soleil déchirant les nuages. Je me suis instinctivement retournée, et j'ai vu s'élever du sol le plus bel arc-en-ciel que j'avais jamais vu. Oui, il s'élevait, lentement, majestueusement, étirant ses couleurs en un dégradé infini avant de s'incliner en arc vainqueur vers les courbes de l'horizon.
Et j'ai compris que le vieillard solitaire avait semé des graines de couleurs en voyant le pied de l'arche s'iriser de mille feux et projeter vers le ciel ses bras multicolores. J'avais rencontré sans le savoir le Jardinier des Couleurs.
03 novembre 2009
Un genre particulier
Récemment, j'ai vécu un instant un peu surréaliste en consultation, avec une jeune patiente de 19 ans qui consultait pour la première fois au cabinet où je remplace. Comme d'habitude, j'ai commencé la consultation par la fiche administrative (nom, prénom, date de naissance, adresse...), puis j'ai enchainé sur les antécédents médicaux et chirurgicaux. Un peu d'asthme, une vague allergie aux graminées, l'extraction des dents de sagesse, bref, du tout venant. Quand j'ai demandé si elle avait eu d'autres interventions, ses yeux se sont rapidement baissés, le temps d'une fraction de seconde, avec un soupir presque imperceptible et un léger mouvement d'épaules vers l'arrière. Il ne m'en faut pas plus pour flairer la confidence inavouable, celle qu'on terre en dessous de la ceinture... Je ne m'attendais pas néanmoins à la révélation qu'elle m'a faite ensuite, un peu plus tard, alors que nous abordions la notion de prise médicamenteuse au long cours et de contraception.
" Je suis sous Climène, me confie-t-elle.
- Climène? C'est pour le moins inhabituel à votre âge... (NB: il s'agit d'un traitement hormonal substitutif prescrit aux femmes ménopausées).
- C'est que en fait, je suis née avec un caryotype XY.
- Ah!...............ai-je bafouillé avec le menton se décrochant de surprise. Et donc, les autres interventions chirurgicales...?
- Oui. Je suis née fille extérieurement, mais on m'a opérée pour une hernie ovarienne à 6 mois, qui s'est avérée être en fait des testicules intra abdominaux. On m'en a ôté un, l'autre est resté pour que je puisse grandir normalement, et on m'a de nouveau opérée plus tard pour l'enlever aussi, pour éviter qu'il se cancérise. Après, j'ai pris des traitements hormonaux."
Voilà, j'avais devant moi une charmante jeune fille, avec un caryotype masculin et un phénotype parfaitement féminin. Elle a d'ailleurs un petit copain, qui l'accepte comme elle est. Parfois, on se sent silencieux en face de cas aussi particuliers. Je n'en menais pas large, c'était la première fois que j'étais confrontée à une telle ambiguité sexuelle qui n'en était finalement une qu'au plan biologique. Je me suis tout de même demandée comment elle vivait cela dans son moi intime, mais l'objet de la consultation était ailleurs, je n'ai pas voulu m'apesantir pour satisfaire une curiosité personnelle déplacée...
Illustration: Androgyne from the Nurenburg Chronicle 1493 (Makhlyes, tribu lybienne réputée pour son hermaphrodisme, les individus ayant un côté masculin et l'autre féminin).
26 mai 2009
Pattes en sursis
L'enfant crie et court dans le jardin, ses pieds fauchant l'herbe un peu longue encore parsemée de rosée matinale. Le soleil commence à percer entre les écharpes de brume, la journée s'annonce belle. Il prend sa tondeuse en plastique et se met en devoir de rectifier la présentation de la pelouse laissée en friche par ses parents. Il imite le bruit de l'engin, gonfle ses joues pour vrombir et tonner. Soudain, il s'arrête net. A ses pieds, une araignée. Enorme, noire, velue, immobile. Il coupe son souffle et s'approche lentement, avec circonspection, la crainte à peine voilée dans le regard. Puis il recule et se précipite dans le garage pour prendre un pot de verre. Avec précaution, il en coiffe l'animal et le fait basculer à l'intérieur. C'est une magnifique bête à huit pattes, qui s'agite maintenant vainement dans l'habitacle aux parois trop lisses. L'enfant remet le couvercle et secoue un peu. Pour voir.
L'araignée à sept pattes continue son manège désespéré, à peine handicapée par l'amputation soudaine. Son membre séparé est agité de soubresauts spastiques et désordonnés. L'enfant secoue plus fort. L'araignée à cinq pattes est comme folle, boitille maintenant nettement dans son cercueil de verre, heurtant dans sa course sans but ses pattes éparses.
L'enfant entrouvre le couvercle et saisit l'arachnide par une patte... qui cède à son tour. Le jeu cruel le ravit. Une lueur insensée s'allume au fond de ses yeux, et ses doigts frénétiques achèvent l'oeuvre destructrice, ôtant sans précaution les derniers vestiges articulés de l'araignée, la rendant définitivement inoffensive au creux de sa main. Inoffensive... et inintéressante. Il la jette négligemment dans l'herbe et reprend sa tondeuse et ses cris, continuant à faucher pour jouer l'herbe toujours aussi haute, écrasant au passage le corps mou sans défense de son jouet précédent.
Photo: Aiguebrun Photoblog
27 avril 2009
Sentinelle
Toujours debout, toujours veillant, elle attend. Elle attend que l'improbable surgisse au détour d'un visage, au creux d'un regard, au plus profond d'un rire. Elle bouge parfois imperceptiblement, changeant de position sur ses appuis campés fermement dans le sol dur et froid. Elle est dans l'expectative depuis si longtemps qu'elle a peu à peu oublié la raison de ce guet interminable. Elle s'interroge sur sa capacité à reconnaître l'ami de l'ennemi quand il se présentera. Aura-t-il le rictus de la haine ou le sourire chaleureux de l'être aimé? Saura-t-il la regarder autrement que comme l'élément du paysage qu'elle est maintenant devenue?
Une larme glacée surgit du coin de son oeil grand ouvert. Une crampe remonte lentement le long de sa jambe tendue et vient envahir son ventre, puis sa poitrine, avant de se répartir dans ses épaules affaissées. Elle tente maladroitement de s'étirer, et l'effort surhumain lui arrache un cri d'impuissance. Elle considère son corps abandonné par la vie. Elle imagine alors une coulée de lave venant lécher timidement ses muscles tétanisés, venant quérir l'autorisation d'aller plus loin. Du plus profond de son inconscient, elle exhorte alors la substance brûlante à grignoter avec méthode son corps paralysé par l'absence d'espérance.
Là! Elle la sent qui revient, qui la décrispe, la réchauffe enfin. Elle arrive à remuer un orteil, puis deux, puis la jambe entière. L'autre jambe aussi se met à bouger, et les deux ensemble entament le ballet d'une marche depuis longtemps délaissée. Tout son organisme se remet à fonctionner, ses pensées s'éclairent et ses yeux s'ouvrent sur le monde, écartant d'un coup le voile des illusions.
Elle ouvre la porte de la maison, et fait trois pas dehors. Le soleil brille. Il fait bon. Elle déride alors son visage et sourit à la vie revenue...
Photo: Alain Mila
17 avril 2009
Relativité de la pudeur
Certaines choses sont d'une extraordinaire relativité. Aujourd'hui, j'aborderai la pudeur par un bel exemple visuel constaté pas plus tard qu'hier.
Nantes est une ville en constant remaniement, excavations et travaux divers, avec pour corollaire une abondance de chantiers impressionnante et une circulation automobile parfois délicate, notamment aux heures d'affluence, mais pas toujours. Sur le trajet pour me rendre au cabinet où je remplace ces jours-ci, il y a donc une déviation, et des feux tricolores provisoires, arrêtant les voitures juste au niveau de cabanes de chantier, serrées et alignées en rang d'oignons au bord de la route. De l'autre côté, les immeubles en construction.
Mornement stoppée en première position auprès du feu, mon regard a divagué par automatisme vers la gauche, histoire de patienter un peu. Et qu'ai-je vu alors? Un homme, brave travailleur en habit fluo, en train de se soulager la vessie, installé bien en face des voitures, ne cachant rien de son intimité, et poussant le vice jusqu'à observer tranquillement les conducteurs en se secouant le machin... Sauf que lui, il s'était positionné derrière les cabanes de chantier, entre elles et le grillage les séparant de la route. Il se protégeait donc du regard inquisiteur de ses collègues, avec qui il reprendrait le travail plus tard. Ce faisant, il s'exposait à la curiosité des automobilistes, dont il devait se soucier comme d'une guigne, puisqu'il ne les reverrait sans doute jamais...
Tout est donc relatif. Mais j'ai bien rigolé dans mon habitacle embué!
15 avril 2009
Semaine coquine... le Livre!
Enfin!... Depuis des semaines, il était attendu, que dis-je: désiré! Il est enfin dans les bacs de Thebookedition, prêt à vous enivrer, séduire vos sens, ravir vos pupilles et exciter toutes vos audaces!
Fruit du labeur de plusieurs co-auteurs enthousiastes, il a vu le jour suite à un coup de tête de Pakita sur un de mes billets, "La tenancière". Puis sont venus se greffer tranquillement Madame de K, la Fée Kabossée, Mémorandhomme, Valombreuse, Coumarine, Catherine et Berthoise.
Je tiens à applaudir le remarquable travail de Madame de K, qui s'est démenée en long, en large et en travers pour nous stimuler, nous driver, nous coacher, revenant sans cesse vers nous dans les pires moments, nous apportant dans nos sombres gouffres du doute la lumière de l'espoir et... Quoi? J'en fais trop? Oups alors!
30 mars 2009
Le gouffre
Impression de vitesse…
Je me tiens immobile au milieu d’un fatras inextricable de corps qui se déchaînent, se démènent, gesticulent, se heurtent, se frôlent, se caressent parfois, se télescopent, s’ignorent, se frappent, se défient. Je sens le souffle de leurs mouvements désordonnées sur ma peau découverte. Ils me touchent parfois, mais comme au travers d’un épais tissu atténuant les contacts pourtant violents.
Mon regard flotte vers quelque chose qui ressemble à l’avant, nonchalamment, effleurant ces gesticulations avec tranquillité. Je suis soudain d’une légèreté insoutenable, mes pieds quittent le sol mouvant et je les survole, toujours sans bouger.
Les flots de chairs humaines grouillent sous moi, les masses se mêlent, s’emmêlent, se fondent en blocs mi-fluides, mi-solides, un état intermédiaire de la matière. Je me sens remarquablement bien, calme, souveraine régnant sur ces rivières carnées. Je suis des yeux le flux incessant des évènements, jusqu’à l’embouchure les déversant dans une mer immense, creuse et vide de sens. Un puits sans fond, un trou béant absorbant tout ce qui veut bien s’y précipiter. Je m’approche, et curieusement, ne ressens aucune attraction de ce gouffre effrayant. Je constate avec un froid et clinique détachement la fin de toute chose disparaissant sans rémission dans le ventre de la Terre.
Les flots se tarissent enfin, avançant péniblement les derniers reliefs de vie pour les présenter au néant. Je suis toujours là, mais je n’ai plus rien à aimer, à maudire, à caresser, à dire. Je me retrouve seule en moi-même, et m’aperçois alors de ma noirceur, de ma profondeur sans fond et réalise que c’est de moi que venait l’étrange attraction qui a tout détruit. Je ressens alors une émotion, un frémissement, une nausée, et je vomis longuement le contenu de ma béance intérieure, je me purge entièrement, pour me retrouver enfin intacte, allégée de tous soucis, de toute réflexion, terreau vierge et prêt à imprimer les évènements de la journée qui commence…
28 mars 2009
Petit portrait en passant...
La Dame de Keravel a eu l'immense bonté d'accepter en son manoir une petite histoire:
http://fastportrait.canalblog.com/archives/2009/03/27/13102397.html
Me voilà devenir indécrottable féministe...
Est-ce grave, docteurs es-lettres qui venez me lire de temps en temps?
08 mars 2009
Huit mars
Je ne pouvais quand même pas rater ça... L'unique journée que le monde entier consacre à sa moitié la plus importante numériquement! Et ce sera ma dernière contribution à cette semaine coquine initiée par Pakita.
Les
hommes, j’en ai soupé. Pourtant, ce n’est pas faute d’avoir essayé, et même
plusieurs fois. Je suis une rescapée du conjugo… J’ignore pourquoi, mais
chacune de mes histoires d’amour s’est terminée lamentablement.
Tenez, Laurent, Monsieur numéro 1. Un look de surfeur, l’intellect assorti à la couleur de ses chaussettes et une désastreuse habitude de se tester auprès de la gent féminine. Il faut dire que je l’avais un peu cherché… Je l’ai surpris au lit avec deux admiratrices de biceps, le genre avec ongles rose bonbon, fausse poitrine offensante et cerveau en jachère.
Stéphane, Monsieur numéro 2. Echaudée par le désastre précédent, je choisis la sécurité cette fois-ci. Un prof, avec la stabilité sous jacente. Comment aurais-je pu deviner que son péché mignon était de se déguiser en bonne femme dès que j’avais le dos tourné ? Ma libido a traversé le plancher dès que je l’ai découvert en train de s’admirer dans la salle de bain, revêtu de ma propre panoplie sexaffolante ?
Michel, le numéro trois. Cette fois, j’avais laissé parler mes émotions, sûre qu’un coup de foudre ne pouvait qu’apporter un meilleur résultat. Il m’a embarquée dans de savantes discussions sur la vie intimes des Papous de Nouvelle Guinée, me citait du Baudelaire et écrivait comme un Dieu. J’ai encore certains de ses poèmes enflammés, écrits à la plume d’oie à l’encre de Chine. Le souci, c’est que quand il parlait, il semblait s’adresser à un muet auditoire présent au-delà de mon épaule droite. J’en ai un jour eu assez de servir à ses répétitions générales…
Marcel, le numéro quatre. Cinquante ans, encore fringant, très tendre, prévenant. Un rêve éveillé. Emporté à cinquante trois ans par un cancer du poumon.
Et je ne cite que les principaux, ceux à qui j’ai passé la bague au doigt. Il y a aussi eu ceux que j’appelle les décimaux, les intermédiaires du chiffre. Ceux qu’on ne peut pas vraiment compter. A la rigueur, si on additionne leurs performances, on peut approcher d’un entier.
Et puis je l’ai rencontrée, elle. Sonia. Elle était fleuriste en bas de la rue, ce qui s’était avéré très pratique lors des obsèques de Marcel : je n’avais pas eu à aller très loin pour commander la couronne.
Quand j’étais entrée dans le magasin, un peu en larmes, elle s’était approchée de moi, avait posé sa main sur mon épaule et avait pressé ses doigts lentement là, dans cet espace au-dessus de ma clavicule. Un frisson m’avait parcouru de haut en bas, et j’avais activé le sèche-larme pour mieux voir l’auteur de cette intrusion. Nos regards s’accrochèrent et ne se quittèrent qu’à de rares instants alors qu’elle s’affairait autour de ma couronne. J’écoutais distraitement ses questions, y répondais par automatisme, entièrement noyée dans le bleu délavé de son iris malicieux. Lorsque je sortis du magasin, j’étais désorientée, lestée d’une couronne dont l’utilité ne me semblait plus évidente. Il me fallut quelques jours pour analyser mes sentiments et oser y retourner. Elle m’accueillit avec un sourire tout simple, et comme l’heure du repas se profilait, elle m’invita à partager sa gamelle dans l’arrière boutique, tout simplement. La magie de regards recommença, et je me mis à ressentir un foisonnement d’émotions contradictoires, allant de l’amollissement du bas-ventre au sursaut de réprobation dicté par mon immersion dans une société peu permissive depuis ma prime jeunesse. Sonia résolut pour moi ce dilemme en venant doucement prendre ma main dans la sienne, et en commençant un doux massage de la paume, s’étendant ensuite aux doigts et remontant sur le poignet puis l’avant-bras, puis… Je sentis l’irrésistible et subtile attraction qu’elle exerçait sur moi, et succombai enfin, me rendant à la bouche qu’elle me tendait comme un fruit prometteur. Le contact de nos lèvres m’électrisa, je lâchai un soupir d’extase avant de venir me noyer à nouveau dans ses baisers sucrés.
La
pause ne fut pas très alimentaire, ce jour-là… Nous nous revîmes régulièrement
par la suite, et cela fait maintenant 10 ans que nous vivons ensemble dans le
bonheur le plus total, Sonia et moi. Je n’avais jamais remarqué un fait
amusant : c’est aujourd’hui l’anniversaire de notre rencontre. Le huit
mars. La journée mondiale de la femme. Des femmes…
05 mars 2009
Initiation
Semaine coquine, suite. Attention, avis de fortes températures et réchauffement clitorique en vue...
Cette soirée allait être spéciale. J’allais inaugurer ma nouvelle vie intime, et j’en avais une folle appréhension. Avez-vous déjà rêvé de changement ? Radical ? C’était notre choix, à mon mari et moi, à condition de franchir la première étape, le baptême du feu en quelque sorte. Comment en étions-nous arrivés là ? Rien que de très banal : essoufflement d’une longue histoire, la routine insidieuse ternissant les élans corporels, les enfants et leur cortège de fatigue accumulée, le boulot, la vie quotidienne dans ses grandes largeurs. Nous avons voulu nous donner une seconde chance et l’envol du second souffle était pour ce soir.
Mon cœur battait la chamade tandis que je marchais dans les rues désertes. Le froid glacial s’insinuait sous mon long manteau noir, remontait le long des mes jambes juste habillées de mes grandes bottes à talon, pour venir cingler la naissance de mes cuisses, avant de grimper le long de mes flancs dénudés et échouer à la pointe de mes seins tétanisés par des frissons incoercibles. Je commençais à me demander pourquoi nous n’avions pas attendu les beaux jours pour commencer l’initiation.
Heureusement, le lieu de rendez-vous n’était pas trop éloigné, le maître y avait veillé. Arrivée sous la porte cochère, je m’immobilisai un moment, me concentrant avant de sonner. Je transpirais malgré la température extérieure négative, mes mains moites se serraient et se desserraient alternativement. Je sonnai enfin. La voix masculine de l’interphone était profonde, m’enveloppant toute entière de son timbre chaud. Je rentrai dans le hall et montai lentement l’escalier, avant de sonner à la porte au 3ème étage. On m’ouvrit, et je plongeai dans un couloir sombre vers l’inconnu. On me saisit le bras droit, et je stoppai net ma progression. On me mit un bandeau autour de la tête, et je dus me fier à mes autres sens pour appréhender la situation. Je commençais à ressentir une pesanteur dans mes parties intimes, qui n’était pas désagréable. On me dirigea ensuite vers une pièce brillamment éclairée, et la voix de l’interphone me salua de nouveau, occasionnant une surcharge soudaine d’humidité entre mes jambes. Je ne devais pas connaître mon initiateur, c’était dans le contrat. Il avait été sélectionné avec soin par mon mari, ce qui me portait à une confiance totale.
J’eus du mal par la suite à me rappeler tous les détails, tant l’explosion de mes sens avait été comble. Les froissements de tissus, les cliquetis des chaînes m’enserrant de toute part, les frôlements de mains multiples et inconnues sur toutes les parties offertes de mon corps, l’intromission d’objets divers dans les endroits furieusement protégés d’habitude, les chuchotements à mon oreille, les ordres plus affirmés proférés à voix haute, cette voix qui était la ligne continue me guidant vers des orgasmes successifs, amples et brusques, me prenant par surprise.
Je fus reconduite chez moi en voiture, les yeux toujours bandés. J’étais dans un état proche de la transe, je ne m’appartenais plus et ce fut avec sauvagerie que nous fîmes l’amour, mon mari et moi, achevant ainsi dans un feu d’artifice époustouflant la répétition générale de ce que serait notre vie sexuelle désormais…




