10 décembre 2009
Vie de famille froissée
Nous l'appellerons Marie. Elle a 39 ans, et vient me voir un soir pour un état de fatigue intense, accompagnée de son fils de 3 ans, que je connais un peu et qui est suivi depuis sa naissance pour une malformation congénitale déjà opérée plusieurs fois. A peine 2 minutes après s'être assise, elle se met à pleurer en disant que rien ne va plus, que son petit bonhomme va être obligé de se faire réopérer, que c'est bien des soucis et qu'elle craque.
Marie est veuve d'un premier mari, décédé accidentellement alors que son premier fils avait 5 ans; elle a vécu seule avec lui pendant quelques années à Paris, avant de rencontrer son compagnon actuel, qu'elle a suivi dans la région nantaise il y a 4 ans, abandonnant un métier intéressant intellectuellement et socialement pour se mettre au foyer à pouponner le petit second déjà en route. Tout allait bien, jusqu'à la naissance de l'enfant, porteur d'une grave malformation engageant le pronostic vital à court terme. Plusieurs interventions ont eu lieu, les parents se sont relayés auprès de lui, le stress a commencé à vivre au quotidien avec eux. Et Monsieur s'est montré sous son vrai jour...
Charmant avec elle jusqu'à présent, il l'a cantonnée dans le rôle si gratifiant de génitrice, femme de ménage, cuisinière, confidente, tout en assumant malgré tout son rôle de père (c'est déjà ça, oserais-je dire...). Et de charmant, il est devenu charmeur, ce qu'elle a appris en consultant la messagerie de son portable et en découvrant l'existence d'une autre femme... Il ne l'a d'ailleurs pas nié, disant que ce n'était pas sérieux, etc... La sauce habituelle. J'évoque pour plus tard la nécessité de faire des dépistages sérologiques (s'il ment une fois, va savoir s'il se protège?...)
Voilà ce que me déballe donc Marie en pleurs, m'avouant être au fond du gouffre, idées noires à l'appui. Elle a retrouvé récemment du travail, mais à 90 km de la maison, dans des conditions dignes du XIXème siècle en matière de droit du travail, et sans intérêt par rapport à ce qu'elle faisait avant à Paris. Elle pense tout abandonner, ce que je lui déconseille vu l'état psychique dans lequel elle se trouve. Je la mets sous antidépresseurs et somnifères, la bardant aussi de conseils au cas où ça n'irait vraiment pas. Je lui donne un rendez-vous 10 jours plus tard.
Le jour J, elle arrive, pimpante, souriante, rien à voir avec la consultation précédente. Tout va mieux, elle se sent anesthésiée par le médicament, qui lui permet de vivre son quotidien sans heurt. Je la préviens que cet effet sera passager, c'est un cap à passer, parfois un peu risqué. Elle est au courant, vu qu'elle a déjà pris cet antidépresseur lors du décès de son mari. Cette seconde consultation a permis de mieux cerner le compagnon égoïste, égocentrique, dont l'histoire personnelle difficile est en partie responsable de son hédonisme actuel, et aussi malheureusement de sa non remise en question. Elle se sent devant un mur d'incompréhension, tout se devant de tourner autour de lui, gommant les autres personnes de la famille. Il lui a même dit qu'il lui pourrirait la vie si elle voulait le quitter, qu'il ferait tout pour garder l'enfant. Ils ont acheté une maison ensemble, mais c'est elle qui s'est porté caution, donc en cas de séparation, elle devrait supporter tout le poids du remboursement du prêt... Elle se sent coincée.
Je lui ai donné du travail à faire à la maison: d'ici à ce qu'on se revoit, elle doit se trouver une activité agréable à faire au moins 1 fois dans la semaine, rien que pour elle, égoïstement. Une chose qu'elle imposera à son compagnon, et qui, même si elle est ignorée, lui fera plaisir à elle. Le fera-t-elle? J'espère la revoir avec le sourire, cette femme sous emprise, je lui ai dit. Et je lui ai aussi glissé le nom de l'ACALPA, association contre l'aliénation parentale, parce que j'ai bien l'impression que si séparation il doit y avoir un jour, ce sera fight club...
Photo: Man Ray
27 novembre 2009
Bis repetita?
Vraiment, je ne savais pas comment intituler ce billet/tag proposé par Pakita, risquant le radotage sur le titre: "Quand je serai grande... Racontez 10 anecdotes de votre enfance"... Ce n'est pas si simple... Attention, machine à remonter le temps enclenchée, pour le meilleur et surtout le pire.
1) Quand j'étais petite...
Déjà, ça ne colle pas, vu que j'ai toujours été grande pour mon âge, une espèce de grande asperge tout en os qui mesurait 1m60 à 12 ans. Je m'arrêterai néanmoins là concernant les mensurations.
2) Quand j'étais petite...
Je n'ai été "petite" que jusqu'à 8 ans. C'était comme on dit communément "le bon temps", celui de l'insouciance, quand on montre sa culotte aux copains de CP pendant les récrés. Promettez-moi que ça restera entre nous!
3) Quand j'étais petite...
J'allais cueillir des champignons dans la forêt, des trompettes de la mort, des barbes de chèvre et des faux mousserons, que l'on enfilait sur des fils façon collier avant de les laisser sécher en vue de parfumer d'ultérieurs délicieux ragoûts.
4) Quand j'étais petite
J'ai appris à nager dans une piscine municipale de plein air juste chauffée par le soleil (donc, sévèrement glacée), et à la dure, avec un maître nageur qui aboyait des ordres en tendant sa perche que je n'arrivais jamais à attraper... Je n'aime plus nager.
5) Quand j'étais petite...
J'ai failli mourir. J'ai reçu un bloc de bois de 60 kg sur la caboche, jça m'a cassé un peu la tête, et j'y ai laissé quelques morceaux au passage. J'ai sombré dans un sommeil sans rêve pendant 48 h. Dommage, j'ai loupé le voyage en hélicoptère... J'avais 8 ans.
6) Quand j'étais petite...
J'ai passé beaucoup de temps avec les médecins, les rééducateurs, les orthoptistes, les orthophonistes, les neurologues. Le scanner n'existait pas, et à l'époque, on donnait aussi des traitements préventifs de l'épilepsie. J'ai bouffé des barbituriques pendant 5 ans. On disait de moi que j'étais une fille sage comme une image. Tu parles...
7) Quand j'étais petite...
Je n'avais pas le droit de faire du sport. Mes parents avaient peur que je fasse des crises. Je n'en ai jamais fait une seule... Je haïssais viscéralement la neuro-psychiatre qui me volait ma normalité et mon enfance en me balançant le Gardénal à chaque visite après m'avoir sali les cheveux avec son infâme produit sableux de contact pour les électro-encéphalogrammes.
8) Quand j'étais petite...
Après l'arrêt des médicaments à 13 ans, j'ai enfin pu être une adolescente épouvantable et en faire baver à mes parents. Juste retour des choses.
9) Quand j'étais petite...
Je me faisais traiter de "sorcière blanche" , de "charogne" et de "cigogne" (j'ai un long cou). J'ai souffert du regard des autres, puisque j'étais mise d'office "à part", "à ne pas brusquer", "à ne pas bousculer". Les quolibets ont donc remplacé les coups de poing, mais les bleus de l'âme sont foutrement plus longs à guérir que ceux du corps.
10) Quand j'étais petite...
J'avais envie de grandir, éperdument. De fuir tout ça. De repartir à zéro avec d'autres gens. Le lycée a commencé à m'ouvrir les yeux sur le monde, et j'ai commencé à relativiser mon histoire, à pardonner à mes parents et aux divers intervenants quand j'ai acquis certaines connaissances au cours de mes études. Mais là, je n'étais plus si petite que ça, et c'est une autre chanson!
Voilà en quelque mots comment on peut se sentir durablement abîmée par la sollicitude excessive des autres. Heureusement, j'ai eu l'écriture, assez jeune, vers 10 ans. Un sacré soutien, un confident toujours disponible quand les humains se font rares.
Hola, compagnons, séchez vos larmes, battez tambours, et que tous les rescapés de l'enfance qui le souhaitent prennent le relai en narrant quelques boutades sur cette période faste et joyeuse!
Quand je serai grande...
Je bâtirai un monde irréel au gré de mes envies
J’y serai enveloppée de la douce lumière des fées
Et je jaillirai de l’océan comme un jet de vif-argent.
Mais quand j’y songe…
Quand j’étais grande
J’ai laissé mes illusions au placard des oublis,
Ce petit réduit encombré de toiles d’araignées
Tissées avec le fil de mes rêves d’enfant.
Alors…
Quand je serai grande
Je me bâtirai dans un petit coin un astre de vie
Un îlot de sérénité dont seule j’aurai la clé
Et que je te donnerai quand tu seras grand.
Photo: Med'celine
26 mai 2009
Pattes en sursis
L'enfant crie et court dans le jardin, ses pieds fauchant l'herbe un peu longue encore parsemée de rosée matinale. Le soleil commence à percer entre les écharpes de brume, la journée s'annonce belle. Il prend sa tondeuse en plastique et se met en devoir de rectifier la présentation de la pelouse laissée en friche par ses parents. Il imite le bruit de l'engin, gonfle ses joues pour vrombir et tonner. Soudain, il s'arrête net. A ses pieds, une araignée. Enorme, noire, velue, immobile. Il coupe son souffle et s'approche lentement, avec circonspection, la crainte à peine voilée dans le regard. Puis il recule et se précipite dans le garage pour prendre un pot de verre. Avec précaution, il en coiffe l'animal et le fait basculer à l'intérieur. C'est une magnifique bête à huit pattes, qui s'agite maintenant vainement dans l'habitacle aux parois trop lisses. L'enfant remet le couvercle et secoue un peu. Pour voir.
L'araignée à sept pattes continue son manège désespéré, à peine handicapée par l'amputation soudaine. Son membre séparé est agité de soubresauts spastiques et désordonnés. L'enfant secoue plus fort. L'araignée à cinq pattes est comme folle, boitille maintenant nettement dans son cercueil de verre, heurtant dans sa course sans but ses pattes éparses.
L'enfant entrouvre le couvercle et saisit l'arachnide par une patte... qui cède à son tour. Le jeu cruel le ravit. Une lueur insensée s'allume au fond de ses yeux, et ses doigts frénétiques achèvent l'oeuvre destructrice, ôtant sans précaution les derniers vestiges articulés de l'araignée, la rendant définitivement inoffensive au creux de sa main. Inoffensive... et inintéressante. Il la jette négligemment dans l'herbe et reprend sa tondeuse et ses cris, continuant à faucher pour jouer l'herbe toujours aussi haute, écrasant au passage le corps mou sans défense de son jouet précédent.
Photo: Aiguebrun Photoblog
24 avril 2009
Anecdote lumineuse
Je me suis interrogée l'autre jour en promenant ma fille au parc. Il faisait un soleil radieux, le fond de l'air avait des allures de printemps réaliste et non pas juste sur le papier. Il y avait foule sur les pelouses et dans les allées poussiéreuses. J'ai lâché mon fauve près du toboggan et me suis assise sur un banc au bord du bac à sable, en plissant les yeux pour contrer l'intense luminosité renvoyée par les millions de petits grains. Et c'est alors que j'ai vu une belle incohérence de comportement humain. Les parents autour de moi étaient très nombreux à avoir des lunettes de soleil, si nombreux que je me faisais l'impression d'être l'andouille de service d'avoir oublié les miennes. Et mon regard s'est rapidement tourné vers les progénitures s'égosillant de plaisir en chahutant dans le sable à la propreté aléatoire. Pas un seul n'avait de lunettes...
Doit-on conclure que le soleil abîme moins les rétines toutes neuves de nos bambins, ou que les parents sont d'un égoïsme crasse? J'aurai pour ma part l'excuse d'avoir été solidaire de ma fille en émettant quelques larmes d'irritation oculaire...
03 février 2009
Descente ... au secours!
J'aime bien de temps à autre pousser un petit coup de klaxon... Aujourd'hui, ma victime sera la gendarmerie, aux ordres de SS NS, qui fait des descentes dans les écoles primaires de l'Hérault, afin de vérifier que les enseignants de CM2 font bien passer les évaluations nationales...
Voici le texte qu'on m'avait transmis initialement. J'ai vérifié l'information, je l'ai retrouvée notamment sur le site de l'Humanité:
http://www.humanite.fr/2009-01-26_Societe_evaluations-scolaires-tres-contestees
"La gendarmerie nationale est venue dans plusieurs écoles primaires de l'Hérault (à la demande de la direction de l'Education nationale ?) pour vérifier si les enseignants de CM2 faisaient bien passer les évaluations du Ministère.
Les gendarmes voulaient savoir si
des parents occupaient l'Ecole pour empêcher le déroulement de ces évaluations.
Ils ont demandé aux directeurs des écoles de leur fournir le nom des
parents, le cas échéant, ainsi que leur propre nom s'ils laissaient des
parents occuper « leur » école. Les gendarmes cherchaient également
à connaître l'identité des enseignants n'ayant pas fait passer ces
évaluations. Par ailleurs, ces mêmes gendarmes sont présents
lors des réunions d'information et de concertation lors des assemblées
générales et des réunions entre l'IEN (Inspection de l'Education Nationale) et les enseignants. Lors d'une
réunion entre une inspectrice et ses directeurs d'école, des parents souhaitant
s'exprimer, les gendarmes ont fait évacuer dans un calme relatif
l'assemblée.
Comme vous le savez peut-être ces évaluations sont
les ex-évaluations d'entrée en 6ème, que l'on fait passer aux élèves de CM2 en
janvier. Ces évaluations vont donc mesurer des compétences erronées puisque
le programme de CM2 n'est pas terminé en janvier... Les résultats de
ces évaluations seront forcément "mauvais", ce qui légitimera toutes
les réformes en cours.
Les enseignants et les parents s'exposent à des
sanctions administratives et/ou judiciaires".
Voilà qui ne va pas arranger la surpopulation carcérale, si on met tous ces réfractaires d'enseignants au placard... Ce genre de descente attisera peut-être certaines vocations sécuritaires et/ou contestataires (on peut rêver...) chez nos petits, après tout. On n'apprend jamais mieux que sur le tas, en mode "action-démonstration-réaction"...
" Maman, maman, je sais ce que je veux faire plus tard... Gendarme de prévention!
- Je te déshérite!"
Avec comme outil une matraque dans la main droite, un tazer dans la main gauche et un joli casque brillant pour cacher l'absence de substance noble intra cranienne.
Ras le bol...
24 janvier 2009
L'horreur
Ce matin, flash infos à la radio. Je découvre l'acte horrible perpétré à Termonde en Belgique par un déséquilibré de 20 ans, qui est entré dans une crèche et a poignardé 15 personnes. Le bilan est lourd: 2 bébés ont perdu la vie ainsi qu'une assistante maternelle. Les 10 autres enfants et 3 adultes sont blessés mais leurs jours ne sont apparemment pas en danger. S'étant enfui en vélo, l'homme a été arrêté dans un village voisin, et on a trouvé sur lui l'adresse d'une autre crèche...
J'avais lu déjà cette information sur le billet de FC hier soir. J'imagine le traumatisme des familes et du village de Termonde. Rien ne peut justifier l'horreur d'un tel acte. Les larmes me montent aux yeux en évoquant cette affaire. Je ne pouvais pas ne pas réagir, à chaud. On découvrira sans doute que le meurtrier est un grand fou, un schizophrène peut être. Cela relancera le débat sur la psychiatrie et ses difficultés de suivi de certains patients, sur le libre arbitre des patients en matière de santé mentale, etc...
En attendant, je dirige mes pensées vers Termonde et toute la Belgique qui souffre ce matin dans sa chair.
22 janvier 2009
Brève de con...toir
J'adore mon fils... Mais il souffre d'un dysfonctionnement neuronal technologique qui parfois nous vaut quelques perles...
Ce matin, nous avons fouillé dans les fonds de tiroir pour trouver une vieille cassette VHS de dessin animé, en vue d'occuper sa soeur. Le film avait commencé depuis un moment quand Hardi arriva, manifestant son désir de le regarder aussi. Il me demanda donc comment éjecter la cassette vidéo. Je lui dis, et m'enquis avec curiosité du but de la manoeuvre.
"Ben, c'est pour remettre le film à zéro, voyons! J'enlève la cassette, je la remets aussitôt, et hop!"
- Heu... Et tu crois pas que ça serait plus simple d'appuyer sur le bouton de rembobinage (encore appelé "marche arrière")??
- ... Je n'y avais pas pensé... Avec les DVD, c'est pas pareil!"
Eh non! Il faut savoir vivre avec son temps!
21 janvier 2009
En vers et en Lune
Je sévis dans un environnement mystérieux et occulte, celui de la médecine traditionnelle de Loire-Atlantique. On requiert souvent mes services sous le manteau, en me demandant à mots couverts si l'infection du petit, ça serait pas les vers, par hasard... Je prends alors mon air docte et intelligent (j'en ai une panoplie dans un tiroir) et rétorque que pour le rebouteux ou le magnétiseur, il y a erreur sur l'adresse.
Non, le petit n'a pas les vers, puisque c'est la faute à la Lune... Il existe une étrange collusion entre ces deux-là, qui mériterait qu'on s'y intéresse de plus près.
Les vers... Quand on me les balance à la figure, à moi, qui ai fait quelques années d'études post bac, je me sens ratatinée, lessivée, laminée. Ils sont responsables de tout: la toux, les maux de ventre, la mauvaise haleine, les épisodes ORL à répétition, de la crise aussi, tant qu'on y est, même si pour cela nous frôlerons la crise de vers! Et si la Lune s'en mêle, c'est l'apothéose! "Il y a une Lune en ce moment, vous pensez pas que ça pourrait être ça?". Il est vrai que je ne passe pas ma vie le nez collé au calendrier des marées... Je passe sans doute à côté de vérités essentielles.
Alors, quand il n'y a plus rien à tirer des patients (même les vers du nez), je cède, je leur donne cette ordonnance de vermifuge, réduite à l'état de vétérinaire familial, en sachant que le produit est dénué d'effets indésirables significatifs. Et il y en a qui se vermifugent allègrement tous les 2 à 3 mois, comme une sorte de rituel, autour de la gamelle du chien.
Les vers, en pratique courante, sont représentés essentiellement par les oxyures, ces petits machins - terreur des bacs à sable- qui vous grattent le derrière jusqu'à une heure indûe, qu'on peut éventuellement récolter sur un scotch habilement posé. Alors là, oui, j'y souscris et je balance la sauce à toute la famille, avec un rappel 15 jours plus tard pour éviter la réinfestation.
Certains patients de Loire-Atlantique sont indécrottables, ils ont les vers dans la tête ou sont dans la Lune, mais il ne s'agit pas de poésie... Paraît que c'est une spécificité locale, mais je reste ouverte à vos expériences outre ligériennes, on ne sait jamais, il existe peut-être une épidémie mentale...
15 janvier 2009
Enfants en danger...?
De retour à la maison... Enfin! Ah! Le bonheur de manger à table des repas chauds, entourée d'affection, la radio branchée sur France Inter...
Quand dans mon petit mot laconique, je mettais "test en live du service de pédiatrie", il s'agissait malheureusement d'une hospitalisation de Laurelle pendant 4 longues journées et surtout nuits... Elle va mieux, se remet doucement de ses émotions, et moi aussi!
Je voudrai surtout ici dénoncer un certain état de délabrement du service hospitalier lui-même.
Ces journées se sont inscrites sur le mode "survie", ou "comment camper sans danger à l'hôpital"...
Tout d'abord, soyons clair: je n'ai rien à reprocher au personnel, qui, même en nombre restreint, a su rester gentil et très à l'écoute des enfants, de leur douleur ou de leur stress.
Rien à dire non plus des urgences, où nous avons été pris en charge immédiatement, n'y restant en tout que 6 heures. Si, juste une bricole: lors du changement d'équipe, la nouvelle infirmière s'est présentée à nous en nous serrant la main, genre convivial. Cela m'a choquée, j'ai pensé à la propagation de tout un tas de petites bêtes manuportées... Surtout qu'elle ne s'est pas relavée les mains avant d'effectuer certaine gestes ensuite... Et cette entrée en matière n'était qu'une façade pour mieux cacher un instinct prédateur... J'ai eu le malheur de prendre ma fille dans mes bras pour la rassurer et la cajoler, et elle m'a sauté dessus en me disant vertement que le lit était pour ma fille, qu'il lui fallait bien le comprendre, et que ce n'était pas en m'asseyant dessus avec elle dans les bras qu'elle l'intègrerait... Surtout que Laurelle, elle était bien en état de comprendre et d'intégrer, elle qui frisait le choc septique. J'ai bien compris ensuite sa méthode, quand elle a effectué le sondage urinaire à la hussarde, sur une gamine terrorisée qui ne savait plus dire que "Mam, Mam" avec de grands yeux affolés. Je garderai longtemps ces cris en moi. C'est tout pour les doléances de personnel.
Ayant passé 3 nuits à côté de ma fille, j'ai eu le temps de m'apercevoir que j'étais une denrée rare dans le service. A peine 20% des enfants étaient accompagnés (je rappelle que nous étions un week-end...), ce qui m'a été confirmé par le personnel: "Si vous saviez...!". Dans la chambre en face, un bébé était accompagné de son père, malgré lui si j'ai bien compris, d'après ce que lui disaient les auxiliaires de puériculture: "Mais enfin, Monsieur, cet enfant, vous étiez bien 2 pour le faire!" ou encore "vous savez, c'est important pour l'enfant, d'avoir ses parents près de lui, au niveau psychologique!". J'ignore ce qu'il ronchonnait, mais les réponses étaient éloquentes!
Et cet accompagnement est plus que nécessaire: combien de fois ai-je appelé quelqu'un pour la petite voisine qui pleurait, ou dont le scope bipait... On m'a remerciée plusieurs fois, en s'excusant "qu'au bout du couloir, on n'entendait rien...". Je ne parle pas de la fois où j'ai rattrapé in extrémis la gamine de 32 mois qui était à califourchon sur le bord du lit cage, en pleurs, à 2 doigts de basculer... Mais bon, pour cette petite ayant 2 soeurs en bas âge et une maman faisant front toute seule, l'accompagnement était impossible.
J'ai essayé d'être vigilante sur les produits mis dans les perfusions, sur leur dosage, leur débit (pas d'erreur heureusement...). Mais une fois, lors du changement de poche de G5, la seringue électrique s'est mise sur "occlusion", nous avons dû rappeler immédiatement l'infirmière...
Que dire enfin sur les mesures de précaution pour la non dissémination des germes pathogènes, quand les chambres sont doublées ou triplées? Il y avait un manque flagrant de lits!
Les repas n'étaient pas donnés au moment qu'il fallait, par manque de personnel (ça, c'était facile à comprendre, par la durée des hurlements des bambins le matin, le midi et le soir...). Je n'ai pas eu ce problème, j'appelais quand Laurelle émergeait et semblait avoir faim.
Pour toutes ces raisons et d'autres encore (augmentation de l'activité du service de 23 % avec du personnel en moins; ouverture de 3 lits aux urgences pédiatriques sans personnel supplémentaire; enfants ayant des difficultés à boire nourris par nutripompe et non au biberon par manque de personnel; peur au ventre journalière du risque d'erreur...), le personnel soignant était en grève lundi, distribuant des tracts aux parents.
Je sais aussi que d'autres services hospitaliers sont concernés par le manque de personnel, non remplacé pour les congès ou pendant les arrêts maladies, ou alors rappelé pour combler les "trous" pendant ses jours de récupération ou de vacances...
Je ne dirai pour finir que ce message, martelé au coin du bon sens: parents, si votre enfant est hospitalisé, ne le laissez pas seul!


