27 décembre 2009
Retour sur Terre... Attention à la marche!
Certains sont mieux armés que les autres pour exprimer ce qui est inscrit profondément en soi. Je viens d'en faire l'expérience en lisant ces mots d'Emmanuel Todd... Savoir prendre du recul quand on nous propose comme seul horizon un mur d'inconscience et d'ignorance est un devoir confinant au sacré. Paroles dures pour moi qui n'ai aucune culture religieuse de quelque obédience que ce soit.
Et je m'interroge... Dans le champ de la Toile, ici, nous semons des petits cailloux, nous jetons des grands principes, nous prônons l'égalité pour tous, hommes, femmes, enfants, et, ne soyons pas chiens, animaux. Nous chevauchons nos grands étalons, le verbe haut et la crinière au vent. On nous le permet encore, puisque nous ne représentons aucune menace tangible, morcelés que nous sommes et éparpillés aux quatre coins de nos pays. Jeter un filet virtuel sur des élites bien réelles et espérer qu'elles vacilleront sur leurs socles, voilà de la grande illusion! Entendez-vous les rires pré-enregistrés au loin?
Je parle, je parle, et alors? Je ne suis pas meilleure qu'une autre, je n'ai pas l'âme d'une révolutionnaire qui, armes à la main, irait chèrement conquérir sa liberté de penser et d'agir. Je dois donc convenir d'une certaine lâcheté face aux évènements, me contentant comme beaucoup de bosser, manger, dormir et m'occuper de la petite famille, bien propre sur moi, en fait, confortablement assise au chaud alors que d'autres se les gèlent dehors. Les aveugles ne trouvent jamais la sortie seuls, il faut les prendre par la main et les guider vers la lumière. Et quand le guide est absent, ils tournent en rond dans leur bocal, comme les poissons rouges, et deviennent idiots à force de radoter les mêmes pensées au même endroit avec les mêmes compagnons.
J'en serais presque au stade d'espérer qu'un d'entre eux trouverait le chemin de Lourdes et qu'un vrai miracle se produise en lui redonnant la vue... En est-on déjà rendu si loin dans le cynisme? Les taupes sont depuis longtemps à l'oeuvre dans notre société, reste à savoir quand le sol s'effondrera vraiment sous nos pas... Je soignerai volontiers vos fractures et vos entorses, mais pour les yeux et la lucidité, il faudra compter sur vous-mêmes.
24 décembre 2009
Les boules
Me voilà à faire le planton cet après-midi dans un cabinet déserté par ses patients affairés aux fourneaux ou ailleurs, à attendre je ne sais quel appel de dernière minute. Il pleut, les lames glacées résonnent durement sur le toit plat du dernier étage où je me situe. Je plains les deux ou trois courageux qui vont les affronter tout à l'heure pour avoir le sésame leur permettant de passer un Noël moins douloureux, moins quinteux ou plus ensommeillé.
Je commence à me dire que ce soir, pour le traditionnel repas de famille, je ne mettrai sans doute pas la jupe prévue avec le décolleté assorti, me contentant probablement d'un bon pantalon et d'un pull à col roulé. Je délaisserai également les escarpins, histoire de ne pas transformer mes pieds en navette fluviale. J'essaierai de me réchauffer avec un peu d'humanité, les rires des enfants et quelques verres d'alcool vite avalés avec une vague grimace.
On parlera de choses et d'autres, ce sera futile et fugace comme un flocon de cette neige qui nous a chatouillé un peu les cheveux cette semaine. On se dira des paroles aussi légères que des bulles du Champagne que je n'aime pas. Les heures passeront, passeront, passeront... Certains iront s'autosatisfaire dans des lieux de culte pour leur pèlerinage annuel. D'autres resteront seuls avec leurs misères et leurs chagrins en attendant que ça passe.
Il y aura des boules un peu partout, des lumineuses, des brillantes, des rondes, des allongées, des pailletées, et aussi celles qui restent en travers de la gorge, des pilules si dures à avaler qu'on étouffe rien qu'à les regarder essayer de passer, des couleuvres assassines obstruant les boyaux de leurs hôtes naïfs et passifs. On s'habitue si bien quand la dilatation est progressive, quand le comblement s'installe millimètre après millimètre, insidieusement. On se dit qu'on va attendre encore un peu, ce n'est pas si grave, on respire encore, on n'a qu'à arrêter de gesticuler si vainement, ça va aller. On s'adapte à ce handicap sournois, on ralentit le flux de sa vie jusqu'au dernier souffle, celui qui dit qu'on aurait peut-être pu faire un effort pour l'éventrer, cette vipérine occupation, lui arracher les écailles, lui crever les yeux pour l'empêcher de voir où elle va. Non, c'est trop tard, le mal est là, lové au sein de notre imaginaire défaillant, nous garrotant peu à peu sans que nous en souffrions outre mesure.
Quand je faisais mes études, il était dit qu'on pouvait sauver une personne en train de s'asphyxier en lui perforant la trachée avec un stylo bille. Je ne sais pas, je n'ai jamais eu à essayer. Je pense que ça doit faire sacrément mal, quand même.
Je voudrais tant ne pas avoir à me réveiller un jour avec un Bic dans la gorge...
Pour toi, Pakita, et Matin Brun; pour toi Saadou la tendre; pour toi, Désirée la re-belle poétesse; pour vous tous, amis d'un jour, lecteurs de passage...
15 décembre 2009
Solidarité
Voilà ma contribution à cette bonne idée, Saadou, parler de ceux qui crèvent dans la rue à cause du froid...
"Ce qui serait bien, ce serait que tous nos articles se terminent par la
fameuse phrase du candidat Sarkozy lors d'un discours le 18/12/2006
pour prouver que nous ne faisons que rappeler une promesse à tenir:
"Je veux,
si je suis élu Président de la République, que d'ici à deux ans, plus
personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de
froid. Parce que le droit à l'hébergement, je vais vous le dire, c'est
une obligation humaine. Mes chers amis, comprenez-le bien : si on n'est
plus choqué quand quelqu'un n'a pas de toit lorsqu'il fait froid et
qu'il est obligé de dormir dehors, c'est tout l'équilibre de la société
où vous voulez que vos enfants vivent en paix qui s'en trouvera remis
en cause."
Parole, parole, parole...
05 octobre 2009
Quand l'école nous tient par les bourses
Je suis victime d'hallucinations visuelles et auditives, et ce, depuis qu'Aredius a attiré mon attention sur l'Académie de Créteil, et que France Inter s'en est fait l'écho ce matin dans le 7/10...
Comment interpréter cette initiative qui vise à la rétribution des élèves pour leur assiduité aux cours? Ira-t-on jusqu'à leur envoyer un chauffeur à domicile, à ces chérubins?
Certes, le projet n'octroiera pas d'espèces sonnantes et trébuchantes aux gamins de ces Bacs Pros et CAP, mais une espèce de compte leur permettant de financer un voyage ou autre projet pédagogique; néanmoins, j'ai ouïe dire qu'en Grande-Bretagne, l'argent était bien viré sur le compte des élèves...
Que devient une société où tout se paie, même la bonne volonté? Devrai-je payer mon fils quand il daigne répondre favorablement à mon injonction de mettre le couvert ou de faire ses devoirs? Ou mon mari quand, sous l'emprise d'un instant de folie, il se rend au supermarché du coin pour m'éviter cette tracasserie bi-hebdomadaire? Ou ma vieille voisine, pour l'inciter à ramasser les déjections de son canidé sur le trottoir commun?
Remarquez, cela pourrait être intéressant: c'est lundi matin, vous avez une flemme monstrueuse, votre patron vous appelle en vous suppliant à genoux de venir bosser, moyennant une petite compensation... Les voilà, les sacro-saintes Heures Sup! Mais pourquoi n'y avait-on pas songé avant?
Sommes-nous prêts à nous prostituer ainsi au plus offrant, à perdre nos âmes et le sens du bien-être commun? Que deviennent la solidarité, la spontanéité, le bonheur si on doit payer ou être payé pour ça? Peut-on tout acheter? Suis-je si naïve que j'ai loupé un épisode dans l'évolution du monde, genre "libéralisation et privatisation de la bonne volonté"?
Mince alors! Je date, moi qui en suis restée à l'école libre et gratuite pour tous, avec pour corollaire le devoir d'y aller et de m'instruire pour plus tard m'insérer dans la société avec un job qui ne me déplairait pas trop. Prend-on le problème de l'absentéisme scolaire dans le bon sens? A mon avis, il est plus simple de se voiler la face sur les multiples causes socio-environnementales de celui-ci, et de nous balancer une énième mesure supramédiatique. Il y a quelques temps déjà, on voulait amadouer les djeunes en les abonnant à la revue de leur choix... Même dans les pubs dirigées vers la jeunesse, on nous la montre émancipée, jouissant d'une liberté totale avec des forfaits SMS et de je ne sais quoi illimités. Pourquoi ils auraient envie de bosser, ces jeunes, puisqu'ils ont déjà tout sur un plateau, le portable n'étant pas le moindre des symboles de cette "liberté" (de consommation, surtout, on y revient, la boucle est bouclée)... Con-sommons donc nos jeunes! Mais sans moi.
22 septembre 2009
Comment ça, caractériel, le Grand Sachem?
Je dirais plutôt teigneux. Comment sinon qualifier ses sautes d'humeur, ses caprices, ses velléités de justice mal placées? Comment considérer ses dépenses somptuaires autant qu'inutiles, grévant pour longtemps nos budgets de plus en plus semblables à une peau de chagrin lavée à 90° avant un passage imprévu au sèche-linge?
Heureusement, l'humour sauve de tout, même du ridicule, il paraît.
Ainsi, après avoir donné plein de sous à de gros pêcheurs qui n'en manquaient pas, notre igloo regorge de poissons tout frais, sauf qu'ils n'ont pas encore l'autorisation de mise sur le marché. Et comme celle-ci risque d'être reportée à fin novembre, nous risquons de nous retrouver avec un stock légèrement dépassé par les évènements... Qu'à cela ne tienne! Il paraît que la famine, bien incrustée dans nos latitudes, va nous tenir en tenaille encore pendant de nombreuses années. Nous pourrons donc manger ces petits poissons, même après l'actuelle bataille, pour un bénéfice ultérieur. C'est ce que dit la Grande Sorcière. Sauf que... nous autres Esquimaux ne raffolons pas vraiment de poisson avarié, surtout quand nous ne connaissons pas les ingrédients conservateurs utilisés. Nous rions donc au nez de la famine, qui, si elle tue malheureusement quelques uns d'entre nous, reste moins létale que les accidents de traineau et les conséquences d'abus de vodka et de calumets de la paix.
Pour éviter de ruminer chez lui l'échec de ses décisions à l'emporte-pièce, le Grand Sachem va passer sa hargne et son courroux sur le dos d'anciens condisciples, profitant de sa toute-puissance pour écraser la vermine osant le contredire. Sa rage l'emporte ensuite dans le Grand Nord, où à coups de bulldozers, il rase les tipis de voyageurs à l'avenir incertain, sous le regard attendri et concupiscent de témoins professionnels plus nombreux que les exilés du bois.
Tiens, ça ne vous fait plus rire? Ou alors jaune, peut-être? Bizarre, ça. Un problème de foi, sans doute. N'hésitez pas à consulter votre médecin.
Pour le plaisir: le bêtisier de la presse sur la grippe, par le Dr Marc Girard
07 septembre 2009
Cas de conscience
Je suis bien embêtée en ce moment... Les médias nous esquintent les oreilles en radotant sur la grippe A, en nous balançant à longueur de journée des messages de prévention proférés sur un ton mâle catastrophiste et préoccupé, à la limite de la constipation verbale (désolée, c'est l'image qui me saute à l'esprit...). Une jeune maîtresse d'école en maternelle me confiait récemment d'un air embêté qu'il allait lui être difficile de faire respecter à la lettre les consignes gouvernementales à ses petits élèves, à savoir éternuer ou tousser en mettant son bras replié devant sa bouche: "vous savez, à cet âge, quand ça éternue, ça fait de belles chandelles! Ils vont s'en mettre partout, et nous aussi!"
Mais voyons, Madame, vous aurez à proximité immédiate votre solution hydroalcoolique toute-puissante, et le port permanent d'un masque si confortable vous épargnera la contamination. Et comme vous aurez également revêtu la casaque jetable par dessus vos vêtements, ceux-ci seront indemnes de la présence du vilain virus. Et puis le soir, une fois les enfants partis, tout le petit monde travaillant dans l'école se donnera la main pour désinfecter tous les jeux, crayons, tapis, etc... Nos petits pourront donc revenir le lendemain en toute quiétude: c'est pas beau, ça?
Et puis Tarzooro va arriver avec sa hotte pleine de bons petits vaccins tout frais, même pas encore homologués et badgés de leur AMM, même pas encore testés: pas besoin, on va faire de la pharmacovigilance en live, en "temps réel", directement en grandeur nature. Etonnant comme d'un médicament à l'autre, le temps ne marche pas à la même allure. Stupéfiant de voir qu'on a déjà prévu de nous pondre des rapports sur des essais cliniques fin octobre, soit quelques semaines après l'apparition des premières doses de vaccins sur le sol métropolitain, alors que les essais standards d'un médicament X peuvent prendre jusqu'à plusieurs années! A ce rythme-là, on va nous prédire les effets indésirables susceptibles de survenir dans les 48 premières heures après administration... Chouette! Pour ce qui est du risque éventuel de maladies auto-immunes, dont l'apparition peut être sérieusement décalée dans le temps, trop tard! Les laboratoires fabricants auront reçu l'absolution gouvernementale les exemptant de toute poursuite judiciaire. Ne pleurons pas, le fauteuil roulant sera remboursé par la Sécurité Sociale, si elle existe encore après le gouffre financier vertigineux vers lequel nos dirigeants nous guident à grands pas...
Je leur dis quoi, à mes patients inquiets? Que dois-je répondre à cet excité qui l'autre jour déboule en consultation, tout fier d'avoir 38.5°C, quelques courbatures et une bonne rhinopharyngite, et qui me sort que sa boîte a des consignes, des protocoles, l'obligeant à consulter dès les symptomes précités? Et qui après examen, retourne en tous sens sa prescription de paracétamol, l'air vaguement déçu que ce ne soit que "ça", me demandant où est le papier. "Quel papier?" m'enquiers-je, pressentant déjà la réponse du zozo. "Ben, vous savez, le certificat comme quoi j'ai la grippe A!" Ce à quoi je me suis empressée de répondre: "A A A!", le regardant partir, vraiment déçu de ne pas pouvoir figurer au Top Ten des employés de l'entreprise et se faire mousser auprès des copains en sortant le fameux: "Moi je..."...
Mais heureusement, la grande majorité des patients semble avoir la tête sur les épaules et prendre les informations avec la mesure qui s'impose, déplorant juste devoir remuer ciel et terre au travail pour s'y retrouver entre toutes les consignes hyper-sécuritaires et trop méga-prévoyantes de leur hiérarchie, qui marche sur des oeufs. Le sacro-saint principe de précaution ne serait-il pas suractivé, risquant de ce fait une destruction auto-immune qui ma foi, ne serait peut-être pas un mal pour une fois?
Lisez pour votre édification personnelle le rapport du Docteur Marc Girard, qui propose une analyse élargie sur la vaccination, sa genèse, ses coûts, ses bénéfices et ses risques, avec un franc parler confinant à l'irresponsabilité vus les temps qui courent... (Merci Plouf pour l'idée).
http://www.rolandsimion.org/IMG/pdf/Vacciner_ou_pas.pdf
07 juillet 2009
Les non-venus
Il y a une chose que je déteste entre toutes dans une journée de consultation. Ce sont les patients qui prennent un rendez-vous et ne viennent pas, sans un coup de téléphone d'excuse ou d'argumentation valable. Surtout quand il s'agit d'une personne pour laquelle on avait spécialement aménagé un créneau de 45 min en plein milieu de la matinée, prévoyant une consultation un peu longue. Je précise aussi que cette personne n'est pas joignable chez elle, et que le numéro de portable dans le dossier est erroné... Voilà qui me met dans une humeur assez désagréable, pour rester correcte.
Certes, les médecins ont souvent du retard, et je ne déroge pas à la règle, aimant papoter et prendre le temps de réfléchir sans stresser. Pourquoi avons-nous du retard, d'ailleurs? Les raisons sont assez variées.
- Le premier patient de la demi-journée arrive lui-même avec 10 minutes de retard. Rattrapable si on n'a pas de gros souci à traiter par la suite.
- Il arrive avec plus de 30 minutes de retard. On est dans les choux pour le reste de la période.
- Le patient est à l'heure, mais c'est un 1er rendez-vous, il faut remplir les antécédents, le pédigree, en résumé. C'est donc plus long.
- Le patient amène une liste de plein de petits points à aborder, genre "ça va être rapide, docteur". En général, non.
- Le patient a un gros problème de santé (ça arrive, des fois...), et il faut écrire des tas de courriers pour des consultations adjacentes spécialisées. Intéressant, mais long.
- Le patient a pris un rendez-vous, mais arrive avec ses 2 ou 3 bambins qui ont tous les mêmes symptomes a priori, c'est donc forcément du travail à la chaîne pour le bon docteur qui n'a que ça à faire. Or, si l'un a une gastro-entérite, les deux autres ont respectivement une otite et une angine, ce qui est juste un peu différent. Le seul point commun est en fait la fièvre. Doliprane pour tout le monde, c'est moi qui régale!
- Le patient arrive seul, mais avec aussi une demande pour son conjoint/ses enfants, qui sont à Trifouilli-les-Oies et ne peuvent pas consulter, mais c'est urgent, du style un papier à signer qu'ils ont depuis Mathusalem mais qu'ils ressortent de la toile d'araignée la veille de la date butoir, ou une ordonnance pour un renouvellement de somnifère ou autre pilule du bonheur. Le must, c'est le certificat sportif le samedi matin pour un match qui a lieu le lendemain... Gare au médecin consciencieux s'il s'avise de trouver un truc qui cloche...
- Le patient (en bas âge) vomit ou diarrhéise sur la table d'examen, ou par terre (c'est fou comme ça t'éclate en étoile, la gerbe, sur le PVC du sol: ça a vite fait de couvrir quelques mètres carrés de micro éclaboussures fertiles en germes affriolants, souvent positionnées d'ailleurs entre mes pieds et le lavabo, rendant l'exercice de nettoyage d'autant plus périlleux). La mère se confond en excuses, on la laisse partir avec le sourire, avant de passer le désinfectant en apnée pour ne pas en remettre une couche.
- Le patient a trouvé amusant de s'exploser la main avec un bocal de verre en faisant la vaisselle (un jour de folie, une subite envie de mettre le lave-vaisselle au repos), et il faut sortir tous le matos à couture, les fils, les aiguilles, les pinces, les compresses, la xylocaïne anesthésiante avec seringue et tout le barda. Je n'aime pas les points de suture. Après, il faut tout désinfecter et ranger, ça prend un temps fou. Je n'aime pas, mais je fais, je suis pro, quand même!
- Le patient est à l'heure, moi aussi (instant rare), il a une pathologie basique, mais le téléphone semble pris d'une soudaine frénésie d'expression orale. C'est souvent le cas en période d'épidémies hivernales, quand on n'a pas de secrétariat. "On en était où, déjà?" suis-je obligée de minauder à tout bout de champ. Détestable pour le brave malade en face de moi.
Bref, cette liste n'est pas exhaustive, et je compte d'ailleurs sur vos suggestions pour la faire grossir un peu. L'avantage d'écrire sa hargne et son courroux, c'est que ça les fait retomber à un niveau acceptable... Rhaaaa! Je me sens mieux!
16 mai 2009
Aux larmes, citoyens!
Une professeur de mathématiques victime hier d'un coup de couteau grave vers Toulouse, une artère touchée, hémorragie interne, lourde intervention chirurgicale, pronostic vital engagé. Tout ça à cause d'une heure de colle donnée à un loustic de 13 ans, même pas un cas social, il paraît, même pas un délinquant multi-récidiviste. Juste un gamin qui n'a pas supporté de ne pas pouvoir faire sauter la punition en négociant à guichet fermé avec son enseignante. Un acte de barbarie ordinaire, inexplicable par les voies habituelles traditionnellement relayées par les médias (adolescent victime d'émissions cathodiques ultra violentes, de jeux vidéos pro-homicides ou résidant dans une banlieue défavorisée et ZEPisée...)
Alors quoi? Que préconise le Ministre Darcos? Facile! On met des détecteurs de métaux à l'entrée des établissements, des caméras, des vigiles, on pratique la fouille au corps...? C'est certain que ça va résoudre tous les problèmes, ça! Que restera-t-il comme armes potentielles aux pauvres collégiens? La corde, le poison, les envoûtements... La poupée vaudou va donc effectuer un retour en force dans les semaines qui viennent. Achetez donc des actions, c'est porteur, mes petits.
Et cela devient enthousiasmant d'aller à l'école, dans cette belle ambiance de suspicion républicaine. Apprenez, les enfants, les valeurs de liberté, égalité, fraternité. Mais passez d'abord sous le portique, on ne sait jamais, des fois que vous auriez des velléités endogènes d'autodéfense abusive... Et puis, vous verrez, ça va être rigolo comme tout de tenter de détourner les règles d'ultra sécurité, vous allez pouvoir rivaliser d'inventivité, tous les coups seront permis.
Allez, bon week-end... Je file, j'ai une poupée à fabriquer.
29 mars 2009
Le don
Samedi, dans une église de la périphérie nantaise. Un enterrement, quelques heures à aller soutenir le moral de ceux qui restent ici-bas. Une messe, grandiose, du cousu main, avec maîtrise parfaite du rituel, les cierges allumés, l'encensoir, les hosties... Froid aux pieds à force de ne pas bouger. C'est long, une messe. Une heure à écouter pérorer le prêtre sur l'amour de son prochain, le passage vers un monde lumineux forcément meilleur, l'agneau de Dieu qui lave le péché du monde, la partie cannibale avec le pain-corps et le vin-sang du Christ, la thanatophilie avec l'amour de ce cadavre revenu pour sauver le monde. Tout me semblait d'une absurdité sans nom. J'entendais la morne voix des présents reprendre en choeur la fin des phrases du curé, sur un ton d'outre-tombe. Je regrettai de ne pas entendre en vrai les gospels éclatants qui résonnaient dans ma tête.
En baissant les yeux, mon regard s'est posé sur l'insigne accroché sur le col de mon manteau, le "petit poisson rouge", comme l'appelle ma fille. Et mes pensées ont dérivé vers les paroles du mortel nommé "pape", ce séide de Dieu auto proclamé. Ce tas de chromosomes qui dit que le préservatif aggrave le problème du SIDA. Et aussi à l'évêque d'Orléans, qui affirme les yeux dans les yeux qu'il est poreux et ne garantit pas une totale protection, "comme chacun sait"...
Alors le rouge de mon petit poisson m'est monté aux joues, mon coeur a battu plus vite, et une idée m'est venue. J'ai discrètement ouvert mon sac, j'en ai sorti un petit sachet carré dentelé et hermétiquement clos, et lorsque je me suis levée et dirigée vers la sortie, je l'ai subrepticement glissé dans le tronc à l'entrée de l'église. Pour que les grenouilles de bénitier ou n'importe qui venant le vider de sa semence puisse scientifiquement vérifier sa porosité réelle...
27 mars 2009
Un pot, pas d'échappement
Voici
venir à grands pas le temps béni de la chute des feuilles.
Pas
les feuilles des arbres, si jeunes, si tendres encore, à peine écloses de leurs
petits bourgeons mignons bien que charnus.
Pas
les feuilles de papier absorbant, qui continuent sereinement à pomper les
humeurs pas toujours massacrantes de nos maladresses quotidiennes.
Pas
les feuilles de mon laurier, elles sont déjà recueillies, lavées et séchées
pour le prochain bouillon.
Pas
les feuilles volantes, volages créatures venant virevolter devant mon visage,
en quête des merveilleuses rêveries que j’y pourrais verser.
Pas
les feuilles de chou, dont s’exhale un parfum de terroir lointain malgré l’intelligence
de leurs propos.
Non.
Les
feuilles dont je parle sont dures en affaire, d’une constante et navrante opiniâtreté.
Elles arrivent par la tranche, leur profil le plus dangereux, celui qui coupe
les bourses. Elles se masquent derrière un opaque emballage plastifié à l’effigie
de l’Etat, nous figeant sur place lorsque nos yeux se posent sur elles dans la
boîte à lettres. Elles portent de doux noms de code : 2035, 2042 et
consorts… Elles viennent me narguer jusque dans mon insouciance, me rappelant mes
carences organisationnelles, à savoir qu’il ne reste que quelques jours avant
le retour à la case AGA…
Pfff…


