Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

05 octobre 2009

Quand l'école nous tient par les bourses

66859_un_euroJe suis victime d'hallucinations visuelles et auditives, et ce, depuis qu'Aredius a attiré mon attention sur l'Académie de Créteil, et que France Inter s'en est fait l'écho ce matin dans le 7/10...

Comment interpréter cette initiative qui vise à la rétribution des élèves pour leur assiduité aux cours? Ira-t-on jusqu'à leur envoyer un chauffeur à domicile, à ces chérubins?

Certes, le projet n'octroiera pas d'espèces sonnantes et trébuchantes aux gamins de ces Bacs Pros et CAP, mais une espèce de compte leur permettant de financer un voyage ou autre projet pédagogique; néanmoins, j'ai ouïe dire qu'en Grande-Bretagne, l'argent était bien viré sur le compte des élèves...

Que devient une société où tout se paie, même la bonne volonté? Devrai-je payer mon fils quand il daigne répondre favorablement à mon injonction de mettre le couvert ou de faire ses devoirs? Ou mon mari quand, sous l'emprise d'un instant de folie, il se rend au supermarché du coin pour m'éviter cette tracasserie bi-hebdomadaire? Ou ma vieille voisine, pour l'inciter à ramasser les déjections de son canidé sur le trottoir commun?

Remarquez, cela pourrait être intéressant: c'est lundi matin, vous avez une flemme monstrueuse, votre patron vous appelle en vous suppliant à genoux de venir bosser, moyennant une petite compensation... Les voilà, les sacro-saintes Heures Sup! Mais pourquoi n'y avait-on pas songé avant?

Sommes-nous prêts à nous prostituer ainsi au plus offrant, à perdre nos âmes et le sens du bien-être commun? Que deviennent la solidarité, la spontanéité, le bonheur si on doit payer ou être payé pour ça? Peut-on tout acheter? Suis-je si naïve que j'ai loupé un épisode dans l'évolution du monde, genre "libéralisation et privatisation de la bonne volonté"?

Mince alors! Je date, moi qui en suis restée à l'école libre et gratuite pour tous, avec pour corollaire le devoir d'y aller et de m'instruire pour plus tard m'insérer dans la société avec un job qui ne me déplairait pas trop. Prend-on le problème de l'absentéisme scolaire dans le bon sens? A mon avis, il est plus simple de se voiler la face sur les multiples causes socio-environnementales de celui-ci, et de nous balancer une énième mesure supramédiatique. Il y a quelques temps déjà, on voulait amadouer les djeunes en les abonnant à la revue de leur choix... Même dans les pubs dirigées vers la jeunesse, on nous la montre émancipée, jouissant d'une liberté totale avec des forfaits SMS et de je ne sais quoi illimités. Pourquoi ils auraient envie de bosser, ces jeunes, puisqu'ils ont déjà tout sur un plateau, le portable n'étant pas le moindre des symboles de cette "liberté" (de consommation, surtout, on y revient, la boucle est bouclée)... Con-sommons donc nos jeunes! Mais sans moi.

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22 septembre 2009

Comment ça, caractériel, le Grand Sachem?

poissonJe dirais plutôt teigneux. Comment sinon qualifier ses sautes d'humeur, ses caprices, ses velléités de justice mal placées? Comment considérer ses dépenses somptuaires autant qu'inutiles, grévant pour longtemps nos budgets de plus en plus semblables à une peau de chagrin lavée à 90° avant un passage imprévu au sèche-linge?

Heureusement, l'humour sauve de tout, même du ridicule, il paraît.

Ainsi, après avoir donné plein de sous à de gros pêcheurs qui n'en manquaient pas, notre igloo regorge de poissons tout frais, sauf qu'ils n'ont pas encore l'autorisation de mise sur le marché. Et comme celle-ci risque d'être reportée à fin novembre, nous risquons de nous retrouver avec un stock légèrement dépassé par les évènements... Qu'à cela ne tienne! Il paraît que la famine, bien incrustée dans nos latitudes, va nous tenir en tenaille encore pendant de nombreuses années. Nous pourrons donc manger ces petits poissons, même après l'actuelle bataille, pour un bénéfice ultérieur. C'est ce que dit la Grande Sorcière. Sauf que... nous autres Esquimaux ne raffolons pas vraiment de poisson avarié, surtout quand nous ne connaissons pas les ingrédients conservateurs utilisés. Nous rions donc au nez de la famine, qui, si elle tue malheureusement quelques uns d'entre nous, reste moins létale que les accidents de traineau et les conséquences d'abus de vodka et de calumets de la paix.

Pour éviter de ruminer chez lui l'échec de ses décisions à l'emporte-pièce, le Grand Sachem va passer sa hargne et son courroux sur le dos d'anciens condisciples, profitant de sa toute-puissance pour écraser la vermine osant le contredire. Sa rage l'emporte ensuite dans le Grand Nord, où à coups de bulldozers, il rase les tipis de voyageurs à l'avenir incertain, sous le regard attendri et concupiscent de témoins professionnels plus nombreux que les exilés du bois.

Tiens, ça ne vous fait plus rire? Ou alors jaune, peut-être? Bizarre, ça. Un problème de foi, sans doute. N'hésitez pas à consulter votre médecin.

Pour le plaisir: le bêtisier de la presse sur la grippe, par le Dr Marc Girard

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07 septembre 2009

Cas de conscience

OFRWR_USA_GRIPPE_VACCIN_20090722Je suis bien embêtée en ce moment... Les médias nous esquintent les oreilles en radotant sur la grippe A, en nous balançant à longueur de journée des messages de prévention proférés sur un ton mâle catastrophiste et préoccupé, à la limite de la constipation verbale (désolée, c'est l'image qui me saute à l'esprit...). Une jeune maîtresse d'école en maternelle me confiait récemment d'un air embêté qu'il allait lui être difficile de faire respecter à la lettre les consignes gouvernementales à  ses petits élèves, à savoir éternuer ou tousser en mettant son bras replié devant sa bouche: "vous savez, à cet âge, quand ça éternue, ça fait de belles chandelles! Ils vont s'en mettre partout, et nous aussi!"

Mais voyons, Madame, vous aurez à proximité immédiate votre solution hydroalcoolique toute-puissante, et le port permanent d'un masque si confortable vous épargnera la contamination. Et comme vous aurez également revêtu la casaque jetable par dessus vos vêtements, ceux-ci seront indemnes de la présence du vilain virus. Et puis le soir, une fois les enfants partis, tout le petit monde travaillant dans l'école se donnera la main  pour désinfecter tous les jeux, crayons, tapis, etc... Nos petits pourront donc revenir le lendemain en toute quiétude: c'est pas beau, ça?

Et puis Tarzooro va arriver avec sa hotte pleine de bons petits vaccins tout frais, même pas encore homologués et badgés de leur AMM, même pas encore testés: pas besoin, on va faire de la pharmacovigilance en live, en "temps réel", directement en grandeur nature. Etonnant comme d'un médicament à l'autre, le temps ne marche pas à la même allure. Stupéfiant de voir qu'on a déjà prévu de nous pondre des rapports sur des essais cliniques fin octobre, soit quelques semaines après l'apparition des premières doses de vaccins sur le sol métropolitain, alors que les essais standards d'un médicament X peuvent prendre jusqu'à plusieurs années! A ce rythme-là, on va nous prédire les effets indésirables susceptibles de survenir dans les 48 premières heures après administration... Chouette! Pour ce qui est du risque éventuel de maladies auto-immunes, dont l'apparition peut être sérieusement décalée dans le temps, trop tard! Les laboratoires fabricants auront reçu l'absolution gouvernementale  les exemptant de toute poursuite judiciaire. Ne pleurons pas, le fauteuil roulant sera remboursé par la Sécurité Sociale, si elle existe encore après le gouffre financier vertigineux vers lequel nos dirigeants nous guident à grands pas...

Je leur dis quoi, à mes patients inquiets? Que dois-je répondre à cet excité qui l'autre jour déboule en consultation, tout fier d'avoir 38.5°C, quelques courbatures et une bonne rhinopharyngite, et qui me sort que sa boîte a des consignes, des protocoles, l'obligeant à consulter dès les symptomes précités? Et qui après examen, retourne en tous sens sa prescription de paracétamol, l'air vaguement déçu que ce ne soit que "ça", me demandant où est le papier. "Quel papier?" m'enquiers-je, pressentant déjà la réponse du zozo. "Ben, vous savez, le certificat comme quoi j'ai la grippe A!" Ce à quoi je me suis empressée de répondre: "A A A!", le regardant partir, vraiment déçu de ne pas pouvoir figurer au Top Ten des employés de l'entreprise et se faire mousser auprès des copains en sortant le fameux: "Moi je..."...

Mais heureusement, la grande majorité des patients semble avoir la tête sur les épaules et prendre les informations avec la mesure qui s'impose, déplorant juste devoir remuer ciel et terre au travail pour s'y retrouver entre toutes les consignes hyper-sécuritaires et trop méga-prévoyantes de leur hiérarchie, qui marche sur des oeufs. Le sacro-saint principe de précaution ne serait-il pas suractivé, risquant de ce fait une destruction auto-immune qui ma foi, ne serait peut-être pas un mal pour une fois?

Lisez pour votre édification personnelle le rapport du Docteur Marc Girard, qui propose une analyse élargie sur la vaccination, sa genèse, ses coûts, ses bénéfices et ses risques, avec un franc parler confinant à l'irresponsabilité vus les temps qui courent... (Merci Plouf pour l'idée).

http://www.rolandsimion.org/IMG/pdf/Vacciner_ou_pas.pdf

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07 juillet 2009

Les non-venus

asaIl y a une chose que je déteste entre toutes dans une journée de consultation. Ce sont les patients qui prennent un rendez-vous et ne viennent pas, sans un coup de téléphone d'excuse ou d'argumentation valable. Surtout quand il s'agit d'une personne pour laquelle on avait spécialement aménagé un créneau de 45 min en plein milieu de la matinée, prévoyant une consultation un peu longue. Je précise aussi que cette personne n'est pas joignable chez elle, et que le numéro de portable dans le dossier est erroné... Voilà qui me met dans une humeur assez désagréable, pour rester correcte.

Certes, les médecins ont souvent du retard, et je ne déroge pas à la règle, aimant papoter et prendre le temps de réfléchir sans stresser. Pourquoi avons-nous du retard, d'ailleurs? Les raisons sont assez variées.

- Le premier patient de la demi-journée arrive lui-même avec 10 minutes de retard. Rattrapable si on n'a pas de gros souci à traiter par la suite.

- Il arrive avec plus de 30 minutes de retard. On est dans les choux pour le reste de la période.

- Le patient est à l'heure, mais c'est un 1er rendez-vous, il faut remplir les antécédents, le pédigree, en résumé. C'est donc plus long.

- Le patient amène une liste de plein de petits points à aborder, genre "ça va être rapide, docteur". En général, non.

- Le patient a un gros problème de santé (ça arrive, des fois...), et il faut écrire des tas de courriers pour des consultations adjacentes spécialisées. Intéressant, mais long.

- Le patient a pris un rendez-vous, mais arrive avec ses 2 ou 3 bambins qui ont tous les mêmes symptomes a priori, c'est donc forcément du travail à la chaîne pour le bon docteur qui n'a que ça à faire. Or, si l'un a une gastro-entérite, les deux autres ont respectivement une otite et une angine, ce qui est juste un peu différent. Le seul point commun est en fait la fièvre. Doliprane pour tout le monde, c'est moi qui régale!

- Le patient arrive seul, mais avec aussi une demande pour son conjoint/ses enfants, qui sont à Trifouilli-les-Oies et ne peuvent pas consulter, mais c'est urgent, du style un papier à signer qu'ils ont depuis Mathusalem mais qu'ils ressortent de la toile d'araignée la veille de la date butoir, ou une ordonnance pour un renouvellement de somnifère ou autre pilule du bonheur. Le must, c'est le certificat sportif le samedi matin pour un match qui a lieu le lendemain... Gare au médecin consciencieux s'il s'avise de trouver un truc qui cloche...

- Le patient (en bas âge) vomit ou diarrhéise sur la table d'examen, ou par terre (c'est fou comme ça t'éclate en étoile, la gerbe, sur le PVC du sol: ça a vite fait de couvrir quelques mètres carrés de micro éclaboussures fertiles en germes affriolants, souvent positionnées d'ailleurs entre mes pieds et le lavabo, rendant l'exercice de nettoyage d'autant plus périlleux). La mère se confond en excuses, on la laisse partir avec le sourire, avant de passer le désinfectant en apnée pour ne pas en remettre une couche.

- Le patient a trouvé amusant de s'exploser la main avec un bocal de verre en faisant la vaisselle (un jour de folie, une subite envie de mettre le lave-vaisselle au repos), et il faut sortir tous le matos à couture, les fils, les aiguilles, les pinces, les compresses, la xylocaïne anesthésiante avec seringue et tout le barda. Je n'aime pas les points de suture. Après, il faut tout désinfecter et ranger, ça prend un temps fou. Je n'aime pas, mais je fais, je suis pro, quand même!

- Le patient est à l'heure, moi aussi (instant rare), il a une pathologie basique, mais le téléphone semble pris d'une soudaine frénésie d'expression orale. C'est souvent le cas en période d'épidémies hivernales, quand on n'a pas de secrétariat. "On en était où, déjà?" suis-je obligée de minauder à tout bout de champ. Détestable pour le brave malade en face de moi.

Bref, cette liste n'est pas exhaustive, et je compte d'ailleurs sur vos suggestions pour la faire grossir un peu. L'avantage d'écrire sa hargne et son courroux, c'est que ça les fait retomber à un niveau acceptable... Rhaaaa! Je me sens mieux!

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16 mai 2009

Aux larmes, citoyens!

acadeau_poupee_vaudou_1_3Une professeur de mathématiques victime hier d'un coup de couteau grave vers Toulouse, une artère touchée, hémorragie interne, lourde intervention chirurgicale, pronostic vital engagé. Tout ça à cause d'une heure de colle donnée à un loustic de 13 ans, même pas un cas social, il paraît, même pas un délinquant multi-récidiviste. Juste un gamin qui n'a pas supporté de ne pas pouvoir faire sauter la punition en négociant à guichet fermé avec son enseignante. Un acte de barbarie ordinaire, inexplicable par les voies habituelles traditionnellement relayées par les médias (adolescent victime d'émissions cathodiques ultra violentes, de jeux vidéos pro-homicides ou résidant dans une banlieue défavorisée et ZEPisée...)

Alors quoi? Que préconise le Ministre Darcos? Facile! On met des détecteurs de métaux à l'entrée des établissements, des caméras, des vigiles, on pratique la fouille au corps...? C'est certain que ça va résoudre tous les problèmes, ça! Que restera-t-il comme armes potentielles aux pauvres collégiens? La corde, le poison, les envoûtements... La poupée vaudou va donc effectuer un retour en force dans les semaines qui viennent. Achetez donc des actions, c'est porteur, mes petits.

Et cela devient enthousiasmant d'aller à l'école, dans cette belle ambiance de suspicion républicaine. Apprenez, les enfants, les valeurs de liberté, égalité, fraternité. Mais passez d'abord sous le portique, on ne sait jamais, des fois que vous auriez des velléités endogènes d'autodéfense abusive... Et puis, vous verrez, ça va être rigolo comme tout de tenter de détourner les règles d'ultra sécurité, vous allez pouvoir rivaliser d'inventivité, tous les coups seront permis.

Allez, bon week-end... Je file, j'ai une poupée à fabriquer.

29 mars 2009

Le don

troncSamedi, dans une église de la périphérie nantaise. Un enterrement, quelques heures à aller soutenir le moral de ceux qui restent ici-bas. Une messe, grandiose, du cousu main, avec maîtrise parfaite du rituel, les cierges allumés, l'encensoir, les hosties... Froid aux pieds à force de ne pas bouger. C'est long, une messe. Une heure à écouter pérorer le prêtre sur l'amour de son prochain, le passage vers un monde lumineux forcément meilleur, l'agneau de Dieu qui lave le péché du monde, la partie cannibale avec le pain-corps et le vin-sang du Christ, la thanatophilie avec l'amour de ce cadavre revenu pour sauver le monde. Tout me semblait d'une absurdité sans nom. J'entendais la morne voix des présents reprendre en choeur la fin des phrases du curé, sur un ton d'outre-tombe. Je regrettai de ne pas entendre en vrai les gospels éclatants qui résonnaient dans ma tête.

En baissant les yeux, mon regard s'est posé sur l'insigne accroché sur le col de mon manteau, le "petit poisson rouge", comme l'appelle ma fille. Et mes pensées ont dérivé vers les paroles du mortel nommé "pape", ce séide de Dieu auto proclamé. Ce tas de chromosomes qui dit que le préservatif aggrave le problème du SIDA. Et aussi à l'évêque d'Orléans, qui affirme les yeux dans les yeux qu'il est poreux et ne garantit pas une totale protection, "comme chacun sait"...

Alors le rouge de mon petit poisson m'est monté aux joues, mon coeur a battu plus vite, et une idée m'est venue. J'ai discrètement ouvert mon sac, j'en ai sorti un petit sachet carré dentelé et hermétiquement clos, et lorsque je me suis levée et dirigée vers la sortie, je l'ai subrepticement glissé dans le tronc à l'entrée de l'église. Pour que les grenouilles de bénitier ou n'importe qui venant le vider  de sa semence puisse scientifiquement vérifier sa porosité réelle...

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27 mars 2009

Un pot, pas d'échappement

trace_feuille_3Voici venir à grands pas le temps béni de la chute des feuilles.

 

Pas les feuilles des arbres, si jeunes, si tendres encore, à peine écloses de leurs petits bourgeons mignons bien que charnus.

 

Pas les feuilles de papier absorbant, qui continuent sereinement à pomper les humeurs pas toujours massacrantes de nos maladresses quotidiennes.

 

Pas les feuilles de mon laurier, elles sont déjà recueillies, lavées et séchées pour le prochain bouillon.

 

Pas les feuilles volantes, volages créatures venant virevolter devant mon visage, en quête des merveilleuses rêveries que j’y pourrais verser.

 

Pas les feuilles de chou, dont s’exhale un parfum de terroir lointain malgré l’intelligence de leurs propos.

 

Non.

 

Les feuilles dont je parle sont dures en affaire, d’une constante et navrante opiniâtreté. Elles arrivent par la tranche, leur profil le plus dangereux, celui qui coupe les bourses. Elles se masquent derrière un opaque emballage plastifié à l’effigie de l’Etat, nous figeant sur place lorsque nos yeux se posent sur elles dans la boîte à lettres. Elles portent de doux noms de code : 2035, 2042 et consorts… Elles viennent me narguer jusque dans mon insouciance, me rappelant mes carences organisationnelles, à savoir qu’il ne reste que quelques jours avant le retour à la case AGA…

 

Pfff…

 

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09 mars 2009

Femmes, je vous aime

aaaCe matin, j’entends à la radio le bilan de la Journée de la Femme, et je tombe sur un fait divers qui me fait sortir les griffes de leurs gonds. Les faits sont affligeants : une fillette de 9 ans au Brésil, violée par son beau-père, tombe enceinte de jumeaux. Le chirurgien consulté prend la sage décision d’interrompre la grossesse, extrêmement dangereuse pour la petite. Et c’est là qu’entre dans la danse le clergé, l’abominable censeur des mœurs dépravées. Une excommunication est lancée, non à l’encontre du fauteur (ou plutôt fouteur) de trouble mais dirigée contre la gamine, et par extension, à sa mère, le tout dûment approuvé par les plus hautes instances catholiques du pays…


Certes, si on prend cela en valeur absolue, il n’y a pas mort d’homme. Il ne s’agit pas de lapider à coups de pierres une femme adultère ou une gamine qui aura par son comportement forcément induit elle-même son viol… La petite brésilienne vivra, mais reconnue fautive d’un acte abominable commis par un autre. Mais dans quelles conditions ? Comment va-t-elle se (re)construire ? Sa famille perd son honneur et sera mise au ban de la société. L’homme coupable s’en sort haut la main, comme d’habitude, et pourra recommencer tant qu’il veut… Il y a de quoi devenir homme-ophobe… Quoique les femmes ne sont pas en reste au niveau tortures génitales dans certains pays d’Afrique, en excisant elles-mêmes leurs filles…


Alors décidément non, on ne peut pas clore, clôturer, fermer, quitter, oublier, ignorer, délaisser la Journée de la Femme. Il nous reste encore 364 jours pour tenter de faire avancer les choses, parler de contraception, de droits de l’homme, de justice, de soutien psychologique, et autres petites bricoles aussi utiles. Je fais le constat que je garde intact mon sentiment d’indignation, et tant pis si cela grève ma santé…

Le lien ici.

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26 février 2009

L’indignation est-elle neutre en matière de sécurité sanitaire ?

montreTout me pousse à l’indignation : les propos méprisants des publicitaires sur le retour, la misère du SDF que je croise en bas de chez moi tous les matins, le chirurgien qui se plante et ampute une femme de ses deux seins, les gens qui se plaignent sans raison majeure de le faire, le noyautage organisé de la presse, du système bancaire, de la justice, la déstructuration annoncée de l’Education nationale, le démantèlement de l’Université pour tous, le prix du kilo de pâtes dans les DOM-TOM, le temps que je passe sur mon micro, la présence d’huile de palme dans la pâtisserie industrielle, les méthodes médiévales de gavage des oies et des canards, le caractère abscons de la notice de mon nouvel appareil photo…

Evidemment, la liste des doléances est non exhaustive. Quelles humeurs malsaines nous font-elles secréter ? Quels neuromédiateurs ? Quelles hormones ? Un petit coup d’adrénaline, un soupçon de cortisol, quelques cytokines… Si vous voulez une bonne migraine, lisez ça.

Est-ce donc bon pour moi de m’indigner constamment ? Ne vais-je pas risquer l’installation insidieuse d’une hypertension, me menant tout droit vers l’infarctus, tellement je suis sportive et dotée d’une hygiène alimentaire irréprochable ? Ne dois-je plutôt pas opposer au monde qui m’entoure le masque d’une froide indifférence ? Ou rigoler franchement face aux agressions de la vie ?

Ah ! Rester zen !... Qui ne souhaite pas pour lui-même se murer dans d’impavides certitudes érigeant un château fort autour de ses doutes ? Force m’est quand même de constater que les blockhaus les plus solides se transforment en maison de paille dès que la moindre fissure y apparaît, et que les loups hurlant et soufflant alentours n’ont aucun mal à les faire s’envoler. Encore des histoires de clés de voûte se faisant la malle sans se laisser sous le paillasson de la compréhension. Et après, c’est le médecin, maçon des plaies de l’esprit, qui s’en vient tenter de rafistoler tout ça, à coup de rustines antidépressives et de ciment anxiolytique. Tiens ! En voilà, un moyen de rester zen : un petit zolam quelconque et ça repart !

Pourquoi s’indigne-t-on de ne voir que la moitié vide du verre, alors que l’on crie au scandale quand la coupe est pleine ? Où est la rationalité, dans tout ça ?

En fin de compte, j’admire les bienheureux, les simples d’esprit, ceux pour qui la vie est une succession d’éléments dignes de leur attention et pourvoyeurs de plaisirs. Ils ne se compliquent pas la vie, poussant la perversion jusqu’à ne pas comprendre les Autres, ceux qui se pourrissent l’existence sans espoir de changement. « Mais pourquoi se plaint-il ? Il a tout pour être heureux ! Un boulot, une maison, une femme, des enfants, un chien, une télé, du foot, de la bière qu’il (si)rote en paix ! ». Sûr que le bonheur suprême peut être atteint facilement avec une lobotomie… Si on la généralisait ?

Et le sentiment d’indignité ? Celui tâché par le gros rouge du judéo-crétinisme ? Le dépressif va se sentir indigne, coupable, impur, là où il faudrait justement voir se lever la bannière de l’indignation, de la saine colère, du raz-de-marée reconstructeur !

J’ai conscience que ce billet a une tête mais pas de queue, ce qui est malheureux. Je finirai donc par cet aphorisme de Frédéric Dard :

« Le sexe masculin est ce qu'il y a de plus léger au monde. Une simple pensée le soulève ».

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15 janvier 2009

Enfants en danger...?

chuDe retour à la maison... Enfin! Ah! Le bonheur de manger à table des repas chauds, entourée d'affection, la radio branchée sur France Inter...

Quand dans mon petit mot laconique, je mettais "test en live du service de pédiatrie", il s'agissait malheureusement d'une hospitalisation de Laurelle pendant 4 longues journées et surtout nuits... Elle va mieux, se remet doucement de ses émotions, et moi aussi!

Je voudrai surtout ici dénoncer un certain état de délabrement du service hospitalier lui-même.

Ces journées se sont inscrites sur le mode "survie", ou "comment camper sans danger à l'hôpital"...
Tout d'abord, soyons clair: je n'ai rien à reprocher au personnel, qui, même en nombre restreint, a su rester gentil et très à l'écoute des enfants, de leur douleur ou de leur stress.

Rien à dire non plus des urgences, où nous avons été pris en charge immédiatement, n'y restant en tout que 6 heures. Si, juste une bricole: lors du changement d'équipe, la nouvelle infirmière s'est présentée à nous en nous serrant la main, genre convivial. Cela m'a choquée, j'ai pensé à la propagation de tout un tas de petites bêtes manuportées... Surtout qu'elle ne s'est pas relavée les mains avant d'effectuer certaine gestes ensuite... Et cette entrée en matière n'était qu'une façade pour mieux cacher un instinct prédateur... J'ai eu le malheur de prendre ma fille dans mes bras pour la rassurer et la cajoler, et elle m'a sauté dessus en me disant vertement que le lit était pour ma fille, qu'il lui fallait bien le comprendre, et que ce n'était pas en m'asseyant dessus avec elle dans les bras qu'elle l'intègrerait... Surtout que Laurelle, elle était bien en état de comprendre et d'intégrer, elle qui frisait le choc septique. J'ai bien compris ensuite sa méthode, quand elle a effectué le sondage urinaire à la hussarde, sur une gamine terrorisée qui ne savait plus dire que "Mam, Mam" avec de grands yeux affolés. Je garderai longtemps ces cris en moi. C'est tout pour les doléances de personnel.

Ayant passé 3 nuits à côté de ma fille, j'ai eu le temps de m'apercevoir que j'étais une denrée rare dans le service. A peine 20% des enfants étaient accompagnés (je rappelle que nous étions un week-end...), ce qui m'a été confirmé par le personnel: "Si vous saviez...!". Dans la chambre en face, un bébé était accompagné de son père, malgré lui si j'ai bien compris, d'après ce que lui disaient les auxiliaires de puériculture: "Mais enfin, Monsieur, cet enfant, vous étiez bien 2 pour le faire!" ou encore "vous savez, c'est important pour l'enfant, d'avoir ses parents près de lui, au niveau psychologique!". J'ignore ce qu'il ronchonnait, mais les réponses étaient éloquentes!

Et cet accompagnement est plus que nécessaire: combien de fois ai-je appelé quelqu'un pour la petite voisine qui pleurait, ou dont le scope  bipait... On m'a remerciée plusieurs fois, en s'excusant "qu'au bout du couloir, on n'entendait rien...". Je ne parle pas de la fois où j'ai rattrapé in extrémis la gamine de 32 mois qui était à califourchon sur le bord du lit cage, en pleurs, à 2 doigts de basculer... Mais bon, pour cette petite ayant 2 soeurs en bas âge et une maman faisant front toute seule, l'accompagnement était impossible.

J'ai essayé d'être vigilante sur les produits mis dans les perfusions, sur leur dosage, leur débit (pas d'erreur heureusement...). Mais une fois, lors du changement de poche de G5, la seringue électrique s'est mise sur "occlusion", nous avons dû rappeler immédiatement l'infirmière...

Que dire enfin sur les mesures de précaution pour la non dissémination des germes pathogènes, quand les chambres sont doublées ou triplées? Il y avait un manque flagrant de lits!

Les repas n'étaient pas donnés au moment qu'il fallait, par manque de personnel (ça, c'était facile à comprendre, par la durée des hurlements des bambins le matin, le midi et le soir...). Je n'ai pas eu ce problème, j'appelais quand Laurelle émergeait et semblait avoir faim.

Pour toutes ces raisons et d'autres encore (augmentation de l'activité du service de 23 % avec du personnel en moins; ouverture de 3 lits aux urgences pédiatriques sans personnel supplémentaire; enfants ayant des difficultés à boire nourris par nutripompe et non au biberon par manque de personnel; peur au ventre journalière du risque d'erreur...), le personnel soignant était en grève lundi, distribuant des tracts aux parents.

Je sais aussi que d'autres services hospitaliers sont concernés par le manque de personnel, non remplacé pour les congès  ou pendant les arrêts maladies, ou alors rappelé pour combler les "trous" pendant ses jours de récupération ou de vacances...

Je ne dirai pour finir que ce message, martelé au coin du bon sens: parents, si votre enfant est hospitalisé, ne le laissez pas seul!

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