Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

16 mai 2009

Aux larmes, citoyens!

acadeau_poupee_vaudou_1_3Une professeur de mathématiques victime hier d'un coup de couteau grave vers Toulouse, une artère touchée, hémorragie interne, lourde intervention chirurgicale, pronostic vital engagé. Tout ça à cause d'une heure de colle donnée à un loustic de 13 ans, même pas un cas social, il paraît, même pas un délinquant multi-récidiviste. Juste un gamin qui n'a pas supporté de ne pas pouvoir faire sauter la punition en négociant à guichet fermé avec son enseignante. Un acte de barbarie ordinaire, inexplicable par les voies habituelles traditionnellement relayées par les médias (adolescent victime d'émissions cathodiques ultra violentes, de jeux vidéos pro-homicides ou résidant dans une banlieue défavorisée et ZEPisée...)

Alors quoi? Que préconise le Ministre Darcos? Facile! On met des détecteurs de métaux à l'entrée des établissements, des caméras, des vigiles, on pratique la fouille au corps...? C'est certain que ça va résoudre tous les problèmes, ça! Que restera-t-il comme armes potentielles aux pauvres collégiens? La corde, le poison, les envoûtements... La poupée vaudou va donc effectuer un retour en force dans les semaines qui viennent. Achetez donc des actions, c'est porteur, mes petits.

Et cela devient enthousiasmant d'aller à l'école, dans cette belle ambiance de suspicion républicaine. Apprenez, les enfants, les valeurs de liberté, égalité, fraternité. Mais passez d'abord sous le portique, on ne sait jamais, des fois que vous auriez des velléités endogènes d'autodéfense abusive... Et puis, vous verrez, ça va être rigolo comme tout de tenter de détourner les règles d'ultra sécurité, vous allez pouvoir rivaliser d'inventivité, tous les coups seront permis.

Allez, bon week-end... Je file, j'ai une poupée à fabriquer.

16 décembre 2008

Aux armes!

spaceballeinsteinCoup de gueule du matin, chagrin, forcément! Je suis outrée, furieuse, furax, et, osons le mot, en colère... Ce matin, je dépose Hardi à la porte du collège, après avoir eu les pires difficultés à poser les allumettes en équilibre entre mes paupières supérieures et inférieures (technique de Sioux). Déjà, le parcours est semé d'embuches, c'est à dire de collégiens à peu près dans le même état d'esprit que moi, mettant un pied devant l'autre de façon assez aléatoire, parfois sur le trottoir mais parfois pas, circulant en meute de 4 ou 5 joyeux drilles dont l'activité principale consiste à se pousser mutuellement de plus en plus fort jusqu'à ce que chute s'ensuive. Après avoir évité de rouler sur un corps allongé, j'arrive au carrefour avec le boulevard. Et là, un gentil beau jeune homme post boutonneux toque à ma vitre avec un sourire Fluocaryl (mieux qu'Ultrabrite). Moi, je suis bonne poire, j'ouvre et prends le papier qu'il me tend (ben oui, de nos jours, les beaux garçons qui me sourient ne sont que des distributeurs automatiques de pub... Quelle misère!). Mes yeux se portent machinalement sur la brochure en papier glacé, je me fige: non, ils ont quand même pas osé? Et bien si: je tiens dans ma main une pub pour une boîte d'accompagnement scolaire à domicile...

Les vautours! Le service public d'éducation n'est même pas encore totalement mort (si, je vous assure, il a encore quelques membres qui bougent un peu...) qu'ils viennent démarcher les pauvres parents paumés à la porte des collèges et lycées! Et leur vocabulaire est fort, aiguisé et dans l'air du temps.
"Réussite", "goût du succès", "objectifs", "action", "efficacité", "stratégie", "enjeux", "ambition", "progrès", "gestion", "implication", "reporting", "cible"... Que vous évoque cette débauche lexicale? On dirait les mots tirés des berceuses chantées par Sarkomaman il y a 50 ans... Et ça aussi: "construction d'un plan d'action à la fois énergétique et réaliste". Qu'on m'explique ce qu'est un plan énergétique, je béote dans la langue de bois... Réaliste, je pige. Mais énergétique?

On nous assure alors des enseignants triés sur le volet, "issus des grandes écoles de la région". Enfin du pur produit local, sain et non délocalisé. Plus loin, ils se transforment en "étudiants de grandes écoles", des gamins (dont le distributeur devait être un spécimen...) aux techniques pédagogiques éprouvées! Quand on voit ce que ça donne, un étudiant en grandes Zécoles, le jeudi soir, murgé comme une serpillière après sa préchauffe et l'ingurgitation de 2 litres de Vodka ou 10 litres de bières, ça force le respect... Garde la tête froide, Med'celine, y sont pas tous comme ça! Oui, mais y'en a!

Puis je repense à une conversation récente avec une enseignante, une femme pleine d'humanité et engagée corps et âme auprès de la cause enfantine. Elle m'a raconté comment elle ramait cette année pour respecter le programme scolaire (chargé) avec moins d'heures (72 h dans l'année). Son désespoir d'aller à marche forcée avec des gamins fatigués pour leur faire ingurgiter des connaissances sans leur en faire comprendre le sens. Mais, bon, on veut de bons petits soldats, pas des chieurs qui réfléchissent... Avec en plus les 2 heures hebdomadaires de soutien à organiser, sur la pause du midi ou après les cours le soir. Exténués, les bouts de choux... Et quand l'école fait passer aux parents un papier leur demandant leur avis sur la semaine de 4 jours ou 4 jours 1/2 (incluant le mercredi matin), que pensez-vous qu'ils répondent? Bingo, ils s'ent contrefichent de la fatigue de leur progéniture, ils ont le samedi matin de grasse matinée, alors ils votent pour le maintien des 4 jours... Elle m'a quand même confié que certains parents regrettaient le samedi matin, qui leur permettait de se rencontrer entre eux et de voir les enseignants, surtout pour ceux qui bossent toute la semaine (il y en a, quand même).

Quand même... Vous ne seriez pas choqué, vous, qu'une clinique privée vienne faire sa pub à la sortie de l'hôpital? Qu'une entreprise de surveillance privée (milice?...) fasse de même à la sortie du commissariat?

La cerise sur le gâteau, c'est la défiscalisation partielle (réduction d'impôt de 50%) de ce genre de boîtes, bénéficiant en cela du dispositif relatif à l'emploi d'une personne à domicile (article 199 du CGI)...

De profundis...  Bien profond, même...

Posté par Medceline à 10:49 - La hargne de Med'celine - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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09 novembre 2008

Vaccins

seringueIl me revient une anecdote au sujet des vaccinations. Je devais faire son rappel DTPolio à une petite fille de 6 ans, amenée par ses parents. Je connaissais le couple, elle, 45 ans, belle femme aux yeux verts, et lui, grand costaud de 36 ans. Je savais que leur situation personnelle était difficile, surtout pour elle, devant subir de la part de son compagnon des brimades incessantes doublées d'un harcèlement psychologique important. L'histoire banale d'une femme sans profession et sans enfant qui un jour, trouve le "bon" samaritain acceptant de lui faire un gosse avant la date de péremption, et qui lui assure le minimum vital (avec au passage don au compte goutte des chèques et espèces....). Leur gamine était adorable, gentille comme tout, mais hélas... pas préparée du tout à ce qui allait lui arriver!

" Ne t'inquiète pas, ma chérie, dit la mère, ça ne te fera pas mal!

Regard aigu de la fillette vers sa mère, genre mais que va-t-il donc m'arriver...

- Ne t'inquiète surtout pas, renchérit le père d'un ton plus haut, ça va bien se passer!

La gamine commence à tordre le nez et pleurnicher.

- Ne panique pas, puisqu'on te dit que ça va aller, clame la mère en haussant encore d'un ton, proche de l'hystérie.

En hurlant, elle se commence à débattre pour m'échapper. Son père la prend alors par les épaules, et commence à la secouer en tonnant:

- Ne t'inquiète pas, ça ne fait pas mal! Hein, docteur?"

Le docteur pris à témoin était bien embêté(e), sentant la situation lui échapper complètement... Ce fut un carnage, les parents surexcités tenant fermement leur progéniture survoltée et se débattant, et moi, ma pauvre seringue à la main, essayant de trouver l'angle d'attaque le plus convenable, me contorsionnant au rythme des mouvements du trio infernal, et fondant finalement sur l'innocente victime pour la protéger contre son gré de maladies graves...

Avec le recul, je pense que j'aurais dû reconvoquer l'enfant pour une autre séance, plus sereine, avec un seul parent accompagnateur et un patch d'EMLA...

Maintenant, quand je vois un enfant pour un vaccin (s'il a plus de 6 mois, car avant, ils sont bien gentils, pleurent sur le coup mais ne sont pas rancuniers!), je demande si les parents les ont prévenus. Je trouve qu'on leur doit bien ça, à ces petits bouts qu'on perfore ainsi jusqu'à 11 fois avant leurs 6 ans... Certains, à cet âge, gardent de mauvais souvenirs des vaccins de leur prime enfance, et il faut ruser pour leur faire accepter. La plupart du temps, ça se passe bien, et j'ai ma récompense quand ils me disent qu'ils n'ont rien senti... Alors, je les valorise en leur disant que c'est grâce à eux, qu'ils ont bien détendu leur bras comme je leur ai conseillé, et qu'ils sont enfin devenus grands! Parfois, je leur donne un ballon, ou un certificat spécial "vaccination et courage" (si j'en ai à ma disposition).

Je n'ai jamais revu la fillette, mais sa mère à plusieurs reprises, pour un accompagnement difficile vers une reconquête de liberté individuelle...

Posté par Medceline à 15:47 - Med'celine au travail - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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29 septembre 2008

Le retour du fouet?

Jeudi dernier, Caroline vient en consultation pour "pas grand chose", c'est à dire un certificat médical sportif. Comme elle est en pleine forme, cela prend 10 minutes et nous parlons ensuite d'autre chose, notamment de sa fille de 10 ans qui vient de rentrer en CM2, et qui a cette année une institutrice sadique d'une cinquantaine d'années (quoique l'âge n'ait ici qu'une importance secondaire).

Cette charmante personne interdit aux élèves d'écrire avec leur feuille inclinée devant eux: il faut se tenir droit, la feuille étant bien perpendiculaire au bord de la table. J'ai tenté l'expérience: au bout de 30 secondes, on ressent des crispations au niveau de l'épaule, du trapèze et du cou. Certains élèves se plaignent déjà de tendinites au bout de 3 semaines de cours. Non contente d'imposer cette posture, la digne enseignante interdit également aux gamins de tenir la rampe dans les escaliers, ayant constaté qu'ainsi le nombre de bousculades diminuait, et surtout qu'il s'agissait d'un excellent moyen de maintien, parce que "vous êtes des jeunes filles, vous devez bien vous tenir"...  oui, mais pas à la rampe...!

A l'énoncé de ces brimades injustes, je me voyais déjà brandissant d'un geste rageur un certificat médical interdisant l'écriture contrainte et rendant obligatoire la tenue de rampe (on a vu certificat plus idiot: celui autorisant la marche à pied ou encore l'entrée en école maternelle d'un enfant de 3  ans...).

Demandant (avec un sursaut d'espoir) à la maman si sa fille allait dans une école privée, elle me répondit que non (hélas...?).

Finalement, Caroline va en parler à la directrice de l'école, et si cela ne porte pas ses fruits, je lui ai suggéré de voir avec la médecine scolaire.

En ces temps rétrogrades, les suppôts (avec ou ... sans "t"?...) de Darcos se portent bien, merci pour eux. On nous casse l'école, puis on commence à laminer nos petits: c'est jeune, 10 ans, pour faire des tendinites au travail, non?


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Posté par Medceline à 17:31 - Med'celine au travail - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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