Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

16 novembre 2009

Pavane pour un amour défunt

mains_genouxLes mains tremblantes sagement posées sur mes genoux, j'essaie de contenir l'énergie qui point et gonfle au sein de ma chair. Je sens la lente pulsation du désir s'emparer de moi tandis que je pense à lui, au parcours chaotique de ses mains sauvageonnes sur le terreau de mon corps. Je repousse sans conviction les vrilles lancinantes de la passion qui me dévore l'âme et je gémis sur la faiblesse qui m'assaille et me terrasse. Je m'offre en songe au fantôme de mes pensées, et sur l'autel du plaisir immole mon esprit et abdique ma raison. Délicieux supplices au creux de mes hanches, volages tourments aux indicibles secrets, succube je deviens pour l'éternité d'un soupir. Mais de ces clandestines rêveries ne reste qu'un amas de souvenirs à peine ternis par la rumeur bruissante d'un présent malhabile.

D'un geste attristé, mes mains bougent sur mes cuisses, lissant d'une manière ordonnée les faux plis qui s'y sont glissés lors de cette trop longue attente, et je pleure longuement sur mes erreurs et le vide de ma vie. Je maudis les lumières trop vives détruisant les graciles lucioles de l'obscurité. Je me lève enfin, appelant de toutes mes forces le calme intérieur qui me fait si cruellement défaut. Et je pense que demain, la journée sera longue.

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21 novembre 2008

Désirs: sans interdit (10)

rembrandt_le_lit_a_la_francaiseTrois coups frappés à la porte. Son coeur s'emballe une fraction de seconde, juste avant de poser la main sur la poignée. Elle ouvre. Il est là, enfin, devant elle, en chair et en os. Il entre. Son regard est celui des jeunes années, à peine sillonné de ridules. Elle se demande ce qu'il voit en la regardant: ravages du temps ou femme émotive? Ils se font chastement la bise, et elle tente une maladroite caresse sur sa joue afin d'en apprécier la douceur. Il lui saisit les doigts et les embrasse sans qu'aucun mot n'ait encore franchit le seuil de leurs lèvres. Les regards se font scrutateurs et intenses, cherchant à calibrer le prochain acte. Elle s'asseoit sur le bord du lit, lui sur une chaise, et échangent quelques paroles anodines. Elle déplie sa jambe et son pied déchaussé vient se caler contre sa jambe à lui. Il saisit délicatement les orteils inquisiteurs et les masse doucement en remontant progressivement le long de la jambe gainée de noir.

Elle s'allonge lascivement sur le lit, il la rejoint. Commence alors un chassé croisé de mains qui se cherchent et explorent le terrain ainsi offert. Chaque centimètre carré est caressé doucement, du bout des doigts un peu moites. Avec maladresse, le geste hésitant, il tente de défaire l'attache du bustier et du soutien-gorge, après avoir promené lentement ses mains et son visage sur les formes mises en valeur. Elle soupire et guide ses gestes, lui indiquant aussi le mode d'emploi de sa jupe porte-feuille. Les gestes se font plus précis, il descend ses mains le long de ses reins, glisse un doigt derrière la ficelle du string puis ses lèvres  effleurent son dos de haut en bas et il fait partiellement glisser avec ses dents l'objet minimaliste. Elle achève l'effeuillage en envoyant promener ses effets sans regret à travers la pièce. Les corps se cherchent, se caressent, commencent à s'emmêler, s'épousent. Elle commence un lent et sensuel massage de l'appareil masculin au mieux de sa forme, l'enrobant généreusement de lubrifiant avant de le laisser coulisser entre ses mains. Puis elle saisit in extremis la boîte de préservatifs et lui en colle un sous le nez. Vaincu, il se laisse habiller de latex dont la persistante odeur restera sur ses doigts à elle jusqu'au lendemain...

Les ébats durent plusieurs heures, sans lassitude des deux partenaires, les pauses tendresse leur permettant de retrouver la vigueur nécessaire. Les explorations se font intimes et complètes de part et d'autre, et le sommet est progressivement atteint, laissant les deux amants se repaître enfin l'un de l'autre successivement dans une apothéose extatique... Puis, les corps trempés de sueurs s'abattent et se relâchent, empêtrés, emmêlés, en désordre. L'instant d'après, ils se séparent, et presque en silence, les yeux perdus dans le vague, ils se rendent à la salle d'eau pour les dernières ablutions avant de se quitter.

Elle se rhabille méthodiquement, renfilant son pantalon et son pull. Elle plante ses yeux fatigués et apaisés dans le regard bleu de son enfance, y puisant les nouveaux souvenirs des années à venir. Elle lui dit adieu, elle sait qu'il leur sera difficile de se revoir, leurs vies respectives étant ailleurs et inconciliables. Pas de regrets, juste la sensation d'avoir clos un chapitre, d'avoir franchi la barrière entre l'amour platonique et l'amour bestial, total et brut sans être brutal.

Le taxi qui la ramène à la gare est assez locace et lui fait une visite guidée de la ville. Elle laisse s'envoler les dernières lueurs de son éphémère journée de luxure, et se concentre peu à peu sur les lumières plus artificielles de la cité... Quatre heures plus tard, après une autre course en taxi, elle s'effondrera dans son lit non défait pour un sommeil sans rêve, aidée en cela par une petite pilule blanche, histoire de faire bonne figure au travail le lendemain matin...

Fin... peut-être...

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20 novembre 2008

Désirs: sans interdit (9)

tgvLe grand jour approche. Elle se sent comme le sprinter sur la ligne de départ, le pied calé sur le starting-block, le coeur au ralenti comme dans l'oeil d'un cyclone. Elle règle les derniers détails: tenue vestimentaire appropriée, programmation de tous les gadgets pouvant éventuellement servir, virée à la gare pour l'achat du billet de train. A ce propos, elle est un peu surprise par la méthode pratiquée par la SNCF. Après avoir consulté la borne automatique pour disposer des horaires et des tarifs, elle se dirige vers un guichet, appréciant le contact humain avant tout, même s'il faut pour cela patienter de longues minutes, et refusant d'utiliser sa carte bancaire pour "ne pas prendre le travail des honnêtes gens". C'est aussi le prétexte à une mini-étude ethnologique. L'homme derrière elle lui emprunte un stylo à 3 reprises, la fille devant elle souffle comme un boeuf en consultant sa montre toutes les 30 secondes, une mère affairée tente de récupérer ses 2 enfants qui s'éparpillent dans des directions opposées, une des filles derrière le guichet se lève pour faire sa pause alors que la queue s'étoffe, déclenchant une onde de sourde protestation dans les rangs... Au bout de 30 minutes, son tour arrive. Elle annonce le trajet désiré et les horaires choisis, attendant sereinement le verdict. L'employée lui indique le prix; elle sursaute: il est 60 euros plus cher que celui proposé au guichet automatique. La discussion s'engage autour du choix de différentes options tarifaires, un accord est trouvé. Elle en conclut que la prochaine fois, elle sortira peut-être sa carte bleue, économisant temps et argent...

L'heure du départ. Enfin. Le train s'ébranle lentement, comme un albatros fatigué aux ailes traînantes.La machine s'élance enfin en pleine campagne, glissant sur les rails avec un frôlement léger de métal qu'elle imagine empli d'étincelles dans la nuit. Elle sait que la journée sera longue, interminable, éprouvante. Elle compte les heures qui lui restent avant de retrouver son cyber amant. Quatre. Trois. Deux. Une. Encore une, il faut tenir compte aussi du retard du train...

L'arrivée. Encore 30 minutes à attendre un taxi dans la bruine matinale. Cette ville a l'air désertée de ses habitants, qu'elle imagine chaudement calfeutrés chez eux, sous une couette encore accueillante. Le point de rendez-vous est une pension de famille enfouie dans les faubourgs de la cité, au milieu de nulle part. Elle frissonne en arrivant devant le bâtiment d'apparence quelconque. La photo sur internet avait plus de classe... Elle aurait souhaité plus de clinquant, peut-être, un palais pour elle seule, des domestiques, une certaine image du glamour... Elle est la première à franchir la ligne, et expérimente le difficile franchissement du regard de l'employée assise derrrière son comptoir. En tremblant, elle règle le montant de la chambre pour la journée, et prend fébrilement la clé avant de monter l'escalier grinçant désagréablement. La chambre est propre, claire et bien aménagée. Elle pousse un soupir de soulagement, heureuse d'échapper au sordide en fin de compte. Elle inspecte les lieux, se prépare au grand saut en faisant un brin de toilette et en enlevant le pantalon et le pull de voyage. Elle laisse ses mains courir sur sa peau en enfilant lentement les bas, puis chausse ses escarpins et ajuste son soutien-gorge pigeonnant sous le bustier ajusté. Elle vérifie que le string est en place en le tirant légèrement en arrière. Elle rabat sa jupe fendue et attend. Encore.

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19 novembre 2008

Désirs: sans interdit (8)

manegeL'automne avance à petits pas venteux et pluvieux, dépouillant peu à peu les arbres de leurs habits virevoltants. La semaine de garde des enfants se termine sous une pluie battante, et comme Monsieur Ex a des soucis mécaniques avec son char d'avant guerre, il est venu en bus depuis l'autre côté de la ville. Elle consent, une fois n'est pas coutume, à prolonger la soirée par un repas commun, pour la plus grande joie des petits. Une fois ceux-ci égayés dans la maison, elle et lui échangent quelques vues sur les difficultés économiques actuelles, tout en débarrassant la table, renouant ainsi avec le quotidien précédemment exécré. Elle laisse  par inadvertance tomber une serviette qu'il s'empresse de ramasser. Ce faisant, son regard accroche sa jambe partiellement dénudée, et il constate avec surprise la perfection de l'endroit. Il tend sans réfléchir sa main vers le genou d'Elle, et se reprend juste avant de l'effleurer en émettant un vague sourire idiot d'excuse.

"Tu me saisis, là! Depuis quand as-tu une peau satinée et douce comme ça, hmm? Attends, je sais: tu as quelqu'un!
- Non, pas vraiment...
- Eh! On ne me la fait pas! En 10 ans de mariage, tu n'as presque jamais pris soin de toi comme ça. Je dis "presque", parce qu'il y a eu les circonstances exceptionnelles (il compte sur ses doigts): le mariage de ta soeur en Août, la communion de ma nièce, l'enterrement de vie de jeune fille de Marina et... je sèche!"

Elle commence à lui raconter à demi mots le contexte, puis, la confiance revenant, lui donne tous les détails de sa nouvelle vie. Il sourit, amusé, et se met également à lui narrer à son tour sa rencontre récente avec une femme dont il pense être amoureux. Ils se regardent, soulagés, et les confidences se poursuivent jusque tard dans la nuit, les enfants étant couchés depuis longtemps. Elle lui prépare la chambre d'amis (pas question de replonger...), heureuse d'avoir reconquis l'amitié d'un des hommes de sa vie.

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18 novembre 2008

désirs: sans interdit (7)

epilationEnfin, l'homme aux yeux doux lui propose une rencontre IRL. Ses sens s'embrasent à l'évocation de cette possibilité. Elle ressent des sensations exquises dans son ventre, elle voudrait que cela se produise là, maintenant, tout de suite, sur le parquet de son salon, à la hussarde... Elle se voit déjà en sauvage cavalière domptant un étalon rendu fou par ses charmes, cravachant l'inconscient pour son impudence... "J'me voyais déjà..." chantait Aznavour. Mais la réalité une fois de plus s'impose à elle. Le soufflé retombe mollement, sitôt sorti du four de ses envies.

Le gros mot est lâché: organisation. Le tue-l'amour absolu. Beaux Yeux est un cadre, forcément dynamique et à ce titre, son carnet de rendez-vous est particulièrement bien étoffé . Ses déplacements professionnels s'effectuent à longue distance et sont programmés longtemps à l'avance. Sa situation à elle est à peine plus simple, puisqu'elle doit viser les semaines sans les enfants, et les jours de RTT possibles... Une date est finalement retenue, 5 semaines plus tard. Cela la plonge dans une certaine perplexité: n'ayant plus 15 ans, elle se demande comment conserver le désir intact sur une aussi longue période platonique... Comment entretenir  ce brasier qu'elle a senti monter en elle comme une vague de lave incandescente?

Le temps passe. Lentement. Elle se refuse désormais à regarder ses mails plus d'une fois par jour, pour faire durer le plaisir qu'elle éprouve à les lire. Elle décide de se recentrer sur elle-même, et se met à écumer les instituts de beauté, ces lieux de perdition dans lesquels elle n'aurait jamais imaginer fourrer un orteil un jour. Elle s'exerce à rester impassible devant les conversations hautement philosophiques des esthéticiennes, concernant la répartition et la couleur de ses poils jambiers. Parfois, elles poussaient l'audace jusqu'à évoquer brièvement les conditions météorologiques, ce qui plagiait inexorablement les allocutions de la coiffeuse, qu'elle consultait régulièrement aussi. Elle éprouvait un plaisir pervers à sentir les mains douces de la jeune employée lui masser légèrement les jambes après la séance de torture, étalant de ses doigts experts une bonne dose de crème hydratante au parfum boisé. Et quel bonheur ensuite de laisser courir ses mains à elle sur sa peau lisse, à peine irritée par l'arrachement des bandes de cire...

En appréciant le contact sans interface de la peau contre la peau, elle s'aperçoit de son aversion progressive pour toute pilosité. Elle prend la courageuse décision d'aller encore plus loin dans la reconquête cutanée , façon polder. Après avoir parcouru quelques sites internet féminins d'une blonditude extrême, elle se fabrique une pâte à épiler à base de sucre, miel et jus de citron. Après plusieurs essais infructueux  - mais néanmoins savoureux sur le plan gustatif - elle réussit à obtenir la texture parfaite. Assise devant sa télé, elle commence l'extermination intime... Le premier arrachage lui fait pousser un hurlement de douleur, et elle se maudit de vouloir s'imposer cela. En serrant les dents, elle recommence encore et encore, avant d'arrêter à la moitié, moite de transpiration et au bord du malaise vagal. Le lendemain, des ecchymoses apparaissent, rendant sa démarche hésitante. Il lui faudra attendre quelques jours de plus pour achever l'épilation...

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17 novembre 2008

Désirs: sans interdit (6)

grenouilleLes semaines passent, et elle arrête de se connecter toutes les heures pour vérifier ses messages. Elle pense que la cause est entendue, et qu'il ne sert à rien de se morfondre devant un écran idiot ne renvoyant que l'image de sa propre incompétence. Jusqu'au jour où... Elle reçoit un petit mail insignifiant de l'homme au regard troublant. Les automatismes étant fortement ancrés en elle, elle remarque d'abord avec satisfaction que la syntaxe est correcte et l'orthographe parfaite, prérequis essentiels à toute poursuite de contact. Elle s'empresse de répondre, mettant les deux mains dans le délicieux engrenage de l'alchimie des sens.

Les journées se suivent mais ne se ressemblent plus. Il y a celles où tout s'accélère, et où, virevoltant de mots en énigmes, les billets se suivent à une cadence infernale, déliant doucement et progressivement le fil de la séduction épistolaire. Et aussi celles où le temps s'arrête, quand la vie réelle les rattrape tous deux dans ses filets: il faut bien s'occuper des enfants, de l'intendance et aussi accessoirement aller travailler...

La tonalité des messages change, le ton se fait plus confidentiel. Les mots se chargent de sous-entendus de moins en moins voilés. Elle est sous le charme de l'humour décalé de son correspondant, de ses réparties en adéquation parfaite avec ses  attentes. Elle reste toutefois réaliste. Elle n'attend de cette relation qu'une savoureuse cerise à rajouter sur le gâteau de sa vie, une certaine façon de faire un délicieux 4 heures sans culpabilité. Elle ne croit plus depuis longtemps au prince charmant, elle sait par expérience que sous ses beaux vêtements et ses belles paroles, il y a toujours de la sueur avec des poils autour...

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16 novembre 2008

Désirs: sans interdit (5)

clavier_sans_touchesPhase numéro 2: passer à l'attaque et trouver la proie fuyante qui la régalera. Elle pianote nerveusement sur son clavier, scrutant sa messagerie sur les quelques 10 sites où elle est inscrite sous des pseudos différents. Encore rien, ou si peu. Du menu fretin illettré ne sachant aligner que quelques mots écrits approximativement de façon phonétique. La misère. Parfois, elle a un sursaut d'espoir quand une phrase entière correctement orthographiée vient s'aligner dans la fenêtre de communication, mais elle déchante vite lorsque les questions suivantes concernent ses mensurations ou ses préférences sexuelles... Une moue dégoûtée lui déforme le visage. Tous les mêmes. Et elle... elle se sent misérable de devoir recourir à ce genre de site, comme si la vie réelle ne pouvait pas lui apporter son quota de rencontres!

Elle change de stratégie et va consulter le site des trentenaires jeunistes en quête de leurs amitiés passées. Un site sur lequel on peut renouer avec sa meilleure amie de CE1 le temps de quelques mails d'une cordiale banalité, avant de retomber dans le néant d'où elle n'aurait jamais dû sortir... Elle tape comme au hasard le nom du regard croisé à la gare. Elle a une sueur froide en constatant qu'il est inscrit aussi. Ses doigts restent en suspension au dessus de la touche "envoyer un message". Elle sent en même temps que l'attraction une réticence à réactiver une plaie cicatrisée mais sans doute fragile. Elle pense aussi à la déception si son message restait lettre morte. Son index tremblant s'abat quand même impitoyablement sur "Entrée". Son coeur s'accélère un peu. Elle éteint l'ordinateur. L'attente va pouvoir commencer.

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15 novembre 2008

Désirs: sans interdit (4)

canardroseLe week-end lui semble interminable. Les enfants chahutent joyeusement dans le salon, s'arrachant l'unique commande rescapée de la PS2. Leurs cris lui vrillent les tympans, et elle soupire en comptant les heures. Plus que 3, et elle sera libérée, soulagement en perspective teinté d'une vague culpabilité. Elle adore ses 3 petits monstres, mais cette fois, contrairement aux semaines monotones constituant son ordinaire, elle a des projets.

Enfin, Monsieur Ex vient chercher la marmaille, et repart après une conversation réduite au cordial minimum syndical.

Elle monte sans se presser se faire couler un bain moussant, luxe suprême qu'elle s'accorde rarement, par manque de temps et aussi par crainte du gaspillage insensé d'eau occasionné, phobie solidement ancrée depuis des années, survivance d'une enfance jalonnée de remarques du genre: "Ferme le robinet quand tu te savonnes sous la douche" (et là, elle se rappelle les longues minutes à grelotter dans la salle de bain sous chauffée à 15 ° C...); "Attention à l'eau qui coule quand tu te brosses les dents!"; "Lave-toi bien les mains avant de manger, il y a des microbes partout" (une chance qu'elle n'ait pas viré TOC avec ces injonctions hygiénistes proférées à tout bout de champ...). Ah! Les microbes! Partenaires de sa jeunesse, omniprésents dans les moindres recoins sans qu'on les voit, les bougres! Des as du camoufflage, en fait. Mais ils étaient si présents dans le discours parental qu'elle les imaginait énormes, méchants, plein de pustules immondes, et obéissait sagement, se lavant les mains dès qu'elles avaient touché un objet sortant du strict cadre familial.

Ce bain est une revanche. Sa revanche. Oui, l'eau va couler à flots. Oui, elle en remettra encore quand elle se sera refroidie un peu. Elle se peletonne sous la mousse abondante qui recouvre les courbes de son corps. Elle s'amuse à se tourner sur le ventre, faisant onduler son bassin en un mouvement imperceptible facilité par  la poussée d'Archimède.

Après un long moment de flottaison, elle soupire et se résout à s'extirper de son cocon moussu. Elle se rince rapidement à l'eau claire et s'enveloppe dans une immense serviette blanche et trouée, constatant ici aussi l'avancée de la décrépitude ambiante... Elle tombe soudain en arrêt devant le miroir, le regard attiré par ses jambes. Elle hausse un sourcil interrogateur en scrutant le duvet peu harmonieux les ornant. Duvet d'ailleurs plus proche d'une épaisse toison ou d'une fourrure de gorille que du fin et doux voile de plumes du poussin innocent...

D'un geste précis, elle déchire alors la boîte de bandes de cire froides achetées quelques jours plus tôt. Elle en réchauffe une entre ses mains, sépare les 2 bandes, en applique une sur sa jambe droite et tire d'un coup sec vers le haut, ce qui lui arrache des larmes tant le choc est rude... Depuis combien de temps ses poils étaient-ils en jachère? Le souvenir s'en perd dans les brumes de son cerveau. Elle s'applique, se contorsionne, et réussit à terminer tant bien que mal les 2 jambes, se promettant de recourir à une professionnelle la prochaine fois, ayant frisé le lumbago à 2 ou 3 reprises...

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14 novembre 2008

Désirs: sans interdit... (3)

Louise_Brooks11La nuit est longue, reposante, revitalisante. Elle émerge d'un demi-sommeil bienheureux, encore sous l'effet des activités vespérales. Elle s'étire comme un chat au soleil, sentant son corps s'allonger de quelques millimètres. Elle se lève, se dirige machinalement vers la penderie pour y prendre... Rien, en fait. Le nettoyage par le vide a été très méthodique, et il ne reste que ses vêtements de la veille, roulés en boule au pied du lit, et empestant la sueur, le train, le taxi. En maugréant, elle les enfile, non sans se maudire au passage de ces prises de décisions intempestives qui font tout son charme... Elle avale un café serré à peine sucré en y trempant un croûton ayant échappé au rangement extrême. Elle attrape son sac à main, monte dans sa voiture et effectue un démarrage peu écologique en écrasant violemment l'accélérateur.

Sur le chemin, elle se calme et reprend ses esprits. Elle se dirige vers le centre commercial le plus proche, avec sa grande galerie marchande tentatrice. Commence alors le carnage, le dépeçage minutieux de sa Carte bleue, magasin après magasin. Elle pense un instant  à Julia Roberts dans "Pretty woman", qui elle, au moins, était accompagnée... Elle chantonne l'air du film en essayant le 5ème soutien-gorge pigeonnant chez Darjeeling. Elle se surprend à s'admirer dans le miroir de la cabine d'essayage, et note au passage que contrairement à la majorité de ces endroits, ici la lumière n'exacerbe pas le délicat aspect peau d'orange de ses capitons cellulitiques... Commerce oblige, sans doute... Elle s'étonne également de trouver autant de sous-vêtements à sa taille, et décide d'acheter presque toute la collection automne-hiver.

Elle écume ensuite plusieurs marchands de chaussures et de vêtements, en repart chargée de sacs respectueux de l'environnement. Elle dépose ses acquisitions dans le coffre de la voiture, et repart à l'abordage du centre munie d'un chariot. Elle y jette de quoi entamer sa mutation en pur produit féminin:  vernis à ongles, lotions, savons Bio, produits gommants, hydratants, épilants, lavants, lubrifiants... Elle est vaguement effarée par les dépenses effectuées, mais elle est trop en phase compulsive pour raisonner sainement. Elle sent enfin les tensions s'apaiser dans son corps, et rentre chez elle, lestée de multiples sacs aux contenus si prometteurs...

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13 novembre 2008

Désirs: sans interdit... (2)

mms_lingerie_01Dans le train qui la ramène chez elle, elle réfléchit intensément à ce qu'est devenue sa vie. Une suite sans intérêt d'instants vides se ressemblant trop. Elle évoque avec un frisson les soirées où seule, avachie dans son canapé, elle regarde des séries sans envergure pour tromper son ennui, en sirotant un jus de pomme et en ingurgitant des substances caloriques au goût douteux. Le cliché de base des semaines où les enfants sont chez leur père. Elle sent monter en elle une bouffée de honte et de colère .Son regard descend lentement le long de son corps, effleurant ses seins aplatis par un pull sans attrait, les hanches cachées par sa longueur effarante, les cuisses toujours trop visibles en position assise... Elle se souvient de toutes les fois où la sirène d'alarme a été tirée par son mari, quand il lui demandait de faire attention à elle (et sous entendu, à lui) et qu'elle l'envoyait balader, jusqu'à cette fois de trop... Le jour de l'envol du mari devenant volage et commençant sa migration vers des cieux plus cléments à son tempérament affectueux.

C'est décidé. Elle va se reprendre en main dans tous les domaines. Elle va se transformer, se modeler, se sculpter, se plaire et peut-être découvrir le plaisir de plaire aussi.

Elle arrive tard le soir chez elle, déposée par un taxi à la conversation monotone. Elle file dans la chambre constater l'étendue des dégâts. A quatre pattes devant sa penderie, elle inspecte ses vêtements et prend consciencieusement note de se débarrasser de  tout ce qui est dans les tons sombres soit environ les 3/4 des étagères. La revue de la lingerie est encore plus déprimante, avec des Sloggis et des slips Petit Bateau survivants de la dernière guerre, où la seule dentelle autorisée n'est que celle apportée par le temps... Obéissant au saint précepte selon lequel il vaut mieux agir que dormir, elle dévale l'escalier en direction du garage, empoigne un carton et remonte en vitesse joindre le geste à ses décisions: elle y projette pêle-mêle les slips anticonceptionnels, les T shirts délavés, les pantalons culs d'éléphant et autres joyeusetés très sexys. Essoufflée, elle contemple son oeuvre, satisfaite et proche de l'assouvissement.

Minuit. Elle continue son ménage, la tête dans le réfrigérateur. Elle remplit sa poubelle de jolies boîtes colorées de pizzas, plats cuisinés, sodas, pâte d'arachide, rillettes, et  parts de gâteaux à l'huile de palme. Elle titube, ivre de fatigue mais pleine d'un espoir ténu ne demandant qu'à se renforcer.

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