pommeraye9

 

11h50. Nous sommes trois à déambuler dans le Passage Pommeraye, le cou lesté de nos appareils photos, tels des zombies en quête d'un délicieux repas. Notre mentor nous noie sous un déluge de conseils très professionnels pour que chaque déclenchement soit le fruit d'une mûre réflexion, et pas celui du simple hasard de débutant. D'abord régler les ISO. Je propose 400, il est d'accord. La luminosité, filtrée par la verrière, est ternie par de lourds nuages de pré-pluie. Il y a de l'électricité dans l'air, et elle ne doit rien à l'orage. Je suis terriblement excitée par ce stage photo, où je manipule pour la première fois le reflex de location, un Nikon D3200.

Nous avons une demi-heure pour faire une série de trois clichés représentatifs des lieux. Cette petite série doit donner envie de découvrir le passage aux touristes qui ne le connaîtraient pas. Mission difficile pour moi qui suis une addict du clic et des prises de vue en quasi rafale... D'autant plus qu'il faudra utiliser plusieurs techniques, la règle des tiers, de remplissage de l'image, les lignes de fuite, la profondeur de champ, saisir un instant parmi d'autres pour le rendre attractif sans lasser l'oeil... Je sens se fissurer l'écorce de mes certitudes à mesure qu'il déroule sa liste de contraintes. 

Il nous lâche enfin comme des fauves dans l'arène. Je suis un peu déstabilisée, car je dois réfléchir à mes réglages, choisir un angle de vue et attendre que quelque chose se produise dans le viseur avant d'appuyer sur le bouton. Je panique. Le mode automatique que j'utilise si souvent ne m'a pas préparée à toutes ces étapes. J'étais bien innocente... Mes doigts paniquent sur la molette, j'oublie que la mise au point se fait en tournant la bague de l'objectif. Vite, appelez une ambulance, je pète un câble ! Heureusement, Matthieu veille au grain et surgit derrière moi pour me donner quelques conseils fort avisés. Comment me placer, quelle ouverture choisir, quel sujet envisager. Sa douceur et son professionnalisme ont vite raison de mes craintes. Je peux enfin laisser libre court à mon imagination.

Dans l'escalier, un jeune couple en train de convoler pour l'éternité prend la pose. Elle, confite dans sa meringue blanc cassé, et lui, cintré dans un costume impeccable, attendent que leur photographe les place. J'en profite pour leur voler leur image sans remords, me transformant en gibier de potence le temps d'un éclair. Las ! Le cliché est grillé, j'ai oublié de régler la vitesse d'obturation. Une seconde de trop dans ma vie de pilleuse d'images ! Je n'ose pas récidiver...

Je me réfugie entre les fesses d'une statue pour en shooter une autre. Premier plan flou. OK. J'attends qu'un passant entre dans mon champ de vision et clic ! Voici immortalisé le pseudo-priapisme triomphant de l'oeuvre de Jean Debay !

Sur le chemin du retour, après avoir montré mes photos à Matthieu et à l'autre stagiaire, mon esprit s'emballe et pétille avec la légèreté d'âme  d'une enfant facétieuse. C'est que l'art, moi, z'aime ça ! Je me sens toute moxybustionnée du ciboulot, et c'est bon. Ce qui l'est moins, c'est la patience dont je vais devoir faire montre, avant d'acquérir un appareil photo reflex ou hybride. Mais je l'aurai, un jour. Je l'aurai ! En attendant, nous nous dirigeons vers la seconde étape du stage : le portrait de rue. Un passionnant challenge. Je sens que cette journée va me plaire !

 

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Ce texte est écrit selon la consigne d'Olivia.

Les mots à placer : fruit - ambulance - électricité - meringue - potence - écorce - armoise - innocent - priapisme - douceur - retour

olivia