vase

 

Cette photo, je l'ai prise au bord d'un étier en Vendée, à marée si basse qu'elle ne remontait plus jusque-là. La vase avait fini par sécher et se craqueler, un peu comme quand tu oublies que tu t'es posé un masque à l'argile et qu'il se rappelle à ton bon souvenir, quand tu ne peux plus sourire. L'image est assez réaliste, puisque quand l'eau revient irriguer les multiples fentes, la peau du canal redevient lisse, elle aussi. L'analogie cosmétique va s'arrêter là, car si on te dit que ta peau est délicieusement molle et grise, c'est plutôt mauvais signe. Change d'amis.

Il y avait aussi quelques casiers attachés par des cordes, et qui formaient un genre de damier. Normal. Des casiers, ça dessine des cases, c'est mathématique. Et dans l'une d'entre elles, on distinguait les petits pas menus des oiseaux venus se la jouer Hollywood boulevard, façon Walk of Fame. Fuyaient-ils la case d'à côté pour rejoindre le petit bosquet de verdure et ses promesses de petits vers goûteux ? Nul ne le saura jamais.

En vue d'avion, mon damier, il ressemble à 1/4 d'espoir, 3/4 de désolation,  du 100% Smaug. Les cordes se font frontières infranchissables, les oiseaux, des exilés climatiques, et la vase, des territoires hostiles et désertiques. Les touffes de plantes deviennent des forêts en sursis, vestiges d'un temps où l'on pouvait s'y promener ou y perdre des enfants en partance pour le domicile d'un ogre ou d'une sorcière cannibale.

Du coup, je crois que je vais le poser, mon avion. Je vais l'atterrir dans un coin, et lui demander poliment de rester bien tranquille, avant de chausser un microscope pour observer le foisonnement de la faune vasière. C'est plus rassurant pour l'avenir...