camouffler

Ce matin, je t'ai vu alors que je levais les yeux au ciel en trottinant dans la rue. Tu étais là, désespérément suspendu au rebord de cette fenêtre. Quelle idée ! Je me suis demandé dans quelle embrouille tu avais encore été te fourrer. Comme tu ne criais pas et que tu restais immobile, je n'ai pas osé te déranger. Sans doute étais-tu en plein processus créatif. J'ai donc continué ma route.

En tournant au coin du boulevard, près de la boulangerie, mon regard a été attiré par une tâche de couleur. Tu étais là aussi, sur ce balcon, à côté du bac de géraniums en perdition. Une main levée comme pour saluer les passants, ton sourire énigmatique arrosait la rue en contrebas. Là encore, je n'ai rien dit. On a la liberté de faire le planton devant une porte-fenêtre, que diable !

Mais quand, cent mètres plus loin, je t'ai encore croisé, alors que tu tentais d'escalader un mur le long d'une gouttière, j'ai eu un doute. Que tu veuilles m'impressionner, passe encore. J'ai l'habitude, tu penses ! Tu me fais le coup régulièrement depuis que je suis toute petite. Mais ce costume en feutrine pathétique... Tu as fait les soldes, ou quoi ? Et puis, cette exhibition devant tout le monde... Je croyais que tu devais être discret. Comment veux-tu que j'aie encore confiance en toi, après ça ?

A moins que tu ne te sois encore fait avoir. Tu es trop gentil... Tu ne sais pas dire non ! A ton âge, pourtant, il serait temps d'apprendre, tu ne penses pas ? Tiens, c'est comme l'autre jour, quand je t'ai croisé devant le grand magasin du centre ville. Oui, tu sais, c'était quand tu avais une meute de gamins autour de toi. Tu leur racontais je ne sais plus quoi. Tu ne t'es pas dit que s'ils riaient, c'était peut-être de toi ? Tu es si naïf...

Moi, ce que j'en dis... C'est ta vie, après tout. Mais ne viens pas pleurer ensuite, à te plaindre que plus personne ne croit en toi, et patati, et patata. C'est la vie, mon vieux ! La surexposition médiatique, ça te tue une réputation. J'en sais quelque chose... Fuck Walt Disney ! Depuis que Mickey a pris la grosse tête, je ne suis plus rien, moi.

Bon allez, arrête de pleurer ! Remets ton bonnet et essuie ta barbe, je te ramène au pied de ton traîneau. Il y a encore quelques innocents qui t'attendent au pied de leur sapin. Et qui sait, ils auront peut-être quelques dents pour moi aussi ?