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" Bonjour"...

Ce mot, prononcé du bout des lèvres, dans un soupir presque aspiré par ses points de suspension, c'est celui que nous prononçons tous en entrant dans une salle d'attente de médecin. Un mot presque invisible aux oreilles inattentives ou déjà bouchées par le rhume qui les amène dans ces parages. Un presque mot, en fait. Une manière de politesse qui a l'air de ne pas y toucher. On ne sait jamais, des fois que ce serait contagieux...

C'est un chuchotement de convenance. Un souffle de bienvenue. Un vague bruit d'excuse. Comme si le simple fait de le prononcer allait rompre la sacralité de l'instant. Salle d'attente, église : un point partout, balle au centre. Ce silence respectueux, j'ai longtemps cru qu'il était l'apanage de certains lieux, et ce, un peu partout dans le monde.

Jusqu'au jour où j'ai testé un hôpital local sur une île espagnole. Rien de bien méchant, juste la rencontre inopinée -bien qu'épineuse - entre ma jambe et une roche volcanique acérée. Suffisamment quand même pour que je me pose la question de quelques points de suture. Armée de mon anglais de base, de mon espagnol inexistant et de ma carte européenne de santé, j'ai réussi à me faire diriger vers une salle d'attente bombée aux allures de kermesse. Mon petit "hola" poliment étouffé a été instantanément broyé par une avalanche sonore fortement incompréhensible. Tous ces gens malades se parlaient, et fort, avec ça. On s'interjectionnait de part et d'autre, avec force geste. A ma gauche, une mamie toute contentionnée de bas s'est mise à papoter avec la jeune femme sise à ma droite, par dessus ma jambe qui n'a pas bien saisi l'affaire en détail. Le tout en me prenant à témoin, bien sûr. Je n'ai pu que sourire d'un air navré. Ou navrant, plutôt. Je me maudissais intérieurement de ma supposée germanophonie collégienne puis lycéenne. N'entravant que dalle, je me suis concentrée sur les noms que beuglait le médecin dans son boxe. Aucun autre mot ne pourrait mieux décrire les vociférations accentuées qui sortaient de la petite pièce où il officiait. Ma crainte de ne pas comprendre mon propre nom quand il serait prononcé, sans doute fortement déformé, était fondée. Après 1 h d'attente dans le brouhaha, j'ai avisé une infirmière dont l'âge m'a paru compatible avec une connaissance même minime de l'anglais. Bingo. Je n'attendais pas au bon endroit...

Là, je dois tirer mon chapeau aux nouvelles technologie. J'avais soigneusement écrit tout un texte en français, expliquant ma situation, jusqu'à mes derniers rappels vaccinaux (je suis pointilleuse parfois). Puis d'un clic, hop ! Traduction instantanée en espagnol. L'infirmière a tout compris, et par gestes, m'a fait comprendre que j'étais une quiche, parce que 12 h après une plaie, il était un peu tard pour envisager de la suturer... Tout ça avec un beau sourire. C'est important, de ne pas froisser un touriste. Des fois qu'il revienne s'étaler sur un bout de volcan...

Lestée d'un volumineux pansement, je suis ressortie de cet hôpital local avec une expérience positive. Depuis, mon "bonjour" sonne un poil plus fort quand je vais me perdre dans une salle d'attente. Et forcément, celui des autres l'est aussi ! Foutu instinct grégaire, quand même...