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Il y a un jour précis, dans la vie, où tout se renverse. Où les lois de la gravité semblent se moquer de toi. Tout ce qui était immuable se met à tanguer. Tes bases valsent comme des gigots mous. Et tes certitudes millénaires vacillent, comme un château de cartes déjà rebattues à ton insu.

Ce jour-là, tu prends ta mère dans tes bras pour la consoler. Tu sèches ses larmes d'épuisement en lui tapotant l'épaule et en lui disant : "là, là, ça va aller !" Tu te sens grandir de l'intérieur sans que tu l'aies voulu, toi qui aimerais plutôt te recroqueviller dans un coin en attendant que ça passe. Peut-être même en te balançant mécaniquement d'avant en arrière, ton dos heurtant le mur d'une manière rassurante.

Les larmes d'une mère, ça te démunit. C'est un séisme. Une tornade. Un tsunami. Ce n'est rien, te dit-elle, ça va passer. Elle tremble sa fatigue entre tes bras. Elle se recroqueville comme un escargot et te confie le rôle de coquille. Tu te sens un peu emmanchée, comme dans un costume trop grand avec des coutures qui grattent un peu dans les coins.

Elle te raconte les nuits sans sommeil. Les cauchemars. Les fantômes du passé revenus rôder dans ses herbes folles. Tu sens par-dessus tout sa terreur d'un futur solitaire. Elle ne dit rien, bien sûr. Elle ne veut pas montrer ses failles, alors que tu les vois hurler leur présence comme autant de gyrophares. Silence assourdissant des alarmes muettes. 

Tu encaisses. Tu es là pour ça. Tu ne dis rien de tes propres doutes. Tu rassures. Tu es le pivot qui oscille entre deux chutes. Tu ne dis pas que tu as pensé qu'il était bien petit, ton père, dans ce grand lit d'hôpital. Le géant de ton enfance a fondu comme un flocon, empêtré dans ses propres angoisses. Tes ailes sont comme engluées dans la marée noire de la peur des autres.

Maintenant, tu sais que ça va aller pour de vrai. Simple alerte. Mais tu as touché du doigt une vérité que tu n'es pas encore prête à endosser. Comme nous tous, ma vieille. Comme nous tous...