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J'aime aller chez toi, mon ami. T'écouter parler, raconter, rire. Nous formons un drôle d'attelage, toi et moi. Nous ne marchons pas droit, et avec tes creux qui épousent mes bosses, nous avons l'allure d'un serpent un peu bancal. Nous sinuons donc ensemble le temps d'une journée, quelques rares fois dans l'année. J'allume ton étincelle au briquet, tu souffles sur ma flamme endormie, et nos bouches ainsi réveillées se mettent à projeter des mots dans ton salon. Ils viennent nous chatouiller les oreilles avant de s'y glisser comme dans un duvet moelleux. Ils se sentent bien. Accueillis.

Et des mots, il en vient sans cesse. Leurs flots tumultueux pétillent, tourbillonnent, éclaboussent de leur joie nos deux vies ainsi réunies. Tu m'écoutes et je découvre que je sais parler. Je retrouve le goût d'aligner mes trois neurones sur l'axe d'une cohérence oubliée. Et ça fait du bien. Nos paroles glissent doucement de l'extérieur vers l'intérieur. La politique, la météo, le boulot, la vie de famille, parfois vide famille. Les blessures et leurs cicatrices, l'égo blessé, l'incompréhension du monde. La difficulté de se connaître, de tisser des liens, de les conserver. De l'amour, de son existence hypothétique à sa disparition en mirage. Un peu de tout, un peu de rien. Beaucoup, en fait. Le temps passe, invisible.

Déjà 8 heures que nous refaisons nos mondes... A peine un instant. Déjà je dois repartir, retrouver le flux laminaire du quotidien et ses mortes eaux. Je sens déjà se calmer le tourbillon de mes pensées. Elles s'agiteront sans doute encore un peu avant de retrouver leur vase. Merci à toi, mon ami, le meilleur, d'avoir dansé avec elles et de leur avoir redonné une forme humaine. Je me sens bien, légère et vivante. Je me souris dans le miroir de courtoisie. J'ai l'oeil qui frise et les pensées aérées. Je m'envole !