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Cela fait un moment que tes lèvres regardent vers le bas. Que la gravité les attire de plus en plus, arquant d'une ombre négative le bas de ton visage. J'ai vu ta bouche autrefois rieuse se laisser blanchir à force de serrer les dents, et tes mâchoires contractées ne plus permettre le passage qu'aux sons monolithiques issus de ta gorge. Des bruits de pierres qu'on frotte. Des frictions de métaux mal lubrifiés. Des crissements de craie sur un tableau trop noir.

Il y a eu ce coup de téléphone, ce matin. Tu as décroché. Et j'ai vu soudain s'allumer une lueur dans ton regard. Juste un fond d'étincelle, l'éclair d'une lointaine galaxie. J'ai senti que tes lèvres voulaient s'ouvrir. Mais la rouille du silence les avait cadenassées pour de bon. Tu as raccroché. Tu t'es mise devant la glace. Et tu as regardé. D'un doigt, tu as relevé le coin de tes lèvres comme tu aurais fait un chignon de tes cheveux. Tes yeux ne disaient encore rien, cachés derrière leurs paupières.

Puis doucement, j'ai vu apparaître des microsillons au coin de tes yeux. Des petits restes de bonheurs enfuis. Ta bouche a desserré son étau peu à peu, découvrant tes dents depuis si longtemps calfeutrées. Ton visage est entré en lente éruption, tes joues se sont relevées elles aussi, et j'ai entendu un bruit. Enroué, grippé d'abord. Puis plus clair, plus pur. J'ai enfin vu l'éclat de ton rire se répercuter sur tout ton être. Tout ton corps a expulsé les émotions si longtemps contenues, innondant la pièce d'un séisme de joie. Je t'ai demandé qui t'avait ainsi réveillée.

- C'était l'horloge parlante. Le Temps s'est remis en marche. Enfin ! On va pouvoir avancer !

Alleluia ! La vie continue...