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Connaissez-vous la danse des paupières ? Vous savez, cette gigue qui les fait tressauter autour de vos yeux comme autant de petits indiens facétieux. Les miennes sont passées expertes en la matière. Elles tanguent haut, elles valsent musette et s'emballent à un rythme quasi brésilien. Et elles entraînent avec elles les copains d'à côté, les habitants de mes épaules, de mes bras, de mes jambes, sans leur demander leur avis.

Je me dis que ça doit être cool, d'être une fibre musculaire, des fois. Pas d'imprévus, aucune intendance à gérer, juste se laisser aller où le vent des nerfs les emporte. Je les imagine filer le contrepoint et flirter avec le contretemps. Doser les pauses et effacer les points d'orgue. S'imaginer en jazzmen improvisant une folle partition. J'observe leurs saccades débridées de manière détachée. Elles ne me concernent pas. J'essaie de leur trouver un sens, mais elles refusent de se laisser écrire, décortiquer, apprivoiser. 

Je les terrasse à coup de magnésium. Je les abrutis de sieste. Je les couche à des horaires gallinacés. Elles font semblant de s'assoupir. Elles me narguent en me laissant croire que j'ai gagné. Et elles repartent de plus belle une fois l'alerte passée. Elles me fatiguent avec leur joie de vivre, leur insouciance adolescente... Je n'ai pas osé sortir les grands moyens. Peut-être devrais-je les plâtrer ? Les enrubanner, façon momie ? Me transformer en arbre immobile ? Ou accepter de cohabiter pacifiquement ? Et surtout arrêter de les nourrir de mes insomnies.

Besoin de vacance, moi, je crois...