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Pire qu’une page blanche ou l’épaisseur d’un silence, il y a le vide. Le rien. Le néant. Pourtant, là, simplement évoquer son existence, c’est déjà lui donner de la substance. Et de ce comble aux combles, il n’y a qu’un escalier, celui qui grimpe au grenier. Là se sont entassés tous les meubles dont on ne veut plus, sans avoir osé franchir le cap du recyclage, et qui parsèment de passé les grains de poussière qui virevoltent dans les coins.

Ce vide, on a une folle envie de le combler tant bien que mal. A cela servent les commodes aux tiroirs mourants, les armoires déportées, les tables estropiées claudicant sur trois pieds et les buffets ployant sous leur plateau de marbre brisé. Mais pas n’importe comment. Le vide ne se meuble pas à la sauvette. Il faut faire de savants calculs, se pencher sur des règles mathématiques pointues, jouer au tangram et fignoler tout ça en Tetris majeur. Tout interstice doit disparaître, sous peine de devoir tout recommencer.

Pourquoi ce déménagement, d’ailleurs ? Ne pourrait-on pas simplement lui foutre la paix, à cet espace de pas grand chose ? Lui donner une chance d’oublier la raison de sa vacuité ? Non, on ne peut pas. On est devenu pote avec la nature entre temps, et elle, elle déteste le vide. Alors, pour lui complaire, on va enquiquiner l’autre qui se terrait peinard dans son antre désolé. Sorry, guy, tu dormiras un autre jour.

Voilà. Le travail est fait. Devant moi s’étale un tas de mots avec des lettres dedans. J’ai l’impression d’avoir violé ma tranquillité d’esprit. Ma caboche s’ouvre au scalpel comme un furoncle sous pression. L’image fuse tellement d’elle-même que c’en est écœurant de réalisme. Me reste à cicatriser tout ça en douceur. Digérer l’impression et apprendre à cohabiter avec Pandore…