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 Mise en garde avant lecture: ceci est un pavé qui ne peut vous faire que du bien.

J'ai découvert tout à fait récemment grâce à l'homme de ma vie, l'existence d'Eric Gaspar, un prof de maths en lycée à Montpellier. Ce gars-là est un type bien. Il a créé un outil éducatif pour les enseignants, les parents, les élèves, appelé Neurosup (marque déposée). Le propos est de "rassembler et présenter la synthèse des dernières avancées en neurosciences, qui permettent de mieux réussir, plus facilement et avec plus de plaisir, tout apprentissage". Redonner le goût d'apprendre aux élèves en difficultés. Parce que rien n'est immuable grâce à la plasticité cérébrale!

Certes, il n'invente rien. Il établit simplement un pont entre deux domaines différents: tout d'abord les scientifiques de la caboche, qui commencent à comprendre comment notre cerveau code le concept "pomme" en le découpant en petits morceaux (une compote, donc) dispatchés dans plusieurs zones de notre cortex, avant d'aller récupérer les dits morceaux pour reconstituer le fruit quand la mémoire nous commande de le faire. Entre autres choses fascinantes. Et puis les profs, ces bourreurs de crâne souvent incompris, qui restent parfois démunis devant le comportement et les capacités de leurs élèves.
Il a établi une méthode, des conseils très pratico-pratiques que chacun peut assimiler facilement. C'est simple, c'est didactique, coloré, et surtout, expliqué et validé scientifiquement. Comme d'habitude, le frein à la généralisation de cette méthode, bien sûr, c'est l'argent. Depuis quand l'éducation est-elle rentable? Tiens, tant qu'on y est, même question au sujet de la santé... Bref...
Il a écrit un petit fascicule, "Explose ton score au collège", qui est régulièrement en rupture de stock. Je l'ai. Je vais le lire. Je vais enfin savoir comment inoculer des connaissances dans le cerveau de ma fille sans qu'elle en souffre, et sans que les séances de devoirs se terminent dans une ambiance de torture. Mettre du plaisir là-dedans. Parce que le plaisir, mine de rien, c'est le moteur de nos vies. Partout, tout le temps. Nous interagissons avec le monde grâce à des tas de petites molécules neuromodulatrices endogènes, les neurotransmetteurs. "Une tempête sous un crâne", disait Hugo qui était tout près de la vérité, de cet orage électrique déchaîné dans nos cerveaux par la transmission de l'influx nerveux. Le plaisir de boire, manger, s'agiter, parler, dormir, être caressé, procrastiner, etc... Une vie sans plaisirs est une non-vie, une déconnection totale de soi.
Donc, si je me recentre sur ce que nous dit Eric Gaspar, la mémorisation d'informations se fait plus facilement si on les regroupe en catégories moins nombreuses. Exemple: mémoriser une liste de 16 mots. Nos cerveaux sont faits pour stocker entre 5 et 9 informations différentes dans ce qui est appelé la mémoire de travail. Donc, on ne retiendra que 5 à 9 mots. Par contre, si ces mots sont eux-même regroupés en 4 catégories (animaux, sports, boissons et pays par exemple), le cerveau considèrera qu'il n'y a plus que 4 informations à retenir. J'ai fait le test, c'était bluffant. Je n'ai mis que 30 secondes à restituer l'intégralité de la liste, sans réfléchir. Je l'ai fait hier, et je me souviens encore de tout.
Un autre élément intéressant est que cette mémoire de travail va effacer régulièrement les infos qui ne sont pas essentielles, histoire de ne pas se surcharger. Sinon, ça disjoncte. Elle va par contre mémoriser ce qui lui semble important, pour peu que nous y pensions à d'autres reprises. L'élève qui assiste à un cours d'anglais le lundi a tout intérêt à revoir ses notes dans les 24 h suivantes, ce qui lui permet de mémoriser le cours pour 1 semaine environ. S'il le relit encore une fois au bout d'une semaine, il sera mémorisé pendant 1 mois. S'il le relit au bout d'1 mois, il sera stocké pour 6 mois. Par contre, s'il ne relit son cours pour la première fois que le jeudi soir, la veille du prochain cours d'anglais, il devra ramer pour se remettre les idées à flot, cela lui demandera plus d'énergie.
Eric Gaspar évoque aussi les sketchnotes, ou topogrammes (il me semble que ce concept avait été inventé par Howard Gardner, l'homme de la théorie des intelligences multiples), cette façon créative de mettre en forme des idées, des connaissances sous forme de croquis, avec éventuellement des couleurs. Il insiste sur le fait que l'élève doit créér ses propres schémas, dessins, couleurs, etc... Il doit associer à une connaissance donnée un indice récupérateur qui a un sens fort pour lui personnellement. Exemple: pour se rappeler "neige", untel lui associera "ski", un autre "oeuf". Le fait ensuite de penser "oeuf" lui rappellera instantanément "neige".
Pour les profs, l'idée est également de faire aux élèves en début de cours 5 minutes de résumé, d'informer que dans 10 minutes, on va leur demander telle consigne, histoire qu'ils se mettent en mode "acquisition de données" et non en mode "je ronfle jusqu'à la sonnerie". Et rebelote en fin de cours, de nouveau 5 minutes pour résumer la séance.
Une autre chose qui m'aurait bien servie quand j'étais étudiante, c'est la gestion de ce fameux "trou noir" pendant les examens, le "je ne sais plus rien". En période de stress, le corps fabrique à la pelle cortisol et noradrénaline, le cerveau archaïque "reptilien" prend le dessus et coupe la route aux zones plus évoluées dont celle de la mémoire. L'organisme se prépare à la fuite (mauvaise idée) ou à l'attaque (pas mieux). D'où cette impression justifiée de ne plus rien savoir. On me disait à l'époque: "si tu n'arrives pas à faire la 1ère question, passe à la 2ème". Fatale erreur... Parce que si cette première question te t'inspire pas, tu vas au contraire secréter encore plus de substances stressogènes, et donc, avoir encore plus de mal à accéder à ta mémoire à l'étage du dessus. La solution est en fait de lire toutes les questions à la suite, de cocher au fur et à mesure celles qui nous inspirent, et de commencer ensuite à répondre par celles-ci. En effectuant une tâche qui nous semble "facile, abordable", le niveau de stress redescend progressivement, et permet d'accéder ensuite à la mémoire ainsi libérée (délivrééééeeeee!)
Je ne peux que vous encourager à regarder une de ses vidéos, pour ma part j'ai visionné celle réalisée en 2014 à l'Université de Bretagne, dont la qualité sonore n'est pas terrible Il en existe d'autres. A vous de piocher dans le site! Certes, cela prend du temps, mais honnêtement, à l'heure du zapping forcené, ça fait rudement du bien de se poser 2 h à réfléchir sainement sans pour autant se prendre la tête! Et tout ça, pour aider nos enfants à mieux se comprendre et leur donner des outils pratiques et valorisants pour évoluer dans leurs apprentissages.

Et en conclusion, je voudrais vraiment remonter le temps pour avoir un prof comme ça... Que ne serais-je devenue!