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L'air que l'on respire ces jours-ci est de plus en plus étrange. Il transporte de multiples particules invisibles à l'oeil nu, mais non dénuées d'effets sur nous. Nos pauvres organismes n'arrivent plus à traiter ce flot continu d'informations discordantes et disjonctent d'un coup. Les pollens arrivent en rangs serrés et se faufilent dans des narines trop grandes ouvertes après ce long et morne automne-hiver. Et ça coule, ça renifle, ça chatouille, ça picote tous ces petits nez et ces grands yeux qui admirent l'oeuvre du printemps. Lui, il a attendu longtemps et s'est fait désirer, comme pour ménager ses effets, avant d'asséner un grand coup de pinceau sur la nature pour lui redonner ses couleurs. Ce Pollock saisonnier a ressorti ses hordes d'allergènes qui entament de concert l'éternelle bataille rangée contre les mastocytes ennemis.

Les médecins n'en ont cure, ils ressortent du fourreau leurs épées antihistaminiques et font rouler entre les cils les gouttes de collyres apaisants qui permettront à leurs patients de goûter enfin sans gêne aux plaisirs d'une météo redevenue clémente.

Et de tondre, de sarcler, de planter, de désherber, de se planter une pioche dans le pied, de laisser un bout de doigts aux fourmis, de se raper le cuir contre le bitume lors d'une promenade en moto,  de jouer à la Belle au Bois dormant en se piquant ou se coupant au verre cassé d'une vaisselle urgente.

Les médecins n'en ont cure, ils ressortent du tiroir la ficelle à rôti et leurs ustensiles de couture, attentifs à réaliser de la dentelle haut de gamme dont les patients garderont à vie un petit souvenir ému.

Ah! Le printemps et ses joies!...

NB: petit billet écrit en 2013, repris ici car tout à fait de saison...