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Ce qui est bien, dans mon métier de customisatrice en santé, c'est de continuer à être surprise par les patients après pourtant quelques années de pratique. L'exemple type est celui du renouvellement de pilule chez une jeune femme. Je commence classiquement par poser quelques questions de routine sur les antécédents personnels et familiaux, s'il existe un tabagisme, si tout se passe bien, etc... Puis je passe à l'examen clinique, auscultation, prise de tension artérielle, pesée, mesure de la taille (j'aime les surprendre en leur faisant grapiller 0.5 à 1 cm, ça fait toujours plaisir et ça détend l'atmosphère...!), palpation des mollets, du ventre. Puis c'est l'heure fatidique de l'examen des seins. Et quand je pose la question de savoir si elles font une autopalpation de temps en temps, il n'est pas rare qu'elles répondent par la négative. Si je m'enquiers alors de l'existence d'un examen antérieur par un confrère ou une consoeur (gynéco ou pas), certaines me disent qu'en fait, on ne leur a jamais palpé la poitrine, ni encore moins appris à le faire, alors qu'elles prennent la pilule depuis quelques années déjà. J'hallucine.

Je m'interroge. La palpation des seins, pour moi, doit être un geste naturel de prévention. Je leur explique. Le fait de s'autoexaminer régulièrement permet de déceler des variations qu'un médecin ne percevra pas forcément lors d'un examen annuel de 30 secondes. Les femmes doivent apprivoiser leurs seins, se familiariser avec leur texture si variable parfois: le sein lisse et homogène, ou celui plus compliqué car granuleux et mastosique. D'ailleurs, le plus souvent, quand un problème est décelé, c'est souvent la femme qui s'aperçoit elle-même d'une anomalie, pas le médecin. D'où l'immense intérêt de leur apprendre les signes qui doivent amener à consulter.

J'aborde l'examen comme un atelier ludique et interactif. Je mets la patiente debout devant le miroir, on regarde comment tout ça est fichu, si c'est symétrique ou pas au départ, comment ça bouge quand elle lève les bras, si ça reste accroché quelque part ou si ça monte harmonieusement. Ensuite elle s'allonge, on fait tout ensemble, à une main puis deux, on explore le prolongement axillaire de la glande, on traque les ganglions, on presse pour voir s'il y a du liquide au mamelon. Je leur dis de faire tout ça de temps en temps chez elle, la semaine après leurs règles, quand les seins sont détendus, sous la douche avec le savon, c'est plus facile. Je mets les copains dans la boucle aussi, il n'y a pas de raison: joindre l'utile à l'agréable, ça ne nuit pas! On rigole pas mal, en fait. Et surtout, ce qui est génial, c'est leur sourire quand on a fait tout ça, les remerciements d'en avoir parlé et de leur avoir montré comment faire. C'est pourtant du basique de chez basique.

Pour le reste de l'examen, là aussi, j'essaie de les faire rire, ou sourire: ça détend le périnée! Mais c'est une autre histoire!