Med'celine

Vagabondages d'une femme médecin au pays de l'improvisation...

30 septembre 2009

Soucis verbeux

beschMon attention a été attirée ce soir par mon fils sur des mots curieux qu'il utilisait à des fins déstabilisatrices, des verbes plus précisément, dont les étranges sonorités ont immédiatement heurté mes chastes oreilles élevées à la syntaxe pure des années 70-80. Devant mon air un peu interloqué, Hardi est allé me chercher son Bescherelle édition 2006, et me l'a ouvert en page finale sur les heureux locataires des lettres "wxyz".

Je m'interroge donc sur le type de conversation à mener pour utiliser dans toute l'acception du terme les verbes "zerver", "ziber", "yodiser", warranter"... Je passe sur les "wolofiser", "yailler", "zairianiser" et "zouaver", d'origine africaine, et sur "zûner" et "zwanzer" de nos amis belges.

Une sorte de frénésie investigatrice m'a alors pris, me poussant à explorer plus avant la liste complaisamment écrite en ordre alphabétique. "Abloquer", "adirer", "aicher", "arrérager","assibiler", "billebauder", "capéer", "débouquer", "discursiviser", "ébiseler", "nieller", "pervibrer", "puddler", "raouster", "renformir", "saietter", "satonner", "touer", "tuder", "vidimer"... Brève lecture en diagonale de tous ces verbes inconnus, me ramenant à me questionner sur ma condition personnelle: comment ai-je pu laisser filer toutes ces années sans me tenir un minimum informée de l'évolution de ma langue maternelle? Comment ai-je pu oublier à ce point qu'une langue vivante change sans cesse? Mais si j'entrevois un sens acceptable pour "biologiser", "décreuser" ou "panoramiquer", les autres me laissent dubitative...

Dois-je m'inscrire à la Fac de Lettres en SUEFLE (Français Langue Etrangère"? Ou souffrez-vous aussi des mêmes symptômes?

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24 septembre 2009

Les grippés du jour

grippDites-moi si je vous bassine avec la grippe. Dans ce cas, je vous parlerai d'autre chose, par exemple d'anxiété d'anéantissement ou de purpura rhumatoïde, sujets abordés ce jour en consultation mais bien moins médiatisables.

Figurez-vous que les patrons se mettent à proférer des diagnostics médicaux à la louche, ou au doigt mouillé, moins élégant mais tout aussi approximatif. Cette dame me consulte ce matin, affolée, sur les conseils expéditifs  de son directeur de bureau. Au cours d'une réunion, elle a eu le malheur d'avoir une bouffée de chaleur avec rougeur du visage, aussitôt associée par le chef à une poussée de fièvre. Et aussitôt de l'enjoindre vivement de quitter l'assemblée en toute urgence et de se rendre chez le médecin pour éliminer un potentiel cas de grippe A, tout ceci bien évidemment sans prendre la peine de vérifier la température de la dame. Son médecin étant absent ce jour, elle arrive chez moi. En fait, l'histoire commence en début de semaine par des nausées, sans rien d'autre, suivies par un petit rhume vite jugulé. Porteuse d'un stérilet à la progestérone, et n'ayant plus de cycles identifiables, elle craint d'être enceinte. L'examen du ventre retrouve une douleur à la palpation de la fosse iliaque gauche sans défense (en clair, douleur du côté opposé à celui de l'appendicite, avec ventre souple) et bien entendu pas de fièvre. Voilà qui oriente immédiatement vers la grippe, c'est clair comme de l'eau de roche, non? Je suis certaine que vous y auriez songé de suite...

Autre cas: une maman qui amène son garçon de 11 ans, toussant un peu avec quelques maux de tête, et qui s'excuse vaguement. " Oui, je sais, ce n'est sans doute rien du tout, mais avec tout ce qu'on entend, je préfère vérifier!" Le gamin est apyrétique lui aussi, n'a mal nulle part, a le teint frais comme un gardon et un humour très développé. Pas vraiment l'archétype du grippé prostré au fond de son lit. Il ressort bardé d'une rhinotrachéite banale, histoire de se faire mousser auprès des copains.

Si on effectue donc un sondage rapide dans les cabinets médicaux, le lieu de choix de l'échantillon est crucial: dans la salle d'attente, le stade de pandémie est dépassé. Au sortir de la consultation, il diminue sérieusement... Les mauvais esprits diront que les médecins ne veulent pas emballer la machine vers le catastrophisme déjà prégnant et ne font pas volontairement le diagnostic de grippe. Mais enfin, qu'on m'explique comment faire état de grippe sans fièvre, ni courbatures ni maux de tête! Sur 5 cas supposés aujourd'hui, aucun ne relevait de cette maladie. Quant au port du masque... On verra plus tard...

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22 septembre 2009

Comment ça, caractériel, le Grand Sachem?

poissonJe dirais plutôt teigneux. Comment sinon qualifier ses sautes d'humeur, ses caprices, ses velléités de justice mal placées? Comment considérer ses dépenses somptuaires autant qu'inutiles, grévant pour longtemps nos budgets de plus en plus semblables à une peau de chagrin lavée à 90° avant un passage imprévu au sèche-linge?

Heureusement, l'humour sauve de tout, même du ridicule, il paraît.

Ainsi, après avoir donné plein de sous à de gros pêcheurs qui n'en manquaient pas, notre igloo regorge de poissons tout frais, sauf qu'ils n'ont pas encore l'autorisation de mise sur le marché. Et comme celle-ci risque d'être reportée à fin novembre, nous risquons de nous retrouver avec un stock légèrement dépassé par les évènements... Qu'à cela ne tienne! Il paraît que la famine, bien incrustée dans nos latitudes, va nous tenir en tenaille encore pendant de nombreuses années. Nous pourrons donc manger ces petits poissons, même après l'actuelle bataille, pour un bénéfice ultérieur. C'est ce que dit la Grande Sorcière. Sauf que... nous autres Esquimaux ne raffolons pas vraiment de poisson avarié, surtout quand nous ne connaissons pas les ingrédients conservateurs utilisés. Nous rions donc au nez de la famine, qui, si elle tue malheureusement quelques uns d'entre nous, reste moins létale que les accidents de traineau et les conséquences d'abus de vodka et de calumets de la paix.

Pour éviter de ruminer chez lui l'échec de ses décisions à l'emporte-pièce, le Grand Sachem va passer sa hargne et son courroux sur le dos d'anciens condisciples, profitant de sa toute-puissance pour écraser la vermine osant le contredire. Sa rage l'emporte ensuite dans le Grand Nord, où à coups de bulldozers, il rase les tipis de voyageurs à l'avenir incertain, sous le regard attendri et concupiscent de témoins professionnels plus nombreux que les exilés du bois.

Tiens, ça ne vous fait plus rire? Ou alors jaune, peut-être? Bizarre, ça. Un problème de foi, sans doute. N'hésitez pas à consulter votre médecin.

Pour le plaisir: le bêtisier de la presse sur la grippe, par le Dr Marc Girard

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20 septembre 2009

Regards à jeter...

papillonMes yeux se sont enfin tournés vers "les regards de Med'celine" que j'avais délaissés par manque de temps, travail oblige. J'avoue que cela me prend un temps fou par photo, du fait de simplement incruster mon nom d'artiste! Je dois sans nul doute payer mon manque de connaissance en informatique... Passez donc un de ces jours pour poser vos regards sur les miens, et restez indulgents, surtout!

20/09/09: quelques images rajoutées hier, dont certaines sont parmi mes préférées... Lesquelles?

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07 septembre 2009

Cas de conscience

OFRWR_USA_GRIPPE_VACCIN_20090722Je suis bien embêtée en ce moment... Les médias nous esquintent les oreilles en radotant sur la grippe A, en nous balançant à longueur de journée des messages de prévention proférés sur un ton mâle catastrophiste et préoccupé, à la limite de la constipation verbale (désolée, c'est l'image qui me saute à l'esprit...). Une jeune maîtresse d'école en maternelle me confiait récemment d'un air embêté qu'il allait lui être difficile de faire respecter à la lettre les consignes gouvernementales à  ses petits élèves, à savoir éternuer ou tousser en mettant son bras replié devant sa bouche: "vous savez, à cet âge, quand ça éternue, ça fait de belles chandelles! Ils vont s'en mettre partout, et nous aussi!"

Mais voyons, Madame, vous aurez à proximité immédiate votre solution hydroalcoolique toute-puissante, et le port permanent d'un masque si confortable vous épargnera la contamination. Et comme vous aurez également revêtu la casaque jetable par dessus vos vêtements, ceux-ci seront indemnes de la présence du vilain virus. Et puis le soir, une fois les enfants partis, tout le petit monde travaillant dans l'école se donnera la main  pour désinfecter tous les jeux, crayons, tapis, etc... Nos petits pourront donc revenir le lendemain en toute quiétude: c'est pas beau, ça?

Et puis Tarzooro va arriver avec sa hotte pleine de bons petits vaccins tout frais, même pas encore homologués et badgés de leur AMM, même pas encore testés: pas besoin, on va faire de la pharmacovigilance en live, en "temps réel", directement en grandeur nature. Etonnant comme d'un médicament à l'autre, le temps ne marche pas à la même allure. Stupéfiant de voir qu'on a déjà prévu de nous pondre des rapports sur des essais cliniques fin octobre, soit quelques semaines après l'apparition des premières doses de vaccins sur le sol métropolitain, alors que les essais standards d'un médicament X peuvent prendre jusqu'à plusieurs années! A ce rythme-là, on va nous prédire les effets indésirables susceptibles de survenir dans les 48 premières heures après administration... Chouette! Pour ce qui est du risque éventuel de maladies auto-immunes, dont l'apparition peut être sérieusement décalée dans le temps, trop tard! Les laboratoires fabricants auront reçu l'absolution gouvernementale  les exemptant de toute poursuite judiciaire. Ne pleurons pas, le fauteuil roulant sera remboursé par la Sécurité Sociale, si elle existe encore après le gouffre financier vertigineux vers lequel nos dirigeants nous guident à grands pas...

Je leur dis quoi, à mes patients inquiets? Que dois-je répondre à cet excité qui l'autre jour déboule en consultation, tout fier d'avoir 38.5°C, quelques courbatures et une bonne rhinopharyngite, et qui me sort que sa boîte a des consignes, des protocoles, l'obligeant à consulter dès les symptomes précités? Et qui après examen, retourne en tous sens sa prescription de paracétamol, l'air vaguement déçu que ce ne soit que "ça", me demandant où est le papier. "Quel papier?" m'enquiers-je, pressentant déjà la réponse du zozo. "Ben, vous savez, le certificat comme quoi j'ai la grippe A!" Ce à quoi je me suis empressée de répondre: "A A A!", le regardant partir, vraiment déçu de ne pas pouvoir figurer au Top Ten des employés de l'entreprise et se faire mousser auprès des copains en sortant le fameux: "Moi je..."...

Mais heureusement, la grande majorité des patients semble avoir la tête sur les épaules et prendre les informations avec la mesure qui s'impose, déplorant juste devoir remuer ciel et terre au travail pour s'y retrouver entre toutes les consignes hyper-sécuritaires et trop méga-prévoyantes de leur hiérarchie, qui marche sur des oeufs. Le sacro-saint principe de précaution ne serait-il pas suractivé, risquant de ce fait une destruction auto-immune qui ma foi, ne serait peut-être pas un mal pour une fois?

Lisez pour votre édification personnelle le rapport du Docteur Marc Girard, qui propose une analyse élargie sur la vaccination, sa genèse, ses coûts, ses bénéfices et ses risques, avec un franc parler confinant à l'irresponsabilité vus les temps qui courent... (Merci Plouf pour l'idée).

http://www.rolandsimion.org/IMG/pdf/Vacciner_ou_pas.pdf

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06 septembre 2009

Le bleu dans les yeux

Une pensée pour Pakita: tu vois, finalement, il me plaît, ton tag bleu, suffisamment pour que je me replonge dans mes archives pour en extirper la substantifique moelle de la couleur demandée...

Qu'il soit teinté de vert ou de gris, dans le ciel ou dans l'eau, il est omniprésent, même si je lui préfère son cousin couleur d'émeraude.

Si l'aventure vous tente, explorer vos jpg, exposez-en le nombre que vous voulez, pourvu qu'ils soient bleus...

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04 septembre 2009

De l'importance d'être précis...

servietteJe viens de vivre une situation assez inhabituelle et inconfortable. Je me suis interrogée pour le titre de ce billet, que j'aurai aussi pu intituler "Du choix des mots"...

Marie m'appelle hier, catastrophée, pour prendre un rendez-vous, me disant que bien des choses lui sont arrivées pendant les vacances, une histoire de fruits de mer, de troubles digestifs et de saignements. Je regarde le planning et lui propose le dernier créneau restant, 15h30 aujourd'hui. "Pas possible, me dit-elle, il y a la coiffeuse qui vient chez elle à 15 h". Je lui rétorque gentiment de la décommander, ses saignement semblant requérir un avis médical plus urgemment que ses racines, une recoloration.

Elle arrive donc cet après-midi, toute essoufflée d'être venue en vélo (je précise que Marie a 72 ans). Elle me raconte donc qu'en août, elle a copieusement ingurgité bulots et palourdes, ceci lui ayant déclenché diarrhées et vomissements, et des saignements, le tout survenant chez une patiente connue pour colopathie fonctionnelle, cet espèce de fourre-tout qui sert à étiqueter les coliques et ballonnements dont le monde est souvent l'objet. Et pour imager la situation, elle m'extirpe de son sac à main une poche en plastique, dont elle extrait une garniture usagée légèrement tâchée de sang (incroyable ce que les patients peuvent parfois nous rapporter en toute bonne foi...).

Je me propose ensuite de l'examiner. Elle se déshabille péniblement, et escalade en soufflant la table d'examen. Son ventre proéminemment météorisé est sensible un peu partout, mais pas plus que d'habitude. Je lui explique que je dois ensuite lui inspecter l'anus, histoire de vérifier la présence de lésions pouvant saigner. Je m'exécute, et tout me semble normal: pas de rectorragie, ni de méléna. Je me fends quand même d'un beau courrier au gastroentérologue tandis qu'elle se rhabille. Elle se rassoit, et comme je lui explique ma démarche, elle me dit: "c'est quand même bizarre, que ça saigne comme ça quand je m'essuie!", et elle me mime l'essuyage en avant.

"Attendez, que je sors; vous saignez quand vous vous essuyez en avant, comme ça? (et là, c'est moi qui mime).

- Ben oui Docteur!

- Alors ce n'est pas derrière que vous saignez?

- Ben... non! Pourquoi?

- Misère!... Je viens de vous examiner du mauvais côté... Bon! On y retourne!

- Heu... Ouh la la! Quelle histoire! Ben dis donc! onomatope-t-elle en se redéshabillant, et en re-soufflant en ascensionnant la table d'examen.

Tout un travail pour l'installer ("C'est que ça fait très longtemps, par là!"), et examiner comme il faut au bon endroit cette fois... Finalement, j'ai trouvé une petite irritation urétrale pouvant peut-être expliquer les symptômes, mais j'ai préféré lui faire un courrier pour sa gynécologue, déchirant ensuite celui pour le gastro...

J'ai dédramatisé la consultation, on a finalement beaucoup ri de ce quiproquo, et je me suis rappelée de l'importance extrême d'un bon interrogatoire, avec des mots précis, et de se méfier des associations d'idées... Je me suis laissée embarquer dans du digestif après qu'elle ait évoqué sa gastro-entérite du mois dernier, ne remettant pas les évènements dans leur contexte actuel. Mais de son côté, elle n'a pas répondu de façon adéquat à mes questions, car au début de la consultation, j'avais nettement demandé si elle saignait de derrière, et elle m'avait répondu par l'affirmative... Et comme en plus, elle avait été hystérectomisée totalement, j'avais éliminé inconsciemment tout problème pouvant survenir à ce niveau...

Posté par Medceline à 22:54 - Med'celine au travail - Commentaires [6] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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